Pléthore chez les avocats et les architectes

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La Fédération des professions libérales et intellectuelles s’inquiète du nombre croissant de titulaires de professions libérales. "Si les avocats et architectes indépendants ne s’en sortent plus, ils n’ont qu’à se chercher un autre emploi", estiment certains experts du marché du travail.

L’an dernier, notre pays comptait 286.016 titulaires de professions libérales. Cet intitulé recouvre les professions d’avocat, de médecin, d’architecte ou de fournisseur de services de nature intellectuelle, comme les conseils aux entreprises. Ces dernières années, le nombre de titulaires de ces professions a explosé. En dix ans, il affiche une hausse de 60%. Ces 286.000 titulaires employaient 267.756 personnes, soit un total de 550.000 emplois.

À 17 ans, on fait un choix. Un choix important pour son avenir. Mais il ne sera que le premier d’une longue série. L’étudiant qui se lance aujourd’hui dans une formation universitaire a devant lui un panel de 300 filières possibles. Plongeon dans ces filières qui mèneront à l’emploi.

La Fédération des professions libérales et intellectuelles, qui publie ces chiffres, explique cette tendance de différentes manières. "De nombreux jeunes rêvent de devenir médecin, avocat ou architecte, ce qui explique le nombre croissant de nouveaux diplômés, explique Jan Sap, directeur de la Fédération. De plus, les professions libérales sont moins sensibles à la conjoncture que la plupart des autres métiers. Ce n’est pas parce que l’économie est en berne que les citoyens se rendent moins souvent chez leur médecin ou renoncent à faire appel à un avocat."

Un autre élément majeur qui explique ce succès, c’est l’augmentation du nombre de titulaires de professions dites "intellectuelles". Il s’agit par exemple de consultants, de formateurs, de géologues, de chimistes ou d’experts indépendants qui s’occupent d’internet. Dans cette catégorie, on dénombre 141.500 personnes de plus qu’il y a dix ans, ce qui représente une hausse de 147%. Le nombre de paramédicaux – c’est-à-dire qui exercent une profession médicale n’exigeant pas de diplôme de médecin – a aussi fortement augmenté depuis 2004 (+ 60%).

Ces dernières années, le nombre d’architectes et d’avocats est également en hausse. À l’heure actuelle, notre pays compte 18.000 avocats indépendants, et près de 17.000 architectes indépendants, soit 3.000 de plus qu’il y a dix ans dans chacune de ces catégories.

Cette tendance inquiète la Fédération. "Ces deux secteurs pourraient être victimes de leur succès, estime Jan Sap. Tout le monde n’a pas suffisamment de travail pour réussir à garder la tête hors de l’eau."

Les quotas: pas pour toutes les professions

La Fédération des professions libérales espère que les différentes professions trouveront elles-mêmes une solution pour éviter que ce problème ne prenne une trop grande ampleur. Elle s’est déclarée satisfaite de la décision de la ministre flamande de l’Enseignement, Hilde Crevits (CD & V), d’organiser un test d’orientation pour les étudiants. "Cela permettra d’éviter que des étudiants se lancent dans des études – et ensuite dans un métier — qui ne leur conviennent pas vraiment."

"Les avocats indépendants qui ne gagnent pas suffisamment pourront toujours se lancer dans une carrière de juriste en entreprise."
Jan Denys
Spécialiste du marché de l’emploi chez Randstad

Jan Sap n’est pas en faveur de l’introduction de quotas, via par exemple l’organisation d’un examen d’entrée à l’université. Jan Denys, spécialiste du marché de l’emploi chez Randstad, partage son avis. "Je comprends l’inquiétude du secteur, mais ce problème se résoudra de lui-même, estime-t-il. Les avocats indépendants qui ne gagnent pas suffisamment pourront toujours se lancer dans une carrière de juriste en entreprise."

Pour Denys, la protection de certains marchés a peu de sens, sauf cas exceptionnels. "Pour la profession de médecin, je comprends que le gouvernement limite le nombre d’étudiants via un examen d’entrée. Ce sont des études longues et chères, et une pléthore de médecins pourrait faire augmenter les coûts."

La limitation du nombre d’entrants semble fonctionner: notre pays compte aujourd’hui moins de médecins et de dentistes qu’il y a dix ans (-4%). Idem dans le notariat (-16%) et la pharmacie (-23%). Des quotas ont en effet été imposés pour ces professions.

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