Pourquoi la Belgique doit trouver 13 milliards

Les créations d'emploi devraient reprendre: ça, c'est une bonne nouvelle pour notre économie. ©laurie dieffembacq

Malgré le retour de la croissance et une inflation basse, le déficit ne se résorbe pas en Belgique. En cause, le coût sans cesse plus important des pensions. D’ici 2017, il faudra trouver 13 milliards d’euros. Le Bureau du Plan dresse ses perspectives économiques.

2019… c’est encore loin. Mais à l’heure où les partis se tâtent pour entrer ou non dans un gouvernement, il est bon d’avoir une idée de quoi la nouvelle législature sera faite au plan économique.

Tel est l’exercice auquel s’est livré le Bureau fédéral du plan dans ses "Perspectives économiques 2014-2019".

 

 

Plusieurs bonnes nouvelles

• La croissance. Après plusieurs années de stagnation, la croissance semble enfin de retour. Le Plan prévoit une progression du produit intérieur brut (PIB) de 1,4% cette année, avant une accélération à 1,8% en 2015. Sur la période 2014-2019, la croissance moyenne devrait osciller autour de 1,6%, soit un rythme légèrement supérieur à celui de la zone euro (1,5%). "Ces prévisions sont faites à politique inchangée", tient à préciser Philippe Donnay, le nouveau commissaire au Plan. Ancien chef de cabinet de Joëlle Milquet, il a succédé début mai à Henri Bogaert. "La sixième réforme de l’État est prise en compte dans ces perspectives. Mais en l’absence d’informations sur les politiques que les entités fédérées mettront en place dans le cadre de leurs nouvelles compétences, on suppose qu’elles maintiennent les dispositions en place actuellement", fait-il remarquer.

• L'inflation. Autre bonne nouvelle annoncée par le Plan: l’inflation devrait rester très basse au cours des prochaines années. La hausse des prix resterait limitée à 0,7% cette année, grâce à la baisse des prix de l’énergie mais aussi des produits alimentaires non transformés. L’inflation passerait ensuite à 1,1% en 2015 puis à 1,5% en moyenne sur la période 2016-2019. Ce sera tout bénéfice pour les coûts salariaux, même s’il faudra tenir compte de la suppression du jour de carence pour les ouvriers suite à l’adoption du statut unique. Quant au prochain saut d’index, il est toujours prévu pour décembre 2014, ce qui signifie qu’il ne produira ses effets qu’à partir de 2015.

• L'emploi. Dans le même temps, l’emploi devrait reprendre des couleurs. Après les 10.000 postes de travail supprimés en 2013, on devrait assister à la création de 13.000 emplois en 2014, puis 34.000 en 2015. Les effectifs dans les services marchands progresseraient de 192.000 unités sur la période 2015-2019 alors que le recul dans l’industrie manufacturière serait limité à 30.000 postes de travail. Ces chiffres ne suffiront toutefois pas à faire refluer le taux de chômage en 2015. En cause, l’augmentation de la population active. Après quoi, la situation devrait s’améliorer. Sur 2015-2019, le nombre de chômeurs devrait diminuer de 81.000 unités, faisant passer le taux de chômage de 8,5% en 2014 à 7,3% en 2019.

Les sujets d'inquiétudes

La principale inquiétude porte sur la situation budgétaire. À politique inchangée, le déficit, tout en restant sous le seuil des 3% du PIB, ne se résorbe pas franchement (voir tableau). Or le Programme de stabilité prévoit un retour à l’équilibre en 2016, puis un excédent de 0,75% en 2017. Ce qui représente un écart de plus de 3% du PIB par rapport à la prévision établie par le Bureau du plan (-2,4%). Exprimé en montants absolus, cela fait 13 milliards d’euros à dénicher par le prochain gouvernement. "Encore faut-il utiliser un tel chiffre avec précaution, car un effort d’assainissement d’une telle ampleur aura immanquablement des effets sur l’environnement économique, la croissance en particulier", prévient Michel Saintrain, économiste au Bureau du plan.

Quoi qu’il en soit, 13 milliards, c’est beaucoup, surtout si l’on considère que la croissance sera bien au rendez-vous et que les taux d’intérêt resteront plus que raisonnables. "La principale explication réside dans le poids de la sécurité sociale, particulièrement au niveau des pensions", explique Philippe Donnay. La facture des pensions devrait en effet s’alourdir de 1,6% chaque année au cours de la prochaine législature. Plus que jamais, une réforme des pensions apparaît donc comme une nécessité.

Où, et comment, trouver ces 13 milliards?

Les experts du Plan restent par ailleurs muets quant à la meilleure façon d’aller chercher ces 13 milliards. "De tels arbitrages sont d’abord la responsabilité du politique", estime Philippe Donnay. D’autant que les entités fédérées seront étroitement associées à l’opération. Rappelons que la sixième réforme de l’État entraînera une redistribution des déficits via un transfert de charges vers les entités fédérées de 0,3% du PIB en 2015 et de 0,6% du PIB à partir de 2016. Il serait dès lors prématuré de vouloir anticiper sur les mesures que les entités fédérées prendront pour compenser ce transfert de charges.

 

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