Pourquoi la Belgique est l'Eldorado des pétroliers

Le géant britannique  BP possède à Berchem un centre financier doté de 26 milliards d'euros de fonds propres (photo Bloomberg) ©Bloomberg

Les intérêts notionnels poussent les multinationales à recourir à des holdings ou à des banques internes pour optimiser leurs bénéfices. Dix-sept multinationales ayant plus de 10 milliards d’euros de fonds propres disposent d’une société d’investissement en Belgique. Cinq d’entre elles sont actives dans le pétrole ou l’énergie.

La "route des impôts" que sillonnent les entreprises multinationales pour profiter des largesses du système fiscal belge séduit particulièrement le monde du pétrole et de l’énergie. Les géants de ce secteur sont davantage présents qu’en 2011 dans le dernier classement, établi par le bureau d’études Graydon, des plus grandes sociétés de financement présentes en Belgique.

Express

• Les intérêts notionnels poussent les multinationales à recourir à des holdings ou à des banques internes pour optimiser leurs bénéfices.

• En 2012, les dix grandes sociétés de financement ont empoché plus de 500 millions d'euros de bénéfices et payé... 7 millions d'euros d'impôts.

• L'ingénierie fiscale attire davantage les géants du pétrole et de l'énergie.

On le sait, notre pays est un véritable Eldorado pour de nombreuses multinationales qui utilisent des sociétés belges de financement pour réduire leur charge d’imposition au niveau mondial. Elles recourent à des holdings ou à des banques internes. Ces dernières rassemblent les liquidités que recueille une multinationale pour les prêter à d’autres filiales. But de l’opération: profiter du système belge des intérêts notionnels, qui récompense fiscalement les fonds propres élevés.

Comme en 2011, la "route des impôts" a exercé un grand attrait l’an dernier. En 2012, les dix plus grands centres de financement, qui emploient 464 personnes, ont réalisé un bénéfice global de plus de 500 millions d’euros, sur lequel ils ont payé… 7 millions d’euros d’impôts. L'ingénierie fiscale leur a même permis de payer moins d’impôts sur un bénéfice supérieur à celui de 2011.



26 milliards d’euros gérés à Berchem

Le club des grandes sociétés de financement disposant de plus de 10 milliards d’euros de fonds propres comptait l’an dernier 17 multinationales, soit quatre de plus qu’en 2011. Parmi celles-ci, on note la présence de cinq géants du pétrole et de l’énergie. BP, par exemple, possède à Berchem, près d’Anvers, un centre financier doté de 26 milliards d’euros de fonds propres. Son concurrent français Total et le groupe énergétique Statoil, détenu aux deux tiers par l’État norvégien, ont eux aussi leur banque interne chez nous.

L’Américain ExxonMobil, pour sa part, dispose d’un holding belge qui chapeaute des filiales moyen-orientales et d’autres sociétés de financement belges. Le Français GDF Suez possède un holding belge ayant des intérêts au Luxembourg, au Brésil, aux Bahamas et en Pologne.

La présence d’autres holdings et sociétés de financement dépendant de géants d’autres secteurs — Hewlett-Packard, Ikea, France Télécom, BASF, Volkswagen — témoigne à l’envi de l’attrait constant de la fiscalité belge pour les grandes entreprises.

La plus grande société de financement, ArcelorMittal Finance and Services Belgium, a trouvé une terre d’accueil plus aguichante au Grand-Duché. Même chose pour Sedena Financial Services, le véhicule financier de Philips. Elles restent néanmoins présentes en Belgique, mais avec moins de capitaux.

Pour ArcelorMittal Finance and Services Belgium, le cru 2012 se solde ainsi par un bénéfice de 343 millions d’euros (contre 1,6 milliard un an plus tôt), grevé d’un impôt de… 2,5 millions d’euros. Sedena Financial Services, pour sa part, a dû payer 7 millions d’euros d’impôts sur un bénéfice de 289 millions.

Le fait que les sociétés belges contribuent peu au fisc belge ne signifie pas que les multinationales ne paient pas d’impôts. Mais les taxes sont payées par d’autres sociétés du groupe, souvent dans d’autres pays. C’est ainsi qu’un décompte réalisé en mars dernier révèle que les sociétés du Bel 20 ont payé en moyenne 27 % d’impôts sur leurs bénéfices dans le monde. Pour l’Euro Stoxx50, le taux moyen d’imposition atteint 32 %. La Belgique reste bel et bien une terre d’accueil fiscal.

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