Pourquoi la Belgique s'enfonce dans le déficit

Le président du PS, Paul Magnette, attribue le déficit budgétaire à la politique du gouvernement sortant. ©BELGA

L'opposition PS/Ecolo dispose de quelques cartouches pour abîmer le bilan du gouvernement Michel. Mais le tax shift ne peut à lui seul être rendu responsable du trou budgétaire. L'absence de gouvernement de plein exercice et le vieillissement pèsent lourd sur les finances publiques.

PS et Ecolo n'ont pas manqué d'exploiter deux chiffres spectaculaires sortis ce jeudi dans De Tijd et La Libre: en 2020 le déficit budgétaire de la Belgique s'établira à 12 milliards d'euros sur base d'un déficit compris entre 2,4 et 2,5 % du PIB. Un PIB dont la croissance affichera un taux de 1,4%, communiquait le Bureau du plan jeudi. 12 milliards, c'est beaucoup plus qu'en 2019 où le déficit s'est établi à 8,7 milliards d'euros (1,8% du PIB).

Info ou Intox? A bonnes sources, ces évaluations sont confirmées. "A politique inchangée, le déficit doit même dépasser les 3% en 2023", confie un proche du dossier.

Au PS et chez Ecolo, on attribue volontiers ces résultats préoccupants au bilan socio-économique du gouvernement Michel dont le reliquat est actuellement en affaires courantes. Le tax shift est principalement pointé du doigt car il ne serait que partiellement financé et ses effets retours surévalués. Ce dernier élément a été confirmé par une étude de la KUL

En 2017, la Banque nationale a également chiffré à 4,8 milliards (cumulé en 2020) le non financement du tax shift (le PS parle de 4,5 milliards). "Il s’agit d’un chiffre brut sans tenir compte des effets de retour sur l’économie – principalement via les créations nettes d’emploi", précise à L'Echo la BNB qui évoque un effet déficitaire net sur les finances publiques ramené à 1,1 milliard en 2020.  

Gare à la réforme de l'Isoc

Mais les problèmes budgétaires de la Belgique ont d'autres causes. En l'absence de gouvernement de plein exercice, l'exécutif n'a pu établir de budget pour 2019 et 2020 qui auraient pu prévoir des mesures de réduction du déficit. Le PS évacue volontiers le coût du vieillissement alors que les dépenses de pension grimpent de 1,5 milliard chaque année. Un gouffre.

Au niveau fédéral, on rappelle que ces projections comprennent également les budgets des entités fédérées qui, toutes, s'autorisent des déficits

"Aucune mesure supplémentaire de réduction de l’impôt des personnes physiques n’est prévue en 2020."
Bureau fédéral du plan

Ajoutons une croissance qui, si elle est meilleure qu'ailleurs, demeure faible. Et enfin, l'entrée en vigueur de la fin de la réforme de l'impôt des sociétés attendue en 2020. Selon certaines sources, il faut trouver là une cause importante de déficit potentiel pour 2020 étant donné que cette année, "aucune mesure supplémentaire de réduction de l’impôt des personnes physiques n’est prévue". Dixit le Bureau du plan.

Jeudi à la Chambre, Ahmed Laaouej, chef de groupe PS, a fustigé les problèmes de recettes fiscales rencontrés par le gouvernement sortant. Il cite notamment des chiffres inquiétants sur le rendement de l'impôt des sociétés, du précompte mobilier et des versements anticipés. Total avec d'autres postes: plus de 3 milliards. Ces chiffres sont exacts mais il faut préciser qu'ils concernent 2019 et non 2020. 

Par ailleurs, le PS tape dur sur un tax shift dont les effets sur l'emploi et les exportations furent décevants. Les études sur le sujet ont tendance à lui donner raison. 

"Le gouvernement précédent laisse un déficit dramatique qui menace la sécurité sociale."
Paul Magnette
Président du PS

La gauche a également quelques raisons de s'inquiéter de l'avenir du financement de la Sécu en raison de la baisse des rentrées provenant des cotisations sociales. Mais il faut rappeler que la fameuse dotation d'équilibre, comme son nom l'indique, garantit le financement de la sécurité sociale. 

 


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