analyse

Pourquoi la Vivaldi revient au goût du jour

Le Roi a prolongé, vendredi dernier, la mission du duo de préformateurs Magnette-De Wever. Il attend leur nouveau rapport ce samedi. Qui aura accepté de les suivre? ©Photo News

Le Roi attend un nouveau rapport des préformateurs le 8 août. Avec les verts, ceux-ci ont fait chou blanc. Magnette et De Wever peuvent revoir leur copie. Ou rappeler la famille libérale, qu'ils ont malmenée. Sinon, un scénario sans la N-VA?

À quoi s'attendaient-ils? À un projet de relance économique basé sur les enjeux environnementaux? Jean-Marc Nollet et Bart De Wever connaissent les ficelles d'une négociation. Demander beaucoup, refuser, redemander, entrouvrir les lignes. Mardi, on n'en était qu'à la première rencontre entre la N-VA et le groupe des verts. D'office, il ne fallait pas attendre de miracle.

De fait, ce fut donc un non de la part d'Ecolo et Groen face à l'exposé des préformateurs. "Il y a des éléments intéressants, mais des lacunes", a expliqué le coprésident d'Ecolo. C'est bloqué? "La balle est dans les mains des deux missionnaires", a avancé Jean-Marc Nollet sur La Première.

"Ce n'est pas un "non" définitif des verts."
Pierre Vercauteren
Politologue (UCLouvain FUCaM Mons)

Les options jusqu'à samedi

Paul Magnette et Bart De Wever feront rapport au Roi ce samedi. D'abord, ils vont revoir les libéraux. Lors de leur précédente audience, ils avaient pu se targuer d'avoir cinq partis intéressés par une entrée en négociation. Trop peu, ça ne fait que 69 sièges à la Chambre, qui en compte 150. Idéalement, il faudrait rallier les libéraux (l'Open Vld et le MR pèsent à eux deux 26 voix) ou les Verts (Ecolo et Groen occupent 21 sièges). Voire juste l'Open Vld (12), mais le MR vient de rappeler l'unité de la famille libérale.

"Ce n'est pas un "non" définitif des verts, note Pierre Vercauteren, politologue (UCLouvain FUCaM Mons). Ils ouvrent la porte à une nouvelle proposition du duo." La suite dira si l'invitation aux verts était bien une tentative réelle de négociation ou un jeu à l'égard des libéraux.

Le CD&V pourrait avoir la clé

La partie est difficile à jouer pour la N-VA qui, en cas de négociation avec les verts, devrait composer sur le difficile dossier énergétique. Il semble que le deal actuel avec le PS parle d'une prolongation de deux centrales nucléaires, sur les sept, au-delà de la date prévue de sortie du nucléaire, 2025. On voit mal les verts l'accepter. Mais discuter avec le MR n'est guère plus facile, les bleus francophones restant attachés à l'unité de la Belgique. La N-VA doit ménager une base fort hétéroclite, composée de ceux qui visent l'indépendance de la Flandre, de ceux qui visent une politique socio-économique très libérale et des électeurs déçus par la concurrence... Or, il faudra lâcher du lest, beaucoup de lest pour entrer dans un gouvernement. Mais ça, c'est valable pour tous les partis concernés.

"Si le CD&V décide de ne finalement pas suivre la N-VA, ça change tout."
Pierre Vercauteren
Politologue

Pour Pierre Vercauteren, l'attitude du CD&V sera décisive. "Si les chrétiens-démocrates flamands décident de ne finalement pas suivre la N-VA, ça change tout." Il reste en effet l'option de la Vivaldi, ce scénario mixant le MR, l'Open Vld, le PS, le sp.a, le CD&V et les verts. Possible? Jean-Marc Nollet parlait de "ces formules qui n'ont jamais été testées jusqu'au bout" sur la Première.

Pour deux ans, avec une réforme institutionnelle

"La N-VA doit trouver le juste milieu, et c'est très difficile avec les autres partis, mais en interne aussi..."
Pierre Vercauteren
Politologue

"Et bien qu'il y ait une hypothèse de travail entre la N-VA et le PS, rien ne dit que cela aboutira!", ajoute Pierre Vercauteren, qui se montre très sceptique à l'égard du scénario d'un gouvernement en place pour deux ans seulement, qui serait la législature envisagée par Magnette et De Wever, avec une préparation de réforme de l'Etat. "Ça me semble boiteux d'élaborer un tel pari sur l'avenir alors que les circonstances sont si imprévisibles. Combien de temps va durer la crise? De combien de moyens disposera-t-on et comment aborder la réforme de l'État dans ce cadre, alors que ce n'est pas prioritaire pour l'opinion publique... D'accord, notre système institutionnel a montré ses limites, il faut y réfléchir, mais pas dans le contexte d'un gouvernement focalisé sur une crise. La N-VA doit trouver le juste milieu, et c'est très difficile avec les autres partis, mais en interne aussi..."

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