Pourquoi tire-t-on sur le pianiste Michel?

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Avec la fin de l’année, les critiques pleuvent sur le gouvernement. Voka, Bart De Wever, chacun y va de sa petite sortie. À raison ou à tort?

C’est de saison. Avec le passage à l’an neuf qui pointe le bout de son nez, vient inévitablement l’heure des bilans, regrets et autres bonnes résolutions. Pour soi, mais aussi… pour les autres. À ce petit jeu, le gouvernement Michel vient de se prendre une salve d’attaques en tous genres – un vrai feu d’artifice.

Venant de tous côtés, encore bien. Politique, avec la dernière sortie en date de la belle-mère de Michel, Bart De Wever. "Ils ne vont pas devenir un club d’amis, mais ils doivent quand même continuer à travailler, lançait le patron de la N-VA dans les colonnes du Laatste Nieuws de vendredi. 2018 et 2019 seront des années électorales. Les choses doivent être faites en 2017. Si nous ne menons pas désormais des réformes et ne réalisons pas des économies strictes, alors nous aurons de facto un gouvernement en affaires courantes durant deux ans. Il faut être fou pour penser que les électeurs vont nous récompenser pour cela en 2019." Et un avertissement, un.

"Ils ne vont pas devenir un club d’amis."
Bart De Wever
Président de la N-VA

Dans les jours qui ont précédé, ce sont les critiques qui ont plu. En provenance du monde de l’entreprise. Au Nord, le Voka assurant que 71% des entrepreneurs estiment que Michel n’est plus en état de boucler des gros dossiers d’ici la fin de la législature – en tête, la révision de l’impôt des sociétés (Isoc) ou des soins de santé, ainsi que la mise en œuvre des réformes sur la flexibilité et la compétitivité. Au Sud, l’UCM a rappelé l’importance d’abaisser le taux de l’Isoc – et la FEB était déjà passée par là. Pour couronner le tout, un petit sondage Win Gallup où 78% des Belges sondés craignent que leur pays n’aille dans la mauvaise direction.

→ Une mauvaise séquence, assurément. Justifiée? Pas entièrement.

Vrai, il y a un tirage d’enfer entre les partenaires de la coalition suédoise – mention spéciale au CD&V et à la N-VA. Et le spectacle donné est parfois infantile, à l’image de cet épisode budgétaire qui a vu le CD&V quitter la table des négociations pour ne plus y revenir, le tout en faisant poireauter pour rien les trois autres partis. Un épisode qui a laissé des traces. On rappellera toutefois que rares ont été les gouvernements où régnait en permanence une ambiance digne des Bisounours.

Vrai, la fenêtre de tir pour mener des réformes d’importance n’est plus si grande que cela. Plus les communales d’octobre 2018 approchent, plus les chances de paralysie sont grandes. Il ne reste donc qu’une poignée de mois à Charles Michel pour résoudre l’équation infernale réforme de l’Isoc/taxation des plus-values/mobilisation de l’épargne vers l’économie. Le tout alors que les nouvelles sont loin d’être bonnes sur le front budgétaire.

Vrai encore, la configuration inédite de l’attelage Michel ne joue pas en sa faveur dans l’opinion publique francophone.

- Injustifié, parce que la charge en provenance du monde des entreprises semble un tantinet ingrate. Au final, ce sont surtout les employeurs, les grands gagnants du tax shift mitonné par Michel, puisque celui-ci consiste essentiellement en baisses de charges patronales. Par ailleurs, le Fédéral s’est encore attaqué au coût du travail, notamment en diminuant encore plus les charges sociales sur les six premiers emplois – et en les supprimant carrément sur le tout premier. En mettant sur pied le mécanisme des flexi-jobs.

Injustifié, parce que le gouvernement vient de boucler un paquet de réformes, allant du financement de la Sécurité sociale à la compétitivité des entreprises, en passant par la flexibilité au travail. Et que, côté financement des PME et des start-ups, il a déployé un dispositif de "Tax shelter".

Injustifié encore, parce que si la réforme de l’impôt des sociétés est certes un chantier à mener sans tarder, il faut quand même rappeler qu’elle ne figure pas dans l’accord du gouvernement. Malgré quoi Michel a pris la mesure de l’urgence et s’est engagé à ramener le taux de 33,99% à une fourchette comprise entre 20% et 25%, avec une attention toute particulière pour les PME. Le tout dans un cadre budgétaire neutre. N’allons pas non plus lui en vouloir de prendre son temps pour y parvenir.

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