Pourquoi une PME sur six risque la faillite

Christine Lhoste, de l'UCM. Belga ©BELGA

Si 70% des PME sont financièrement saines, une entreprise sur six connaît un risque élevé de faillite. La situation est particulièrement problématique à Bruxelles.

Les organisations de classes moyennes UCM et Unizo s’associent au bureau Graydon pour dresser le bilan de la santé financière des PME. Leur rapport se base sur les comptes annuels des entreprises et couvre la période 2003-2012.

Ce rapport PME, c’est l’histoire de la bouteille à moitié pleine ou à moitié vide. Optons pour la vision optimiste en mettant en exergue le fait que 70,6% des PME belges sont considérées comme saines et disposant d’un grand potentiel de croissance. Mais nous aurions aussi pu pointer le fait qu’une PME sur six présente "un risque élevé de faillite". Si ce risque devait se matérialiser, c’est plus de 150.000 entreprises qui disparaîtraient…

Express

Si 70% des PME sont financièrement saines, une entreprise sur six connaît un risque élevé de faillite, selon une étude de Graydon, de l'UCM et de l'Unizo. La situation est particulièrement problématique à Bruxelles, où 26% des PME sont jugées en situation critique. Plus de 85% des PME fonctionnent sans le moindre travailleur salarié. Cela confirme l'existence d'un vrai gisement d'emplois, à condition que les conditions économiques, sociales et fiscales soient réunies.

Si nous avons opté pour la bouteille à moitié pleine, c’est en raison de l’évolution. La proportion de PME saines a augmenté en dix ans, tandis que celles avec un risque élevé de faillite déclinait. Et cela, en dépit d’une hausse globale du nombre d’entreprises. Cette perspective historique est a priori rassurante.

Le tissu de PME s’étoffe. La Belgique comptait 990.374 PME (entreprises de moins de 50 personnes) en 2012, soit une augmentation de 19% en dix ans. Même au plus fort de la crise de 2007-2008, le nombre de PME a continué à augmenter. La progression est palpable dans les trois Régions mais elle est plus vive à Bruxelles (+ 24%) et moins en Wallonie (+ 12%). La majorité des PME sont localisées en Flandre (58%). Apparemment, 33.000 PME n’ont pas une localisation régionale précise. Ce chiffre a doublé en dix ans.

L’emploi à la traîne. Si les PME sont nombreuses, elles rechignent à engager du personnel: plus de 85% d’entre elles n’ont aucun salarié (les statistiques incluent les professions libérales) et à peine 2% emploient plus de dix personnes. Il y a donc là clairement un gisement d’emplois et l’on comprend l’intérêt des mesures récentes de baisses de cotisations sociales sur les cinq premiers emplois créés. "Ces mesures sont intelligentes mais insuffisantes, estime Christine Lhoste, secrétaire générale de l’UCM. L’allégement du coût salarial demeure notre première revendication. Engager une personne coûte 50.000 euros, c’est énorme pour un starter. Il faut développer des politiques ciblées."

Le rapport entre la valeur ajoutée et le coût de la main d’œuvre est en déclin dans les trois Régions. Après une hausse au début de la décennie, la chute fut brutale en 2007 et on est toujours, aujourd’hui, en dessous des chiffres de 2003.

La solvabilité financière vacille. La capacité des PME à faire face à leurs dettes grâce à leurs fonds propres se réduit d’année en année, selon le rapport PME. La chute est particulièrement sensible en Flandre. "Cette baisse de la solvabilité nous montre que nous sommes encore en pleine crise, commente Christine Lhoste. On parle beaucoup de reprise mais les PME ne la voient guère venir."

D’autres paramètres financiers sont toutefois positifs: le degré d’autonomie financière et la liquidité s’améliorent ainsi que la rentabilité des fonds propres (on assiste ici à une convergence entre la Flandre et la Wallonie). "Pas d’emballement, prévient toutefois Charlie Tchinda, économiste à l’UCM et l’un des auteurs de l’étude. Ce qui évolue positivement est en réalité la conséquence d’autres évolutions négatives. Les fonds propres des PME augmentent parce que l’accès au crédit se complique."

L’UCM redoute que la régionalisation prochaine du Fonds de participation n’accentue ces difficultés. "Nous veillerons à ce que le transfert se déroule intelligemment et à ce que les budgets soient bien affectés au financement des PME", reprend Christine Lhoste. Elle prône aussi un soutien fiscal aux prêts de type "tante Agathe" (un particulier prête de l’argent à une entreprise, dont il soutient les projets d’investissement).

Le cas bruxellois. Les PME de la capitale traversent une période très délicate. Ici, on atteint le seuil de 26% des entreprises face à un risque imminent de faillite. Et dans tous les ratios financiers, Bruxelles est loin derrière les deux autres Régions (même si elle suit les tendances positives). 61% des PME bruxelloises ont moins de dix ans d’activité, contre une moyenne belge de 48%. "La situation est réellement catastrophique, estime Christine Lhoste. Je ne dispose pas encore d’analyse scientifique mais je pense que le coût des loyers, la diversité à développer ou la méconnaissance des aides existantes jouent un rôle."

Au-delà du cas spécifique de Bruxelles, l’UCM suggère d’améliorer l’information, d’aider à la conception des plans financiers, de faire connaître les aides publiques… "On peut avoir une idée géniale et ne pas savoir gérer, poursuit la secrétaire générale de l’UCM. Les premières années sont cruciales pour la réussite comme pour la création d’emplois. C’est pourquoi il est essentiel d’accompagner les entreprises." Et comme beaucoup de PME restent longtemps très petites, elle propose aussi de développer des instances, composées d’entrepreneurs, susceptibles de jouer le rôle de conseil d’administration afin de guider ces entreprises dans leurs stratégies de développement.

La pression des fournisseurs. Les PME subissent une pression accrue de leurs fournisseurs. En dix ans, les délais de paiement des factures ont été ramenés de 47 à 38 jours. La PME répercute évidemment cela sur ses propres clients, en ramenant les délais de 50 à 45 jours. Le resserrement du calendrier est donc plus vif de la part des fournisseurs, ce qui peut fragiliser la situation de trésorerie des entreprises.

"C’est de l’argent qui n’est pas disponible pour investir, regrette Christine Lhoste. L’autorité publique devrait raccourcir ses délais de paiement. Il y a va de l’efficacité économique mais aussi de l’équité. Une entreprise qui paie en retard ses cotisations sociales ou sa TVA est sanctionnée."

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