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PS et Ecolo menacent de quitter le gouvernement, De Croo ne plie pas

De Croo maintient sa confiance en Sammy Mahdi. ©Photo News

Le Parti socialiste menace de faire démissionner ses ministres si un des grévistes de la faim venait à décéder. Mais PS et Ecolo restent isolés dans ce dossier.

La phase de dramatisation atteint son paroxysme. Lundi matin, en bureau de parti, le vice-premier ministre Pierre-Yves Dermagne a fait savoir que tous les membres PS du gouvernement démissionneraient si un ou une des sans-papiers en grève de la faim venait à décéder. Pour rappel, ceux-ci en sont à plus de 50 jours sans s'alimenter. Le coup de pression du PS sur le gouvernement paraît énorme alors qu'une bonne partie de quelque 450 grévistes rassemblés à l'église du Béguinage à Bruxelles ainsi que sur les sites de l'ULB et de la VUB ont entamé une grève de la soif qui les rapproche davantage d'une issue fatale.

Suite à la "fuite" vraisemblablement organisée des déclarations de Pierre-Yves Dermagne, Ecolo s'est à son tour positionné. "Nos actes seront bien entendu posés en pleine cohérence avec nos propos et nous l’avons fait savoir dès hier au Premier ministre", tweetait le coprésident Jean-Marc Nollet. Dont acte, les verts mettent également l'existence de la majorité dans la balance.

La séquence trahit un accord entre verts et rouges pour ne pas faire de surenchère sur le sujet, confirme-t-on à bonnes sources. PS et Écolo coincés sur leur gauche entre des grévistes déterminés et l'accord de gouvernement interdisant toute régularisation collective, ont fait savoir au Premier ministre que le dossier pourrait faire tomber son gouvernement. Mais il s'agissait que cette menace reste tue afin de maximiser les chances d'une solution négociée. Le PS en a visiblement décidé autrement. La sortie de Dermagne, et surtout son timing, ne fait cependant pas plaisir à tout le monde au PS. Menacer le gouvernement la veille d'un jour de deuil national alors que la Wallonie compte ses morts et aura besoin du soutien fédéral, voilà qui peut sembler hasardeux. Et dans le dossier des sans-papiers, était-ce stratégiquement la meilleure option que de s'enfermer dans un tel ultimatum, se demandent certains.

Mahdi reste en charge

Dimanche, PS et Ecolo avaient publiquement demandé qu'Alexander De Croo s'empare du dossier. Sans succès. C'est toujours Sammy Mahdi (CD&V) qui est à la manœuvre. "C'est le secrétaire d'État à l'Asile et à la Migration qui décide des régularisations", rappelle-t-on au sein du gouvernement où l'on signale aussi que le dossier est discuté en kern depuis plusieurs semaines déjà. Toujours soutenu, Sammy Mahdi maintient une ligne claire: il s'agit avant tout de faire cesser la grève de la faim. "À court terme, une seule chose compte, éviter les décès en brisant la pression du groupe et par une intervention médicale d'urgence avec, si nécessaire, l'admission forcée des personnes en danger de mort", tweetait le président du CD&V Joachim Coens.

"Je ne peux pas imaginer que quelqu'un de sensé prendrait une décision qui rendrait les choses encore plus difficiles."
Alexander De Croo
Premier ministre

Dans le cadre de la conférence de presse post-codeco, le Premier ministre a, lui aussi, renvoyé le PS à ses études. "À un moment comme aujourd'hui, avec 31 morts et alors que des milliers de gens n’ont plus de toit, la dernière chose dont on a besoin, c’est de problèmes politiques, a dit Alexander De Croo. Je ne peux pas imaginer que quelqu'un de sensé prenne une décision qui rendrait les choses encore plus difficiles. Ce sont des solutions que l'on attend de nous, pas de créer des problèmes". Au passage, il réitérait sa confiance "à 100%" envers Sammy Mahdi en saluant sa gestion de crise. Groen invitait de son côté les grévistes à entamer une médiation pendant que Vooruit se distanciait du PS.

Envoyé en zone neutre

Et sur le terrain? Suite à un rapport de la Croix Rouge, et après concertation avec les bourgmestres de Bruxelles et Ixelles, le ministre fédéral de la Santé a envoyé les services médicaux d'urgence sur site dimanche. Aucun gréviste n'a alors accepté d'être emmené. Neuf d'entre eux ont par contre été hospitalisés d'urgence lundi matin suite à l'intervention des communes concernées. Les lignes semblent donc bouger.

Le secrétaire d'État Mahdi n'est pas non plus resté inactif. Il a désigné lundi un "envoyé spécial" en la personne de Dirk Van den Bulck, commissaire général du commissariat général aux réfugiés et aux apatrides. Dès lundi matin, il a été chargé de faire fonctionner la "zone neutre" qui permet un contact direct entre les sans-papiers ou leur représentation en vue d'une analyse individuelle de dossier. Un dispositif qui peut aboutir à une régularisation, mais qui n'a rencontré qu'un succès relatif jusqu'ici faute de confiance entre les parties. Côté gouvernemental, certains dénoncent également des pressions de groupe parmi les sans-papiers dans une optique de régularisation collective qui n'est pourtant pas possible à obtenir. Sammy Mahdi a rappelé l'existence d'une procédure de régularisation pour raison médicale.

"Il faut savoir que les autorités ne connaissent même pas l'identité de l'ensemble des grévistes et sont donc, pour nombre d'entre eux, incapables d'entamer une analyse de dossier", glisse une source gouvernementale. Si une régularisation est envisageable sur base de la législation pour certains ce n'est pas le cas pour tous, tant s’en faut. Les prochains jours s'annoncent des plus chauds pour la Vivaldi.

Le résumé

  • Pierre-Yves Dermagne a annoncé que les ministres PS feraient sauter le gouvernement si un des grévistes sans-papiers mourait.
  • Le Premier ministre a répondu que ce n'était pas le moment de provoquer une crise politique alors que des milliers de Wallons ont tout perdu.
  • Le secrétaire d'État Sammy Mahdi reste aux commandes du dossier malgré les demandes du PS et d'Écolo de l'en voir déchargé.

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