PS et N-VA ont-ils parlé d'une réforme de l'État?

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Geert Bourgeois (N-VA) et Rudy Demotte (PS), chargés de "préformer" le futur gouvernement fédéral, sont attendus ce lundi après-midi chez le Roi, avec leur premier rapport. Auront-ils réussi à dénicher suffisamment de points de convergence entre le PS et la NVA ? Rien n'a filtré jusqu'à présent.

Que va faire le Roi ce lundi? Les deux préformateurs, Rudy Demotte et Geert Bourgeois, viendront lui présenter leur premier rapport. Ils sont attendus dans l'après-midi au Palais royal et pourraient, selon une source informée, tenir ensuite une conférence de presse, rapporte Belga.

Jusqu'ici, rien n'a filtré. Lisez: "rien de négatif n'a filtré." Donc, c'est plutôt bon signe. Mais qu'est-ce qu'un "bon signe" dans le contexte actuel? Rappelons qu'un futur gouvernement peut, en gros, prendre deux visages: une bourguignonne entre PS et N-VA ou n'importe quel escadron excluant les nationalistes flamands. Actuellement, c'est la possibilité de la première composition qui est envisagée. Les préformateurs y ont travaillé. Concernant les avancées, on en saura plus lundi. On l'espère. 

De nombreux responsables politiques - et notamment dans les rangs libéraux, dont la Première ministre Sophie Wilmès - continuent à plaider pour un gouvernement associant les deux principaux partis de part et d'autre de la frontière linguistique. Sophie Wilmès, qui est également négociatrice du MR à l'échelon fédéral, a affirmé espérer que le rapport des préformateurs sera l'amorce d'un travail sur le contenu d'un projet politique car il n'y a, à ses yeux, plus de temps à perdre avant de former un nouveau gouvernement fédéral.

Il faut de la convergence

Après avoir pris connaissance du premier rapport des préformateurs, le roi Philippe pourra demander à ceux-ci de poursuivre leur mission ou de passer à la vitesse supérieure, pour autant qu'ils aient déniché suffisamment de thèmes de convergence. Plutôt que de poursuivre leur exercice exploratoire, ils seraient alors chargés d'une vraie mission de formation d'un gouvernement. "Peu de monde y croit", glisse Pierre Vercauteren, politologue à l'UCLouvain Mons. Le Roi peut aussi décider d'abandonner l'option bourguignonne et relancer une mission pour envisager une autre coalition.

L'autre inconnue, quelle que soit la mission, c'est de savoir qui en sera chargé. Peut-être sera-t-il jugé bon d'envoyer cette fois au front des personnalités avec une plus grande carrure. On pense à un Paul Magnette qui était jusqu'ici pris par le processus électoral, gagné d'avance, pour la présidence du PS. Désormais, il a le poste et le voici débarrassé de ce souci-là. Mais d'autres présidentielles de parti doivent encore avoir lieu, au MR, au CD&V et au VLD notamment.

Un "bon signe"

Si les deux préformateurs notent quelques avancées, ils devraient être prolongés. Rien d'officiel n'a été communiqué, mais depuis quelques semaines, des contacts secrets entre PS et N-VA sont évoqués. Et ça, ça peut être qualifié de "bon signe". "Ça ne m'étonnerait pas que ces deux-là se parlent, indique Vincent Laborderie, politologue à l'UCLouvain. L'idée de la N-VA depuis cinq ans, donc déjà quand le parti s'est associé avec le MR pour la Suédoise, c'est de forcer le PS à devenir régionaliste, voire même confédéraliste. Et au PS, tout le monde n'est d'ailleurs pas opposé à une réforme de l'État pour des questions tactiques. En faisant remonter des pouvoirs aux Régions, le PS en aurait davantage la maîtrise qu'au fédéral, où tout est dilué."

Bref, l'idée de la réforme de l'État posée par la N-VA pourrait finalement trouver une oreille favorable chez les socialistes francophones. "Mais ce n'est pas pour ça que ça va marcher, nuance Vincent Laborderie. PS et N-VA dominent chacun le paysage politique dans leur communauté, mais encore faut-il convaincre les autres partis."

En outre, comme le rappelle Pierre Vercauteren, cette législature ne permet pas de réforme de l'État. "Mais il n'est pas imaginable que la N-VA s'engage sans obtenir des avancées là où ça lui est permis. Et n'oublions pas l'idée de Maxime Prévot: sortir le débat communautaire des discussions et préparer le terrain d'une réforme de l'État dans une autre instance à créer."

Préparer calmement la réforme

L'horizon d'une réforme constitutionnelle motiverait la N-VA à entrer dans un gouvernement. Un attelage rouge et jaune serait mis sur pied pour gérer quelques mesures sociales et la question migratoire, mais serait aussi axé sur de nouvelles élections dans deux ou trois ans, avec, cette fois, un accord sur des articles soumis à révision portant sur les exigences de la N-VA. "Mais rien ne dit que la majorité qui se dégagerait suite à ce scrutin s'emparerait de cette possibilité. Rappelons qu'une réforme de l'État demande une majorité des deux tiers dans chacun des groupes linguistiques", précise Vincent Laborderie.

Une telle ouverture aurait le mérite de pousser les partis francophones à réfléchir à ce qu'ils veulent vraiment pour l'avenir de leur communauté et donc ça leur permettrait de ne pas se retrouver à devoir se contenter de refuser ce qui leur est proposé. Plutôt qu'un simple non, ils avanceraient des propositions...

Les demandes sociales de la Flandre

Les péripéties de la loi sur les douzièmes provisoires, qui a été amendée par une majorité alternative composée de toute la gauche et du Vlaams Belang, ont aussi donné un autre signal. Non seulement pour l'urgence à former une coalition, mais justement aussi sur les accents que pourrait prendre ce futur gouvernement. "Il faut arrêter de réfléchir en termes binaires de gauche-droite!, s'insurge Vincent Laborderie. Le Vlaams Belang a gagné les élections avec un programme social, les scores montrent que la Flandre a voté plus à gauche qu'il y a cinq ans... La N-VA peut rebondir là-dessus en répondant à la demande d'une politique plus 'sociale' en Flandre." Le PS ne pourrait pas être contre cela...

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