analyse

PS/N-VA ou l'invivable cohabitation

©Photo News

Les circonstances politiques conduisent les deux partis à collaborer. Mais les invitent également à ne pas faire de compromis avec leurs ennemis politiques. C'est le nœud du problème fédéral.

C’est donc parti pour l’épisode 2 de la formation du prochain gouvernement fédéral. Comme pressenti, ce sont Rudy Demotte pour le PS et Geert Bourgeois pour la N-VA qui ont pris le relais. Avec le titre de préformateurs, ce qui permet aux deux informateurs royaux qu’ont été Didier Reynders et Johan Vande Lanotte de sortir du bourbier la tête haute. Le duo Demotte/Bourgeois examinera "les bases concrètes en vue de la formation d’un gouvernement fédéral autour de leur parti respectif, et ceci avec les quatre autres partis impliqués dans les discussions", dit le Palais royal, qui annonce un rapport au Roi le lundi 4 novembre. PS et N-VA sont donc enfin en piste. L’eau et le feu. Si les circonstances les rapprochent, leurs intérêts politiques les éloignent encore un peu plus l’un de l’autre. Résumons.

Ce qui rapproche le plus les deux partis, c’est avant toute chose le résultats des élections du 26 mai. A deux niveaux. Premièrement, les électeurs en ont fait, malgré un recul très net, les deux premières formations politiques de leur communauté linguistique respective. Ce simple fait leur impose de travailler ensemble, au moins pour essayer de former la colonne vertébrale du prochain gouvernement fédéral. Pour y parvenir, pour peu que les deux partis le souhaitent évidemment, il faut un terrain d’entente sur le fond de la politique à mener.

Une suédoise sanctionnée

Et c’est ici que les élections du 26 mai ressurgissent en tant qu’adjuvant. Que disent-elles? Que la politique dite "de droite" menée par le gouvernement Michel a été sanctionnée dans les urnes. Même côté flamand. Tous les partis de la coalition sortante sont sortis affaiblis du scrutin. La N-VA a perdu 8 sièges à la Chambre, le CD&V en perd 6 et l’Open Vld en abandonne 2. Ce déclin, qui concerne tous les partis traditionnels, même de l'opposition, s’est opéré en partie au bénéfice du Vlaams Belang, qui a parfaitement su jouer de l’insatisfaction de l’électeur quant à la politique socio-économique de la coalition "suédoise".

A l’instar d’autres partis issus du même terreau d’extrême droite en Europe, le Belang a présenté un programme marqué par des largesses sociales qui tranchent avec le discours tenu par la N-VA depuis des années.

A l’instar d’autres partis issus du même terreau d’extrême droite en Europe, le Belang a présenté un programme marqué par des largesses sociales (le retour de la retraite à 65 ans, la pension minimum à 1.500 euros par exemple) qui tranchent avec le discours tenu par la N-VA depuis des années. Couplé à un radicalisme exacerbé sur les questions migratoires, ce message a fait mouche. La N-VA ne peut l’ignorer. En juillet, Bart De Wever plaidait pour une baisse de la TVA sur l’électricité, défendue jusqu’ici par la gauche uniquement. C’est un signe qui laisse penser que les nationalistes peuvent désormais accepter des mesures marquées à gauche. Et donc s’entendre avec le PS qui, en perte de vitesse lui aussi, a besoin comme de pain de donner des gages à son électorat qui se déplace dangereusement vers le PTB et Ecolo.

L'alliance impossible? 

Sur papier, tout cela est très joli mais, à ce stade, pèse peu par rapport à ce qui oppose PS et N-VA. Ce n’est pas nouveau mais au point de vue doctrinal, du rapport au capital ou à la fiscalité, tout oppose les deux partis. Sur le plan communautaire également, on ne voit pas très bien ce qui pourrait rassembler Paul Magnette et Bart De Wever, dont les partis sont indispensables à toute réforme de l’Etat nécessitant une majorité des deux tiers. On rappellera que la N-VA a d’abord affirmé ne vouloir monter avec le PS que pour mettre son confédéralisme en œuvre.

"Nous marchons très clairement dans un champ de mines."
Rudy Demotte
Préformateur PS

Or celui-ci ne peut trouver grâce aux yeux socialistes en ceci – entre autres - qu’il divise la sécurité sociale et la population bruxelloise. Par contre, le PS pourrait avoir des demandes de type institutionnel. Premièrement parce qu’il est traversé par un courant régionaliste qui reprend du poil de la bête, surtout en Wallonie. Ensuite parce que la situation budgétaire de la Wallonie est préoccupante et que la dernière réforme de l’Etat en date a mis un terme, certes progressif, à la solidarité nationale entre les entités fédérées. Elio Di Rupo, s’est prononcé en faveur d’une réforme de la loi de finances qui organise les flux financiers entre les institutions belges au motif qu’elle lésait la Wallonie. Ce type de débat est plutôt de nature à provoquer la rupture avec la N-VA.

Enfin, côté francophone, il faut rappeler que le PS n’a aucun intérêt à faire alliance avec la N-VA, à qui il s’est opposé avec véhémence pendant 5 ans. Attaqué efficacement sur sa gauche par le PTB et Ecolo, le PS a été obligé de s’accorder avec les libéraux en Wallonie. Or un peu partout en Europe, les partis sociaux-démocrates ont été durement sanctionnés après avoir mené des politiques libérales, parfois jusqu’à disparaître.  Le PS n’a peut-être plus le luxe de pouvoir signer des alliances contre-nature. Ce risque est aussi valable à la N-VA, dont la course en avant a été brutalement interrompue le 26 mai.

"Nous marchons très clairement dans un champ de mines", a d'ailleurs concédé Rudy Demotte ce mardi.

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