Chronique d'Alain Narinx, News manager Economie & Politique

Elio Di Rupo et Jan Jambon ensemble, tous sourires, avec une poignée de main devant les photographes. C’est l’image de la semaine. Et une image qui n’a rien d’innocent. Bien sûr, dans notre Etat fédéral, que le ministre-président wallon et son alter ego flamand se rencontrent est sain et normal. Bien sûr, les deux hommes ont juré qu’ils n’ont pas discuté de la formation du gouvernement fédéral (pour leur faire plaisir, on fera semblant d’y croire). Ce n’est effectivement pas leur rôle. Mais l’image a son poids: le PS et la N-VA discutent côte à côte. Et les deux partis ne pouvaient pas ignorer le symbole.

PS et N-VA font, en ce moment, passer auprès de leurs militants et électeurs le message qu’un dialogue entre eux est inévitable.

La politique, c’est aussi de la psychologie. Et il en faut parfois une bonne dose pour faire passer des messages. PS et N-VA font, en ce moment, passer auprès de leurs militants et électeurs le message qu’un dialogue entre eux est inévitable. Cela ne présage en rien de l’issue de ces négociations futures. Mais cela prépare le terrain pour qu’elles aient lieu. Et comme en psychologie, le temps fait son œuvre. C’est ce qui explique aussi le délai nécessaire à la mise en place d’un tel dialogue. Après avoir, pendant des années, ostracisé l’autre, PS et N-VA ont besoin de temps pour s’asseoir à la même table et négocier. C’est aussi simple que cela. Psychologie toujours: ces timides approches entre les deux grands partis hérissent quelque peu les autres, qui ont l’impression de rester au balcon.

Sur le fond des discussions à venir, les revendications institutionnelles de la N-VA ont été mises en sourdine ces dernières semaines. Le vocabulaire socialiste a évolué. Le "jamais avec la N-VA" a laissé place à "tout dépend du contenu".

Le contenu? Theo Francken a, en fait, esquissé il y a plusieurs semaines déjà les contours d’un "deal" possible: des mesures dures sur l’immigration et une "réflexion" institutionnelle pour plaire aux nationalistes flamands, des mesures sociales pour satisfaire les socialistes francophones. De quoi alimenter des pourparlers. Il nous revient que des discussions sérieuses ont lieu en coulisses entre les deux partis. De là à dire qu’un accord est possible, il y a toutefois une marge importante.

L’autre point d’attention en politique fédérale cette semaine a été la remise en selle des Verts, consultés (il y a dix jours) par le duo de préformateurs Rudy Demotte-Geert Bourgeois. Cela signifie que le mandat confié par le Palais et le travail des informateurs précédents (Reynders/Vande Lanotte) a été, même brièvement, remis en cause. L’explication, c’est la possibilité d’explorer une autre coalition: avec les écologistes, mais sans la N-VA. C’est d’ailleurs la formule souhaitée dès le lendemain du scrutin par le PS. Mais elle s’est toujours heurtée au refus clair et net du CD & V et de l’Open VLD de s’embarquer dans une telle aventure car, dans ce scénario, les partis néerlandophones seraient minoritaires dans leur groupe linguistique et se retrouveraient face un barrage d’une opposition N-VA/Vlaams Belang. Autrement dit, pour eux, ce serait aller au casse-pipe.

Pourquoi donc reparler de ce scénario maintenant? Et surtout pourquoi la N-VA, via son préformateur Geert Bourgeois, a-t-elle accepté de rouvrir le débat sur une coalition dont elle serait exclue? L’hypothèse évoquée dans la presse flamande est celle d’un accord informel entre PS et N-VA. Pour faire passer la pilule d’une négociation à venir PS-N-VA ("vous voyez, on a tout testé, on ne peut pas faire autrement"), l’idée serait de laisser d’abord tester – et échouer – une autre formule. Quand on vous parlait de psychologie…

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