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Quand le PS sonne faux

Elio Di Rupo a du mal à incarner le leader de l’opposition. ©Photo News

Habitués au pouvoir pendant des années, les socialistes ont du mal à trouver le ton juste pour incarner l’opposition à Charles Michel. Ils ont multiplié les faux pas. Cette semaine en est une belle illustration.

Ils n’y arrivent pas. Que voulez-vous? Ils n’ont pas l’habitude… "Ils", ce sont les socialistes francophones. Depuis octobre dernier, ils mènent une opposition forte au gouvernement fédéral de Charles Michel, tout en étant toujours aux manettes des Régions wallonne et bruxelloise. Un nouveau rôle pour un parti qui occupait le pouvoir rue de la Loi pendant les 27 années précédentes. Et visiblement, les troupes d’Elio Di Rupo ont du mal à être crédibles dans cette configuration politique inédite.

Quelques illustrations cette semaine. Le gouvernement Michel a décidé de débarquer Mathias Dewatripont de son rôle de vice-gouverneur de la Banque nationale. Le PS sort aussitôt un communiqué rageur, flinguant "la chasse aux sorcières socialistes". Sur le fond, il a raison. Même le libéral flamand Luc Coene, peu suspect de sympathies avec le Boulevard de l’Empereur, a trouvé la manœuvre "pas très flatteuse" pour la BNB, soulignant les qualités de Dewatripont, un brillant économiste de haut vol. Seulement voilà: l’argument du PS sonne faux, puisque le parti incarne plus que tout autre le clientélisme (même s’il n’en a pas l’apanage) et qu’il a procédé lui-même, des années durant, à un train de nominations politisées à tous les échelons du système belge.

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Il y a eu aussi le "cas" Vervoort. Un bel exemple d’un but marqué contre son camp. Vilipendant, dans "L’Echo", le projet du gouvernement fédéral de déchoir des djihadistes de la nationalité belge, le ministre-président bruxellois s’est lancé dans une comparaison hasardeuse avec la politique des nazis envers les juifs. Une faute finalement avouée et des excuses plus tard, qu’en reste-t-il? Une mauvaise image pour le PS, tandis que le vrai débat est passé au second rang. Pourtant, là encore, la mesure est effectivement très contestable à nos yeux, puisqu’elle revient à ne pas considérer tous les Belges sur le même pied et à créer, en quelque sorte, des "sous-citoyens".

Syriza

Le PS n’a pas réussi à trouver le ton juste pour défendre ses positions.

On continue? Dimanche dernier, le parti d’extrême gauche Syriza triomphe aux élections grecques. Le PS s’en félicite tout de go… oubliant au passage que son alter ego grec, le Pasok, est en déliquescence totale; oubliant aussi que le leitmotiv de Syriza est le refus de l’austérité, alors que le PS se félicitait il y a peu d’avoir réalisé plus de vingt milliards d’euros d’efforts budgétaires pour remettre les finances publiques belges à flots et satisfaire aux prescrits européens. La cohérence dans le discours n’est pas toujours évidente à suivre…

On pourrait encore citer d’autres exemples. Comme cette volte-face d’Elio Di Rupo critiquant l’exclusion de certains chômeurs du bénéfice de leurs allocations d’insertion, une mesure prise… par le même homme lorsqu’il était Premier ministre.

Dégainer les arguments

On le voit, jusqu’à présent, quoi qu’on en pense sur le fond, le PS n’a pas réussi à trouver le ton juste pour défendre ses positions, alors que celles-ci sont souvent intéressantes et pertinentes. La question se pose de savoir si Elio Di Rupo est bien la personnalité qu’il faut, en ce moment précis, pour incarner, à la tête du parti, l’opposition à Charles Michel. Bousculé notamment sur sa gauche par le PTB, plus jeune, qui cogne fort avec des formules simples (voire simplistes), il doit encore trouver le bon équilibre. Difficile, mais le PS reste un parti de gouvernement qui doit assumer ses responsabilités (passées ou futures). À notre sens, il doit d’abord remiser au placard les attaques "bêtes et méchantes", les polémiques stériles et privilégier les arguments de fond que sa précieuse "machine de guerre" (son staff et son centre d’études, l’Institut Émile Vandervelde), peut lui fournir en abondance. Il doit aussi se rapprocher de son électorat. Allez, une bonne nouvelle pour lui? Si tout va bien pour Charles Michel, le PS a encore quelques années pour s’exercer…

[Suivez Alain Narinx sur Twitter en cliquant ici]

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