Quatre nominations en haut lieu font l'objet de convoitise

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Le mandat de Koen Van Loo, le patron du holding public SFPI expire la semaine prochaine. Pour savoir si son mandat sera renouvelé, il faudra attendre que le Premier ministre Charles Michel trouve un accord sur un véritable casse-tête de nominations. L’enjeu: quatre postes juteux de haut niveau.

C’est probablement un des secrets les mieux gardés rue de la Loi: quand le Premier ministre Charles Michel décidera-t-il d’une série de nominations attendues depuis des mois? Les vice-Premiers ministres tâtent régulièrement le terrain, vu que, dans certains cas, la situation commence à devenir embarrassante.

À la Poste, par exemple, les sièges de trois administrateurs sont vides depuis plusieurs mois étant donné que le CD&V et la N-VA visent tous deux un siège dans cet important conseil d’administration. Le CD&V souhaite prolonger le mandat de Caroline Ven, tandis que la N-VA aimerait pousser son propre candidat. "C’est un vrai scandale que les choses ne soient pas encore réglées. Nous parlons ici d’une société cotée où, par ailleurs, les choses ne se passent pas très bien", commente une source.

"Imaginons par exemple que le gouvernement décide demain de réduire sa participation dans BNP Paribas ou d’introduire Belfius en Bourse. Cela doit passer par la SFPI. Mais de telles décisions sont difficiles à prendre dans le cadre des affaires courantes."
Une source

Pour sortir de l’impasse, Michel attend depuis des mois qu’il y ait suffisamment de postes vacants pour satisfaire tout le monde. Mais entre-temps, les mandats expirent les uns après les autres. La semaine prochaine, ce sera le cas de six mandats d’administrateurs à la SFPI (Société Fédérale de Participations et d’Investissement), le holding qui détient les participations de l’État. C’est le cas de Koen Van Loo, le CEO, des deux vice-présidents – Olivier Hénin et Renaat Berckmoes – et des administrateurs Laurence Bovy, Jan Verschooten et Jeanine Windey.

En principe, le conseil d’administration de la SFPI peut continuer à gérer les affaires courantes. "Mais c’est risqué, estime une source. Les administrateurs doivent être prêts à prendre ce risque. Il n’est pas évident que des décisions importantes soient prises par un conseil d’administration dont la moitié des membres ne sont plus en fonction officielle. Imaginons par exemple que le gouvernement décide demain de réduire sa participation dans BNP Paribas ou d’introduire Belfius en Bourse. Cela doit passer par la SFPI. Mais de telles décisions sont difficiles à prendre dans le cadre des affaires courantes."

Et ce n’est pas tout. La SFPI attend aussi depuis des mois la nomination d’un comité de direction. Une procédure de sélection a été lancée et une dizaine de candidatures ont été retenues. Depuis, une short-list de trois noms a été transmise au gouvernement. Mais cette proposition est restée sans réponse, parce qu’elle fait partie du grand puzzle de Charles Michel.

D’autres mandats sont à pourvoir. Il s’agit dans chaque cas de postes juteux: un nouveau président pour la Commission de Régulation de l’Électricité et du Gaz (CREG), un vice-gouverneur à la Banque Nationale, et un vice-président à la Banque européenne d’investissement (BEI). Ce dernier poste européen aurait dû en principe être pourvu il y a dix mois.

"Il va falloir choisir"

Le mandat le plus lucratif est celui de vice-gouverneur de la BNB, avec un salaire annuel brut de 391.000 euros. L’administrateur délégué de la SFPI perçoit 290.000 euros par an, tandis qu’un vice-président de la BEI gagne autant qu’un vice-président de la Commission Européenne, soit 276.000 euros. Le président de la CREG peut compter sur 250.000 euros brut par an.

Ces quatre postes font l’objet de convoitises. L’Open VLD plaide pour le renouvellement du mandat de Koen Van Loo à la SFPI, mais la N-VA souhaite placer son candidat.

Le MR a jeté son dévolu sur la présidence de la CREG. Le parti soutient la candidature d’Anne Junion, chef de cabinet de la ministre de l’Énergie Marie-Christine Marghem.

©Filip Ysenbaert

Mais la N-VA est également intéressée et propose Francis De Meyere, le spécialiste en énergie de Jan Jambon. Ne fût-ce que pour éviter qu’avec Junion, le MR – comme il se murmure ici et là – laisse les coudées franches à Electrabel. L’Open VLD a aussi son favori, Andreas Tirez. Idem au CD&V avec Sven Vaneycken, spécialiste en énergie du vice-Premier ministre CD&V Kris Peeters.

Il y a de fortes chances que le MR remporte la mise. Mais dans ce cas, le parti devra laisser tomber un autre poste de haut niveau, peut-on entendre dans les cercles gouvernementaux: "Il va falloir choisir". La N-VA lorgne le poste à la BEI. On avance les noms du ministre flamand Philippe Muyters et du ministre fédéral des Finances Johan Van Overtveldt. Mais le MR n’est pas en reste et a également son candidat. Le Premier ministre veut éviter qu’on lui reproche de nommer "trop de Flamands" à des postes internationaux.

À la Banque Nationale, les trois partis flamands visent le poste de vice-gouverneur, une position importante, car souvent c’est la voie royale pour devenir gouverneur, comme en témoigne la situation actuelle: ce poste se libère parce que l’actuel vice-gouverneur, Pierre Wunsch, remplacera Jan Smets l’an prochain en tant que gouverneur.

Les directeurs étiquetés N-VA et Open VLD, respectivement Tom Dechaene et Tim Hermans, sont pris en considération pour ce mandat. En principe, ce poste pourrait être attribué au CD&V, mais cela signifierait qu’un nouvel arrivé au sein du comité de direction serait directement catapulté au vice-gouvernorat. Avec le départ de Marcia De Wachter à la fin du mois, le CD&V doit nommer un nouveau directeur. Dans la banque, le nom de Steven Vanackere, ancien ministre des Finances, circule. Un autre nom fréquemment cité est celui d’Annemie Rombouts, ancienne collaboratrice de Koen Geens et aujourd’hui vice-présidente de l’autorité de marché, la FSMA.

Agrandir le puzzle

En principe, Charles Michel pourrait facilement compléter son puzzle puisqu’il existe quatre postes lucratifs à répartir entre les quatre partis de la majorité. Mais les choses ne sont pas aussi simples. Car un parti estime par exemple que la vice-présidence de la BEI vaut bien plus que le poste de vice-gouverneur de la Banque Nationale. D’autres considèrent que c’est l’inverse.

C’est ce qui explique que dans les cercles gouvernementaux, on se demande s’il ne serait pas plus facile d’agrandir le puzzle, afin qu’il y ait plus de postes à répartir entre les partis, quitte à anticiper certaines nominations. L’an prochain, une série de mandats importants viendront à échéance, probablement après les élections. Ne serait-il pas possible de conclure dès à présent des accords à ce sujet? C’est une piste à laquelle on réfléchit. Par exemple, les mandats du comité de direction de la CREG, de la SNCB et d’Infrabel viendront à échéance dans le courant de l’année prochaine. Si ces postes peuvent être ajoutés au grand puzzle, il sera peut-être plus facile d’arriver à un compromis.

Un autre argument plaide en faveur de cette solution: il est plus que probable que la formation d’un nouveau gouvernement fédéral après les élections de mai prochain prendra du temps. Et vu qu’un gouvernement en affaires courantes ne peut procéder à des nominations, cette solution semble donc la meilleure pour l’instant.

Mais cette démarche est dangereuse pour le gouvernement. Le risque est réel que les administrateurs qui seront écartés avant la fin de leur mandat s’adressent au Conseil d’État et obtiennent gain de cause.

L’émergence de ces pistes démontre à quel point ce casse-tête est compliqué. Pour les partis, ces nominations sont importantes, car elles renforcent leur pouvoir et leur permettent de récompenser de loyaux collaborateurs.

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