interview

Quel est l'intérêt du PS d'entrer dans une coalition Arizona?

Le PS de Paul Magnette ne participe actuellement pas aux discussions autour d'une coalition "Arizona" menées par les présidents du MR, de l'Open Vld et du CD&V. ©BELGA

Ces derniers jours, Paul Magnette est revenu sur l'opportunité de négocier avec la N-VA. Que faut-il lire derrière ses propos? Décryptage avec Pascal Delwit, politologue à l'ULB.

Lundi, lors du bureau politique du PS, Paul Magnette mettait les choses au clair: il ne resterait que deux choix pour le Parti socialiste, entrer en négociation, ou l'opposition. Ce mardi, le président rajoutait une couche, sur la chaîne de télévision LN24: "On peut envisager de gouverner avec la N-VA. Ce qui compte, c'est le contenu." Deux communications si rapprochées sur la possibilité de s'allier avec les nationalistes flamands, ça marque une réelle évolution dans les positions?

"Jamais le PS n'a complètement exclu de gouverner avec la N-VA."
Pascal Delwit
Politologue (ULB)

"Ce n'est pas vraiment neuf, tempère Pascal Delwit, professeur de science politique à l'Université libre de Bruxelles. Si l'on considère l'évolution de la configuration depuis les élections, on voit bien qu'il y a eu plusieurs tentatives réelles de construire un gouvernement autour de la N-VA et du PS. C'est vrai que certaines déclarations ont contredit cette éventualité, mais au sens propre, jamais le PS n'a complètement exclu de gouverner avec la N-VA.

Qu'est-ce qui empêche concrètement un rapprochement entre le PS et la N-VA?

"La pire des solutions pour Paul Magnette, c'est l'opposition."
Pascal Delwit
Politologue (ULB)

Quand bien même ces partis disent ne pas s'exclure mutuellement, ils sont si éloignés qu'un accord paraît difficile. Deuxièmement, la N-VA a beau dire qu'elle veut associer les premiers partis des deux communautés, elle n'a pas tout fait pour y arriver. Le PS non plus. Et enfin, chez les socialistes, il y a beaucoup de réticences en interne. On parle de "ténors qui s'expriment en faveur des négociations", mais je ne sais pas s'il reste beaucoup de ténors au PS! Ceux qu'on cite sont très proches de Paul Magnette.

Mais il faudra bien trouver une porte de sortie...

Schématiquement, il y a trois solutions pour le PS: participer à un gouvernement, rester dans l'opposition et des élections anticipées. La pire des solutions pour Paul Magnette, c'est l'opposition. Il ne souhaite pas non plus d'élections. Mais au sein de son parti, il y a des points de vue différents et évolutifs. Certains considèrent que l'opposition ne serait pas une mauvaise chose. Et chez d'autres, c'est l'expectative qui prévaut... A cela, il faut ajouter une donnée: l'institutionnel.

Ce n'est pas la première fois que le PS marque une certaine ouverture pour une réforme de l'État...

"Les partis, hormis peut-être la N-VA, ne sont pas prêts pour une réforme institutionnelle."
Pascal Delwit
Politologue (ULB)

Si l'on évoque l'idée d'une réforme institutionnelle, il y a des points de vue très distincts chez les socialistes. D'un côté, on a des gens comme Pierre-Yves Dermagne ou Nicolas Martin, le bourgmestre de Mons, qui sont des régionalistes affirmés et ne sont pas hostiles à un tel programme. Mais il y a des profils nettement moins régionalistes, comme Rudy Demotte. De plus, la réforme institutionnelle n'était pas au cœur des programmes pour les élections et surtout, les partis, hormis peut-être la N-VA, ne sont pas prêts. Il n'y a pas de groupe de travail, pas de notes juridiques, politiques, économiques... Il faut que les partis se préparent d'abord eux-mêmes! Et envisager l'idée d'un groupe de réflexion en parallèle au futur gouvernement, c'est dangereux parce que ça signifie qu'on accepte d'entrer dans une coalition avec une réforme inscrite à l'agenda et que si le groupe de travail rencontre un problème, la question reviendra au gouvernement.

Le dossier de l'IVG complique-t-il encore la donne?

S'il arrive réellement au vote à la Chambre, oui. La N-VA, si Bart De Wever est cohérent, ne pourra pas s'allier avec des partis qui ont voté pour cette proposition. Par rapport à l'Open Vld et au MR, on peut encore "jouer" un peu vu qu'ils n'ont pas vraiment de position de parti pour le vote.

"Quelle est la logique qui ferait que l'Arizona devrait s'élargir au PS? Il n'y a pas besoin d'autant de partis dans un gouvernement."
Pascal Delwit
Politologue (ULB)

La situation vous paraît-elle plus claire qu'il y a quelques mois?

Je ne crois pas! Je ne vois pas ce qui pourrait fonctionner alors que ça n'a pas fonctionné jusqu'ici. Le cadre est même plus compliqué aujourd'hui. Quelle est la logique qui ferait que l'Arizona devrait s'élargir au PS? Il n'y a pas besoin d'autant de partis dans un gouvernement. Et pourquoi le PS s'allierait-il avec toute la droite alors que toute la droite n'est pas nécessaire? Qu'est-ce qui pourrait agréger tout ce monde? Et les socialistes devraient laisser les Verts dans l'opposition, alors qu'ils voulaient absolument d'Ecolo à la Région. Évidemment, ma logique est rationnelle et ce n'est pas toujours la raison qui sous-tend ce qui se passe en Belgique...

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