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Quel parti flamand pour prendre le relais de Paul Magnette?

Lundi, Paul Magnette a demandé au Roi d’être déchargé de sa mission d’information. ©Tim Dirven

L’informateur royal a jeté l'éponge lundi suite au "ni oui ni non" de l’Open Vld à une coalition arc-en-ciel. Sa démission est toujours entre les mains du Roi.

Un peu plus d’un mois de travail, trois rapports au Roi et au final, comme un sentiment d’échec pour le président du Parti socialiste. L’informateur Paul Magnette a demandé lundi à Philippe Ier d’être déchargé de sa mission, sans intention d’être affublé d’un nouveau titre pour poursuivre sa route vers la formation d’un gouvernement fédéral. "Il est à bout de souffle", entend-on.

Pour cause, l’Open Vld, réuni en bureau lundi, n’a pas dit franchement "oui" à la coalition arc-en-ciel (socialistes, libéraux et écologistes) tentée par l’informateur depuis deux semaines. En tentant trop ouvertement d’arrimer l’Open Vld, le président du PS ne facilite en fait pas la tâche des libéraux "qui donneraient le sentiment de tomber dans les bras du PS, ce qui ne passe pas bien en Flandre". Dixit un proche des discussions. Vu que le problème demeure chez les partis flamands, il est temps qu’un flamand prenne la main, analyse-t-on en coulisse. Le Roi a laissé sa décision en suspens en lançant une série de consultations qui ont démarré dès lundi par le président du MR, Georges-Louis Bouchez puis la présidente de l’Open Vld, Gwendolyn Rutten. Les deux partis libéraux, qui affichent de plus en plus leur unité, forment évidemment le pilier d’une éventuelle coalition arc-en-ciel le plus difficile à convaincre. Pourtant, Paul Magnette "est arrivé au bout de cette logique, le Vld n’est pas encore prêt à y aller et plus on attend, moins il sera prêt", glisse un proche des négociations.

Une chance à l’arc-en-ciel

Il faut que les nationalistes mouillent leur maillot afin qu’ils ne puissent pas "jouer au Caliméro pendant des mois", dit une source.

La crainte chez les partisans de l’arc-en-ciel, éventuellement élargi au CD&V et/ou au cdH? Que le processus fédéral soit gelé jusqu’aux fêtes de fin d’année. À la rentrée, l’Open Vld commencera à s’organiser pour élire un nouveau président – l’élection se tiendra en mars – et ne sera alors plus en mesure de prendre des risques. Gwendoyn Rutten, actuelle présidente, est avec d’autres au sein de son parti, partisane d’une rupture avec la N-VA et ouvre la porte à l’arc-en-ciel. Petit rappel utile: l’arc-en-ciel strict, c’est une majorité d’un siège seulement et une minorité très forte dans le groupe flamand à la Chambre, ce qui passe mal au nord. Quelles sont les options sur la table?

Comme Paul Magnette n’est pas en mesure de poursuivre, ce choix pourrait lancer une personnalité Open Vld sur base des notes fournies par l’informateur. En bureau de parti, les libéraux flamands se sont montrés bienveillants à l’égard du travail fourni par Paul Magnette (une note d’une soixantaine de pages avec des dizaines de mesures). "Avec le MR, nous sommes d’avis que le travail ne peut pas être jeté par-dessus bord mais, selon notre appréciation libérale, il est encore insuffisant. Nous restons prêts à dialoguer et nous continuerons à défendre nos convictions", dit l’Open Vld. Alors, faut-il qu’un Vld prenne le relais de Paul Magnette? Évoquée, cette piste se heurte au risque d’implosion du parti. La base libérale demeurant attachée à une alliance avec la N-VA garantissant la politique la plus à droite possible.

On relèvera que le MR, de son côté, juge également la note Magnette insuffisante car encore trop à gauche, sans toutefois la mettre à la poubelle. Par contre, le MR se prononce de plus en plus clairement pour un arc-en-ciel associé au CD&V (12 sièges) plutôt qu’au cdH (5 sièges). Officiellement pour offrir une assise plus confortable à l’ensemble côté flamand, plus officieusement pour ne pas devoir partager les postes avec un parti francophone supplémentaire.

Un petit tour avec la N-VA

On entend plus personne affirmer qu’une alliance PS/N-VA est jouable. Mais on sent bien que côté flamand, il faut que les nationalistes mouillent leur maillot afin qu’ils ne puissent pas "jouer au Caliméro pendant des mois", dit une source francophone.

Le CD&V demande que la N-VA, en tant que premier parti flamand, prenne la main. Seul son échec clair peut permettre au CD&V d’éventuellement monter dans une coalition sans majorité côté flamand. Bart De Wever, président de la N-VA, dans une déclaration étrange, ne semble pas vouloir faciliter sa désignation. "Je peux éventuellement le faire mais les dégâts causés par le Vld sont énormes. J’ai rencontré M. Magnette (samedi soir, NDLR) et il a le goût de sa bouillie arc-en-ciel bien en bouche (…) Il faudra beaucoup de dentifrice flamand pour se laver la bouche", a-t-il déclaré, interrogé par la VRT avant le bureau de son parti. Le message de la N-VA est clair: il faudra faire table rase. En coulisse, on entend aussi que le Palais royal voit d’un mauvais œil une mission courte menée par la N-VA car elle s’achèverait au moment du discours de fin d’année prononcé par Philippe.

Mouiller le CD&V

C’est une option comme une autre. Les démocrates chrétiens ne cessent de réclamer des contacts entre PS et N-VA. Pourquoi ne pas accepter de servir de trait d’union? Le nouveau président du parti, Joachim Coens a balayé cette hypothèse. La question de savoir "si un CD&V doit être envoyé sur le terrain n’est pas à l’ordre du jour", a-t-il dit lundi.

Le casse-tête est entre les mains du Roi.

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