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analyse

Quels sont les réseaux d'Alexander De Croo?

Un peu plus de dix ans après son entrée sur la scène politique, Alexander De Croo est désormais Premier ministre. ©REUTERS

"Fils de", ingénieur commercial, consultant, entrepreneur, puis politique: le nouveau Premier ministre a enchaîné les casquettes. Et développé les réseaux.

"Accessible", au "contact facile", "qui ne fait pas cavalier seul"… En fait, s'il y a bien un trait à retenir d'Alexander De Croo, c'est qu'il est un homme de réseau, nous dit-on. Une toile qu'il pourra désormais mettre au service de ses nouvelles fonctions.

Clan familial

La figure incontournable du père, d'abord: Herman De Croo. Ce père qui a marqué la vie politique belge pendant 52 ans, s'inscrivant lui-même dans une famille de bourgmestres depuis cinq générations dans leur fief – Brakel – où le clan De Croo vit depuis 400 ans… dans la même rue. De quoi donner l'exemple. Et ouvrir des portes.

5
générations
Dans la famille De Croo, on est bourgmestres de Brakel depuis cinq générations.

Mais à côté de cette filiation bien connue, s'en cache aussi une autre, toute aussi importante: celle de la mère, Françoise Desguin, francophone et avocate spécialisée des divorces à une époque où c'est encore l'exception. C'est par elle que le libéral développe un féminisme profond, décrié comme "gadget de com''" par certains, alors qu'il l'assume entièrement. "Il n'a pas peur des femmes puissantes", pointe une observatrice.

C'est par cette ouverture d'esprit qu'il est tombé dans les bras d'Annik Penders, une consultante "hyperintelligente", "qui a fait carrière plus vite que lui", comme en témoignent d'anciens collègues du Boston Consulting Group (BCG) où ils se sont rencontrés aux alentours des années 2000. "Femme forte", elle fut la première à être nommée "associée" auprès du consultant où elle officie toujours en tant que Madame assurance pour l'Europe de l'Ouest, l'Amérique du Sud et l'Afrique.

Consultance

De cette période BCG, il gardera quelques relations fortes, comme Laurent Hublet, actuel patron du campus digital bruxellois BeCentral, qu'il embarquera au sein de son cabinet de 2014 à 2018 pour prendre en main le projet "Digital Belgium". Mais pas seulement, puisque De Croo se lie aussi à l'époque d'amitié avec Karolien Gielen (toujours chez BCG), de même qu'avec l'un de ses associés dans l'aventure entrepreneuriale Darts-IP – du nom de cette encyclopédie digitale de la jurisprudence en matière de propriété intellectuelle qu'il cofonde en 2006. Aujourd'hui, la société est leader mondial avec plus de 200 employés (dont sa sœur, Ariane) et des clients comme Google, LVMH ou P&G.

200
employés
La société Darts IP qu'il cofondait avec trois associés en 2006 aligne aujourd'hui plus de 200 employés travaillant pour des clients tels que Google, LVMH ou P&G.

Connecté

Cette manière d'être a eu le temps de mûrir. En effet, le libéral a attrapé le "virus entrepreneurial" au milieu des années 90 déjà, grâce à une université qui lui a permis d'expérimenter "The real thing" (sic), comme en témoigne un document d'époque.

Étudiant "brillant", il est épaulé par un prof dans son effort d'organiser des voyages au ski sponsorisés, permettant à ses camarades de s'adonner à bas prix au snowboard. Le concept marche si bien qu'il revend sa société, "Promoboom", avec bénéfices au sortir de ses études.

Mais, formation d'ingénieur commercial oblige, des bancs bruxellois, il n'a pas retenu que le goût de l'entreprise ou les cours du doyen Joel Branson et du professeur Rudy Moenaert. Non, il conserve aussi et surtout un carnet d'adresses étoffé. En effet, il a notamment étudié aux côtés du désormais Chief Digital Officer de Novartis Bertrand Bodson, avec qui il roule encore souvent en vélo. De même, il a côtoyé dans les auditoires l'actuel CEO de BBDO Belgium Steven Cosyns, tout comme la nouvelle secrétaire d'Etat au Budget, Eva De Bleeker.

Il fréquente de nombreux acteurs du digital, allant du serial entrepreneur flamand Peter Hinssen, au patron de Google Belgique Thierry Geerts. De même que, plus ponctuellement, toute une série de jeunes startupers: "pur geek" de nature, il aime cette effervescence technologique.

Le nouveau Premier entretient aussi de bonnes relations avec des banquiers d'affaires, dont certains sont même passés par le monde politique. Alors qu'on lui prête, outre un bon contact avec le libéral flamand (et ex-chef cab' de Didier Reynders) Koen Van Loo (SFPI), un lien particulier avec Johnny Thijs remontant à ses fonctions de patron de Bpost. De Croo est alors aux Pensions. Il serait né de cette période une proximité entre les deux, avant que la lutte du ministre des Entreprises publiques de l'époque, Jean-Pascal Labille (PS), sur son salaire n'amène l'actuel président d'Electrabel à prendre la porte.

Leur longueur d'onde partagée s'explique simplement: Thijs et De Croo sont d'accord sur de nombreux points, allant de la volonté de rachat de PostNL pour placer Bpost sur la carte européenne, jusqu'à la modernisation du service postal "quitte à ce que cela passe par ne plus distribuer le courrier que deux fois par semaine par exemple", glisse un observateur. "Il n'a pas ce réflexe politicien que de penser au lien social, aux syndicats,... Il regarde les faits, en prenant du recul, puis décide."

Soutiens politiques

Voilà pour le chapitre business. Vient alors le gros morceau: la politique, venue compléter depuis une bonne dizaine d'années maintenant le registre du quadra.

"Soit tu te tais, soit tu te lances"
Egbert Lachaert
Désormais président de l'Open Vld

Tout commence alors qu'il se plaint du contexte post crise 2008. Un groupe d'amis, emmené par Mathias De Clercq et le président de l'Open Vld d'aujourd'hui, Egbert Lachaert, le pique au vif: "Soit tu te tais, soit tu te lances". Il n'en fallait pas plus. Il rejoint le duo au sein du think tank Liberales. Et décide dans la foulée de participer aux élections européennes, dont il retire, in fine, son deuxième virus: la politique.

2009
Challengé par un groupe d'amis, Alexander De Croo décide de faire le pas de la politique. Et brigue la présidence la même année, qu'il remporte au second tour.

C'est ainsi qu'en 2009, il se décide à briguer la présidence. Une opération de taille, car il s'agit de succéder à l'intérimaire Guy Verhofstadt revenu mettre de l'ordre au Vld. Et ce, face au favori Marino Keulen et à la challenger Gwendolyn Rutten. Alors, Alexander De Croo s'entoure dans ce qui s'avérera une victoire. De Vincent Van Quickenborne tout d'abord – le nouveau ministre de la Justice –, puis de Johan Hanssens, à qui certains attribuent un poids dans le retrait de De Croo des négociations gouvernementales de 2010. Un retrait ayant pour conséquence la plus grave crise politique du pays – les fameux "541 jours". On parle alors du groupe des "M5", un noyau dur qui l'accompagnera encore longtemps dans les années qui suivent. En particulier pour ce qui est de son porte-parole Tom Meulenbergs, fidèle au poste depuis plus dix ans maintenant.

Deux autres lieutenant d'aujourd'hui montent ensuite rapidement à bord: celui qu'il nomme directeur du service d'étude du Vld pour l'accompagner dans les négociations préalable à la formation de l'exécutif Di Rupo, Ruben Lecok et un "crac" de la diplomatie, Peter Moors. Tous deux passés chef cab', ils sont restés en poste jusqu'à il y a peu aux côtés de De Croo, avant de rejoindre le chasseurs de tête Egon Zehnder et de prendre la tête du SPF affaires étrangères.

International

En parlant d'affaires étrangères, le réseau du Premier ministre n'a rien de belgo-belge. Grâce à ses fonctions de ministre des Finances, il a participé aux réunions de l'Eurogroupe. Le libéral a ainsi développé une bonne entente avec son homologue allemand d'alors, Olaf Scholz. Comme pour le patron de la SFPI, nul doute que l'homme aura dû constituer un relais important dans les discussions avec Lufthansa en vue du sauvetage de sa filiale Brussels Airlines.

Enfin, De Croo fait aussi partie des "Young Global Leaders" du World Economic Forum depuis 2015, aux côtés d'Emmanuel Macron et d'Albert Rivera, l'ex-président du parti centriste espagnol Ciudadanos. De quoi aboutir à des rencontres, dont il raffole. Un ancien collaborateur témoigne: "Il aime rencontrer des gens d'envergure intellectuelle".

"De Croo aime rencontrer des gens d'envergure intellectuelle. Quand il se rend à Davos par exemple, il se met un agenda de malade"
Un ex-collaborateur

Et parfois, cela aboutit à du concret, comme lorsque ministre de la Coopération au développement, De Croo parvient à s'assurer du soutien de Bill Gates, pour une vingtaine de millions d'euros, dans l'éradication de la maladie du sommeil.

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