Réactions opposées au retrait de l'arrêté sur le dépistage du cancer du sein

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Les gynécologues considèrent la réforme trop favorable au dépistage de masse au détriment du dépistage individuel. Les radiologues, eux, déplorent une vague de désinformation.

Les réactions étaient contrastées après le retrait par la ministre des Affaires sociales Maggie De Block (Open Vld) de son arrêté sur le dépistage du cancer du sein.

L’arrêté royal, qui devait entrer en vigueur le 1er avril, révisait les modalités de remboursement des mammographies. Il prévoyait, sauf exceptions, de supprimer le remboursement du dépistage du cancer du sein pour les femmes de moins de 45 ans et de plus de 74 ans. De plus, entre 45 et 50 ans, seul un dépistage annuel serait conseillé et remboursé. Entre 50 et 74 ans, ce ne serait plus qu’un seul dépistage tous les 2 ans seulement.

Lundi, le MR s’était désolidarisé de la décision, demandant à Maggie De Block de revoir sa copie.

Celle-ci s’est donc exécutée, tout en déplorant que "les femmes aient été complètement mal informées. Parce qu’un débat serein est impossible dans une telle atmosphère, nous mettons la mesure en suspens", a-t-elle précisé.

Gaspillage de ressources

Jérémy Haut, gynécologue et sénologue à l’Hôpital Érasme, applaudit le retrait du texte controversé, estimant qu’il "favorisait trop le dépistage de masse au détriment du dépistage individuel". Sachant que seule une femme sur 9 développera un cancer du sein, le dépistage de masse s’apparente à une forme de gaspillage de ressources. Les pays scandinaves et la France ont d’ailleurs abandonné le dépistage de masse au profit du dépistage individuel sur la base de facteurs de risque avérés (comme les antécédents familiaux ou la densité mammaire par exemple).

"L’arrêté favorisait trop le dépistage de masse au détriment du dépistage individuel."
jérémy haut
gynécologue et sénologue

Outre le fait d’importuner des femmes qui ne présentent aucun risque apparent, le dépistage de masse n’apporte pas non plus de garantie suffisante pour les patientes à risque. "Pour les patientes dont la densité mammaire est importante, la sensibilité de l’examen mammographique n’est que de 50%. Autrement dit, une fois sur deux, on passe à côté d’un éventuel problème. Alors qu’avec un test complémentaire comme une échographie ou une IRM, la sensibilité s’élève à 90%", explique Jérémy Haut.

Il estime que c’est au médecin traitant de juger si la patiente a besoin ou non d’un dépistage individuel (avec échographie, etc.).

Vague de désinformation

De son côté, la Société belge de radiologie (SBR) déplore au contraire la mise en veilleuse par la ministre de la nouvelle nomenclature. La SBR, qui se dit "stupéfaite" du remous que cet arrêté suscite, estime que cela n’est "certainement pas sans lien avec la vague de désinformation qui s’est récemment propagée sur les médias sociaux". Les radiologues y voient aussi un signe de "la confusion qui existe encore dans bien des esprits entre les examens médicaux qui s’inscrivent dans un cadre diagnostic et ceux qui touchent à la prévention du cancer du sein".

Selon la SBR, le modeste bénéfice supplémentaire obtenu en termes de détection de tumeurs en associant à la mammographie de dépistage d’autres techniques (telles que l’échographie) ne fait pas le poids en regard du nombre important de "fausses alertes". L’adaptation récente de la nomenclature en radiologie mammaire répondait à ce consensus scientifique, estime la SBR.

Retrouvez ici les témoignages de trois femmes qui sont retournées au travail après avoir combattu le cancer. L'une d'entre elles, Magali Mertens, a également accepté d'évoquer son histoire dans la vidéo juste ici en-dessous.

Retourner au travail après un cancer | Rencontre avec Magali Mertens

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