Recycler ses travailleurs pour survivre à la crise

La N-VA veut favoriser la formation en interne des travailleurs en chômage temporaire. ©Schindler/Kaufmann Marcel

Une proposition de loi visant à permettre de combiner une allocation de chômage temporaire et une formation organisée à la demande de l’employeur sera examinée dès mercredi à la Chambre.

Depuis l'éclatement de la pandémie, la Belgique n'a pas suffisamment misé sur la formation des travailleurs placés en chômage temporaire. Cet avis, plusieurs économistes le partagent. S'il n'est pas trop tard, il est toutefois temps de s'y mettre.

"À l’heure actuelle, il est beaucoup plus prudent et financièrement plus avantageux pour un employeur de laisser le salarié à la maison toucher ses allocations de chômage temporaire que d’investir dans un redéploiement ou une reconversion in situ."
Björn Anseeuw et Valérie Van Peel
Députés fédéraux N-VA

À la Chambre, une proposition de loi portée par l'opposition N-VA semble aller dans cette direction. Son idée: permettre aux employeurs de faire suivre à leurs travailleurs en chômage temporaire une formation interne en vue de les réinsérer ultérieurement dans leur organisation, éventuellement dans une autre fonction. Pendant cette formation sur-mesure, le travailleur conserverait son allocation de chômage, complétée par son employeur afin d'atteindre le montant habituel de son salaire net.

Un système win-win

En agissant de la sorte, les patrons pourraient relancer ou redynamiser leur activité sans devoir supporter l'ensemble des coûts, tandis que les travailleurs seraient encouragés à participer à des formations en étant équitablement rémunérés, expliquent les auteurs de la proposition, Björn Anseeuw et Valérie Van Peel. Selon eux, il est malheureusement, pour l'heure, "beaucoup plus prudent et financièrement plus avantageux pour un employeur de laisser un salarié à la maison toucher ses allocations de chômage que d’investir dans un redéploiement ou une reconversion in situ".

Du côté de la majorité, on ne rejette pas d'emblée la proposition N-VA, mais on émet plusieurs réserves. "J'ai un peu l'impression qu'on veut réinventer l'eau chaude", lance Marc Goblet (PS), qui rappelle qu'il est déjà possible de suivre des formations durant une période de chômage temporaire.

"Il ne faudrait pas qu'une initiative de l'employeur se substitue à la volonté de l'employé."
Marie-Colline Leroy
Députée fédérale Ecolo

C'est tout à fait correct, mais actuellement cela ne peut se faire qu'à la demande du travailleur et via le biais de formations agréées. Or, et la nuance est importante, le texte en question vise des formations en interne proposées par les employeurs et adaptées aux besoins spécifiques de l'entreprise. "On peut évidemment imaginer que l'employeur puisse impulser une dynamique, mais il ne faudrait surtout pas qu'une initiative de celui-ci se substitue à la volonté de l'employé", note la députée Marie-Colline Leroy (Ecolo).

Risques d'abus

Marc Goblet craint par ailleurs des recours abusifs au mécanisme: "En transposant la demande du travailleur à l'employeur, le danger est qu'on favorise une remise au travail sous couvert de chômage temporaire". Si l'inquiétude du socialiste est compréhensible, la proposition prévoit un certain nombre de balises afin de minimiser ce risque. Concrètement, un employeur souhaitant recourir au système devrait remettre à l’Onem un "plan de formation concret, indiquant clairement en quoi consiste l’emploi du travailleur concerné, les nouvelles tâches ou compétences dont l’apprentissage est visé, qui sera concrètement son accompagnateur, ainsi que les dates auxquelles la formation aura lieu".

"Le danger est qu'on favorise une remise au travail sous couvert de chômage temporaire."
Marc Goblet
Député fédéral PS

Pour Christophe Bombled (MR), on peut se demander si ces formalités, potentiellement pesantes, ne risquent pas d'en décourager certains. Au-delà, le député libéral juge la proposition intéressante, mais doute de sa faisabilité à court terme, d'autant que la N-VA prévoit que le système cesse, en théorie, de produire ses effets le 31 mars.

Certains partis de la majorité plaideront mercredi en commission pour obtenir des avis complémentaires, dont celui des partenaires sociaux. Dans ces conditions, les chances de voir la proposition atterrir rapidement s'amenuisent. À plus long terme, rien n'empêche cependant de réfléchir à un mécanisme pérenne s'en inspirant, conclut Bombled.

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