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Retropédalage sur les tests, mais que s'est-il passé?

©REUTERS

Lundi soir, les ministres de la Santé du pays ont décidé de restreindre les tests Covid aux seules personnes symptomatiques. Un sacré retour en arrière dans la stratégie.

Le virus galope, le testing de la population ne suit plus, il fallait changer de stratégie. Depuis lundi, c’est fait. Les ministres de la Santé ont décidé de restreindre l’accès aux tests Covid à une partie de la population. Quitte à prendre le risque que des asymptomatiques positifs se promènent dans la nature… Une stratégie du "sauve-qui-peut", alors que la situation épidémiologique s’aggrave de jour en jour. On a dépassé les 8.000 contaminations par jour.

Comment en est-on arrivé là? Pourquoi? Avec quels risques? On fait le point.

Y a-t-il un problème avec les tests PCR?

"Les tests PCR sont la Rolls-Royce des tests Covid", nous dit Yves Van Laethem, porte-parole interfédéral et virologue. Le problème, c’est que le prélèvement n’est pas simple à réaliser, les centres de dépistage sont encombrés, et les laboratoires d’analyse sont dépassés. Avec l’explosion de l’épidémie, le risque d’un manque de réactifs pointe son nez. On manque aussi de machines (une commande aurait été ralentie par un fonctionnaire des finances un peu tatillon sur les procédures de  marché public) et de bras pour prélever et analyser les échantillons.

"Les tests PCR sont la Rolls-Royce des tests Covid."
Yves Van Laethem
Porte-parole interfédéral et virologue

Pourquoi a-t-on décidé de restreindre les tests?

Il a été décidé d’effectuer moins de tests, temporairement, pour faire baisser la pression. En partant du principe que sans résultats rapides, les tests auprès des personnes non malades ne servent pas à grand-chose. Les personnes asymptomatiques qui ont eu un contact à risque doivent de toute façon faire preuve de bonne volonté et se confiner d’elles-mêmes. Qu’elles soient testées ou pas.

Risque-t-on de voir l’épidémie flamber encore plus?

"Si les gens se conforment aux décisions, non", nous dit Yves Van Laethem.  Mais tout est dans le "si"… Pour le virologue, on table sur le fait que les gens sont prêts à s’isoler, mais on risque de voir le nombre de personnes se mettre en quarantaine diminuer.  "On adopte la même stratégie de confiance envers la population qui a déjà été suivie, mais il faut bien avouer que jusqu'ici, le return sur investissement n’a pas été fantastique", indique le virologue. D'après Sciensano, 50% de la population ne respectait plus les règles en septembre...

"On adopte la même stratégie de confiance envers la population qui a déjà été suivie, mais il faut bien avouer que jusqu'ici, le return sur investissement n’a pas été fantastique."
Yves Van Laethem
Porte-parole interfédéral et virologue

Le virologue s’interroge aussi sur le passage de 7 à 10 jours de la quarantaine. "On ne sait pas d’où sort ce chiffre, il n’a aucune base scientifique, on a toujours plaidé pour 14 jours."

La stratégie de tracing mise à mal?

Le tracing et l’application Coronalert gardent tout leur sens. Les autorités ont d’ailleurs décidé de renforcer les équipes de tracing des contacts. Mais il faut bien admettre qu’en se privant du testing des asymptomatiques, on coupe quelques branches à l’arbre des contaminations… A partir du moment où on ne connaît pas l’état d’une personne asymptomatique qui a eu un contact à risque, on ne sait pas si elle peut, elle aussi, avoir contaminé d’autres personnes.  Cette stratégie, dit-on, doit aussi se lire à la lumière des décisions, prises vendredi, de réduction des contacts sociaux.

Quels autres tests?

A côté des tests PCR, il existe un panel d’autres tests possibles, plus rapides, mais moins efficaces en termes de détection du virus. Les tests salivaires (le prélèvement est rapide, il permettrait de désengorger le testing, mais son traitement est lent), les tests antigéniques (leur traitement est rapide, 15 minutes, mais moins fiable) et les tests sérologiques. (Lire aussi notre dossier du 26 septembre).

Pourquoi les autres tests ne sont-ils pas intégrés?

Le ministre fédéral de la Santé, Frank Vandenbroucke (sp.a), a été très clair : ces tests ne sont pas écartés, mais il faut s'assurer de trois choses : leur validité, leur utilisation (qui testera-t-on ?), et leur intégration au système informatique de comptage. Il faut aussi former le personnel adéquat.

500.000
tests antigéniques
Ils devraient bientôt arriver et une autre commande a été passée.

Cela étant, ces tests sont sur la table depuis plusieurs mois. Pourquoi ces questions ne sont-elles pas résolues ? La faute incomberait à... Maggie De Block (Open Vld), l'ex-ministre de la Santé sous Wilmès. Elle a toujours rejeté l’utilisation de ces tests. Vandenbroucke hérite de cette situation, et doit repartir de zéro. On évoque aussi une nécessité de valider les tests par l’Agence des médicaments. Pourtant, les tests antigéniques ont déjà été utilisés au début de la crise, avant d'être écartés parce que pas assez précis. Un argument qu’Yves Van Laethem réfute : "En pleine crise, s'il y a une autre solution, plus bas de gamme, moins chère et moins compliquée, on la prend." Il est suivi par les épidémiologistes qui estiment qu'on doit se doter de toutes les armes possibles pour cerner le virus.

Le ministre de la Santé veut des réponses concrètes à ces questions avant de ce lancer. Cela prendra encore plusieurs semaines. Indice positif: 500.000 tests antigéniques devraient bientôt arriver, et une autre commande est en cours.

Pourquoi a-t-il fallu attendre pour les rendez-vous en ligne?

La mise sur pied d’un système de prise de rendez-vous pour le testing en ligne a été lancée fin août, quand l’épidémie a repris en force. Elle devait être prête pour début octobre, on la promet pour fin de cette semaine. Cela arrive, dit-on du côté des autorités, lors du développement d’un outil informatique.

Pourquoi un nouveau report de la plateforme de testing ?

Cette plateforme devait être la pierre angulaire de l’édifice du testing.  Elle doit regrouper et permettre les articulations entre les laboratoires, gérer les capacités en matériel (écouvillons, réactifs, robots,…), et centraliser l’informatique pour le traitement des résultats. Elle devait permettre de monter à 90.000 tests par jour, et devait être opérationnelle début octobre. Elle ne le sera qu’au 1er novembre. Pourquoi? Le changement de gouvernement pourrait avoir ralenti, là aussi, la mise en œuvre du système. Tout comme l'excès de confiance de certains fonctionnaires dans le recul du virus... "Cela n'a pas aidé, dit-on dans les cabinets, mais cela n'explique pas tout..."

Un nouveau Comité de concertation vendredi

Selon des informations du Soir et de La Libre Belgique, un nouveau Comité de concertation est prévu ce vendredi dans l’intention de valider le fameux baromètre de la vie sous le coronavirus, attendu depuis quelques semaines. "Il a fallu voir comment on appliquait (les indicateurs et les seuils proposés aux politiques). Qui et comment on l’actualisait, changeait un indicateur et prenait la décision de passer d’un niveau à l’autre, que ce soit vers le haut ou vers le bas", a expliqué le commissaire corona Pedro Facon au Soir.

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