interview

Robert Vertenueil, FGTB: "Les idées du monde politique sur la Sécu nous font frémir"

©doc

La FGTB espère rassembler au moins 10.000 personnes à Bruxelles ce mardi pour défendre la sécurité sociale. En prélude à cette manifestation nationale, son président Robert Vertenueil martèle son appel à un refinancement de la Sécu. Pour trouver des recettes, il suggère entre autres de rehausser l'impôt des sociétés.

Dans quel état d’esprit êtes-vous à la veille de cette manifestation nationale?

Inquiet et rassuré. Inquiet, car ce qui fait que nous avons voulu faire cette manifestation reste d’actualité. Les idées qui circulent dans le monde politique à propos de la sécurité sociale, cela nous fait un peu frémir! On se dit qu’on avait donc bien raison de considérer qu’il fallait battre la voie publique pour rappeler à tous les partis que la Sécu est la propriété des travailleurs. Je suis aussi rassuré dans la mesure où manifestement notre message passe: il y a une prise en considération de la situation et les gens se disent que s’ils ne se bougent pas pour défendre la Sécu, probablement que le politique n’y sera pas suffisamment attentif.

L’absence de front commun syndical ne déforce-t-elle pas votre message?

Non, car le message est partagé par le front commun. Il y a un consensus sur le message politique, mais il n’y en avait pas sur le fait de manifester ou pas.

La Sécu est la propriété des travailleurs
Robert Vertenueil
Président de la FGTB

La CSC dit qu’elle n’a pas réellement été invitée à participer par la FGTB…

Je suis catégorique: j’ai personnellement demandé trois fois au président de la CSC, Marc Leemans, s’il se joignait à l’organisation de la manif. Et trois fois, il m’a répondu 'non'.

L’approche des élections sociales peut expliquer l’absence de front commun?

Je ne peux pas empêcher certaines personnes de penser cela, mais moi je me refuse à le faire. Le sujet de la sécurité sociale est beaucoup trop important pour notre pays que pour croire qu’une organisation syndicale s’en jouerait pour les élections sociales. Au-delà du front commun syndical, je constate qu’un front social se met en place. Une série d’organisations, qui ne sont pas nécessairement proches des syndicats d’ailleurs, appellent à la mobilisation.

Il faut rétablir le caractère automatique de la dotation d’équilibre.
Robert Vertenueil

Quelles mesures devraient être prises en priorité pour refinancer la Sécu?

Il faut rétablir le caractère automatique de la dotation d’équilibre et supprimer les conditions ingérables qui y ont été adjointes. On ne peut pas conditionner le fait de payer cette dotation à des facteurs économiques et démographiques. Les gestionnaires de la Sécu ne sont pas responsables d’une épidémie de grippe qui se développe ou d’un coronavirus qui arriverait jusqu’ici. Nous ne sommes pas contre le fait qu’il y ait des conditions, mais les éléments de responsabilisation doivent être liés à ce qu’on est en capacité de gérer. Il faut aussi revoir toute la question des financements alternatifs, de manière à ce qu’ils compensent réellement les mesures de politique qui réduisent les cotisations sociales.

Où va-t-on chercher l’argent?

Ce sont des choix politiques! On pourrait revoir la question de l’impôt des sociétés, pourquoi faut-il le maintenir à 25%? On pourrait par exemple le remonter à 26 ou 27%. On pourrait aussi revoir les cotisations sociales du côté patronal. Pourquoi les maintenir à 25%? On les a diminuées de 34 à 25%, n’était-ce pas un peu excessif? Des capacités budgétaires, il en existe, mais il s’agit de les orienter. On a beaucoup trop donné aux entreprises en matière de réduction des cotisations et de charges diverses, sans pouvoir mesurer les effets retours. La Sécu a été privée en 2017 de 13 milliards de revenus à cause de réductions de cotisations.

Quand le Voka évoque une régionalisation des soins de santé et de l’emploi, vous en pensez quoi?

La Sécu n’a pas un problème de dépenses, mais de recettes.
Robert Vertenueil

C’est du n’importe quoi. La Sécu n’a pas un problème de dépenses, mais de recettes. On voit aujourd’hui que si les déficits annuels qui doivent être comblés par la dotation d’équilibre grandissent, ce n’est pas parce que les dépenses dérapent. C’est parce que les recettes ne suivent pas. Les dépenses augmentent certes, mais dans des proportions maîtrisées qui correspondent à des trajectoires prévues. Si c’est bien un problème de recettes, en quoi une régionalisation changerait quelque chose? C’est une supercherie.

Pour agir, il faut un gouvernement de plein exercice. Le blocage au fédéral vous préoccupe?

Je veux un gouvernement rapidement, mais pas à tout prix. Je veux un exécutif qui répond aux besoins. Si c’est pour en avoir un qui ne répond à rien, ça ne fait pas mon affaire.

Vous seriez favorable à un retour aux urnes?

Le processus électoral est démocratique. Dans d’autres pays européens, si une période de formation est trop longue, il y a obligatoirement de nouvelles élections. On peut se poser la question… Par contre, il faut faire attention aux discours qui consistent à dire qu’on a peur de faire des élections car on craint leurs résultats. Ça revient à dire qu’on ne fait pas confiance au système électoral. La question à se poser, c’est pourquoi les gens se désintéressent des partis traditionnels au profit des extrêmes. Les cénacles politiques feraient bien d’être attentifs à cela. La cause du gouffre entre la population et les partis est là: les formations politiques traditionnelles ne répondent plus au besoin de la population, du moins elle en a le sentiment.

Aucun syndicaliste ne vendra toutefois son indépendance.
Robert Vertenueil

Vous dites que de plus en plus de gens sont tentés de se tourner vers les extrêmes. A la FGTB, le PTB séduit apparemment de plus en plus. Cela vous inquiète?

Est-ce que le PTB fait de l’entrisme à la FGTB: non. Est-ce qu’il tient les rênes de pouvoir dans le syndicat: non. Par contre, il y a des PTB présents qui participent au débat et l’influencent. Il y en a au PS et chez Ecolo, et même certains d’autres partis, qui le font aussi. Aucun syndicaliste ne vendra toutefois son indépendance.

Pour conclure, que vous inspirent les conditions posées par la N-VA pour participer à un éventuel attelage fédéral?

C’est insupportable. Pour nous, c’est 'No pasaran'! Un gouvernement qui aurait la moindre virgule de ces mesures-là dans son accord serait pour moi un adversaire!

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