Rudi Vervoort favorable à un péage urbain

Rudi Vervoort, nouveau ministre président de la Région bruxelloise

Mardi, Rudi Vervoort (PS) a prêté serment en tant que nouveau ministre-président de la Région bruxelloise. Il lui reste un an avant les élections pour faire ses preuves. Qui est-il et que veut-il pour Bruxelles?

  • Vous avez escaladé le Kilimandjaro, vous êtes un homme de défi?

Oui c’était il y a quatre ans. Ce que j’aime dans ce sport c’est qu’il nous ramène à nous-mêmes. C’est un sport individuel qui n’a pas d’enjeu. C’est un défi qu’on se lance à soi, pas vis-à-vis des autres. L’objectif, c’est d’arriver au sommet. Et en même temps, c’est un sport totalement "gratuit" puisqu’une fois arrivé au sommet, on redescend.

  • Aujourd’hui, vous avez le sentiment d’être parvenu au sommet?

Je ne place pas la carrière politique avec un enjeu de sommet. Dans mon chef, il y a bien sûr de l’ambition. On n’arrive pas à exercer une fonction exécutive sans avoir la moindre once d’ambition, c’est évident. Mais quand je me suis affilié au Parti socialiste, il y a plus de 30 ans, je ne me suis pas dit que ma vie professionnelle serait intégralement dédiée à la politique. Bien sûr, j’avais un attrait pour la chose politique, le goût, d’aller vers les autres, de vouloir changer les choses. D’après moi, la politique, c’est une passion et c’est un engrenage. Là, je suis totalement dedans et pas depuis mardi.

  • Vous dites que vous n’avez pas de plan de carrière… Vous n’avez donc jamais rêvé d’être ministre-président?

Rêver? non. Aujourd’hui, je me dis que c’est un merveilleux challenge, à titre personnel. Je m’y investis pleinement avec enthousiasme. Une fois qu’on me confie les clés, j’ai une certaine propension à les garder et à les utiliser à bon escient.

  • Vous souhaitez donc garder les clés de la Région après 2014?

Je n’aurai pas accepté la fonction si je n’avais pas l’intention de prolonger mon mandat. Il appartiendra à l’électeur bruxellois d’en décider mais je serai candidat sur les listes régionales.

  • Vous ne préparez donc pas l’arrivée de Laurette Onkelinx à la Région?

Je pense qu’on est très clair par rapport à la répartition. Laurette sera candidate à la Chambre et moi à la Région. On ne laisse planer aucun doute.

  • Si l’électeur le permet, êtes-vous partisan d’une reconduction de l’Olivier?

Je trouve que cette coalition, ici à Bruxelles en tout cas, ne fonctionne pas trop mal. On le sait, on n’a pas les mêmes priorités. Et nous, au PS, on était dans une situation un peu plus affaiblie après les élections de 2009. Donc on se retrouve peut-être un peu moins dans le programme de majorité que ce qu’on l’aurait souhaité. Mais nous sommes des partenaires loyaux. C’est ce qui donne de la crédibilité au PS. Et je trouve que le projet qui est porté par la majorité bruxelloise nous convient suffisamment. Mais le fait que je dise moi, comme ministre-président, que cette majorité fonctionne bien n’implique rien. Chacun ira aux élections les mains libres.

  • Une alliance entre le PS et le MR peut-elle s’envisager?

On verra quel sera le rapport de force après les élections. Ce qu’il faut éviter c’est un programme contre-nature.

  • Votre actuel partenaire, Ecolo, a été fortement critiqué ces derniers temps, notamment sur la 4G. Estimez-vous que les positions de ce parti sont trop radicales?

Sur la 4G, il y a un travail qui est mené au niveau du parlement et je pense qu’une solution pourra se dégager pour développer la 4G. Elle devra d’abord être juridiquement solide, et elle ne doit pas mettre par terre le principe de précaution tel que le gouvernement (hormis le VLD) l’a érigé dans l’ordonnance. Cela ne va pas être simple. Sans doute, les opérateurs préféreraient le développement de la 4G sans conditions. Idéalement, une solution devrait être trouvée avant les vacances parlementaires.

  • En matière de mobilité, Charles Picqué a admis qu’il n’avait pas excellé. Comment comptez-vous rattraper le coup?

Nous sommes dans un contexte où, en Belgique, la place de la voiture est très importante. C’est aussi la conséquence de choix politiques pris à d’autres niveaux de pouvoir. On est champion du monde en matière de voitures de société. Quand un employeur met une voiture à votre disposition, cela n’incite évidemment pas à ne pas l’utiliser. Le double danger est que d’une part, un trop grand engorgement crée un véritable problème pour l’activité économique. Et d’autre part, il y a toute la problématique de la mobilité intra-muros des Bruxellois eux-mêmes. Pour ce qui est de l’aspect économique, on doit voir plus large que Bruxelles. C’est d’ailleurs tout l’intérêt de la communauté métropolitaine dont la mobilité est une des compétences attribuées. Parce qu’on le sait, l’activité économique de Bruxelles va au-delà des 19 communes. La mobilité doit donc être conçue de manière cohérente dans l’hinterland. Cela nécessitera de la coopération. Cela ne doit pas être les uns contre les autres. La question du péage urbain doit être réglée à ce niveau-là. Bruxelles ne va pas, seule, prendre des mesures en matière de péage urbain.

  • Vous êtes favorable à l’idée d’un péage urbain tel que l’OCDE le prône?

Oui mais dès l’instant où des mesures communes sont prises par les entités fédérées. Il faut que les trois Régions aillent dans le même sens. Il ne faudrait pas qu’une mesure dont l’objectif est d’assurer une meilleure mobilité puisse générer de la concurrence fiscale entre Régions et que cette concurrence fiscale entre Régions aboutisse à une concurrence économique. C’est pour cela que ça doit se décider au niveau de la communauté métropolitaine. En clair, Bruxelles seule, c’est non.

  • Qui va créer la communauté métropolitaine et quand?

Dès l’instant où on aura stabilisé nos institutions par la mise en œuvre de la sixième réforme de l’État, une initiative sera prise par Bruxelles. Au cœur de ce mandat, on va en fixer les contours et déterminer le cahier de charges des missions qu’on pourrait lui allouer. Nous prendrons les contacts une fois que les esprits seront apaisés.

  • Après les élections?

Je pense que nous, Bruxellois, nous serons prêts avant. Nous sommes demandeurs. Un message sera envoyé. Je crois qu’il y aura encore un travail de conviction à faire auprès de certains mandataires de la périphérie qui, sur base d’un mot d’ordre de la N-VA, disent que tout ça, ce sont les prémisses d’un élargissement de Bruxelles avec tous les fantasmes de la francisation, de la tache d’huile,… Alors qu’il ne s’agit pas de ça mais plutôt de travailler sur base d’accords comme cela existe entre le Hainaut et la France. La réalité sociologique va au-delà des frontières, qu’elles soient linguistiques ou d’État.

  • Comptez-vous aussi retisser des liens avec la Wallonie? Via le plan Marshall, par exemple.

Oui. On a vu qu’il y avait un déficit de communication au moment du lancement du Plan Marshall 2.0. Les Bruxellois ont plutôt été amenés à prendre le train en marche sur ce volet-là. Nous sommes demandeurs d’un dialogue permanent. C’est le sens de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Une fédération, ce sont deux entités qui s’accordent.

  • Les Bruxellois sont-ils les mal aimés?

De qui? Des autres? (rires). Il ne faut pas tomber dans le travers de la Région assiégée. Je ne vois pas la Belgique de demain comme ça. Mais on sait que Bruxelles, en tant que capitale, a été longtemps délaissée, en termes d’investissements. C’est évident. Regardez tout ce qui a été réalisé depuis la création de la Région bruxelloise en terme de rénovation de la ville. C’est colossal. On a vécu pendant des années avec un désinvestissement où Bruxelles n’était jamais qu’une ville d’usage qui a été conçue de manière à être la plus pratique pour ceux qui venaient y travailler.

  • On dit de vous que vous êtes le fils spirituel de Philippe Moureaux, cela veut-il dire que les Bruxellois vont assister au retour d’une politique de gauche? Pourquoi, il n’y avait pas de politique de gauche à Bruxelles?

Charles Picqué était de la frange sociale-démocrate, alors que Philippe Moureaux est plutôt de l’ancienne école.

J’ai trouvé Charles Picqué un peu plus marxiste ces derniers temps (rires). Vous savez, quand on est ministre-président, on donne une image qui est celle d’une collectivité. Cela oblige à avoir une réserve par rapport à un discours. Je ne suis pas le ministre-président de ceux qui ont voté PS. Bien sûr que je porte les valeurs des socialistes mais dans l’action politique, je suis amené à travailler avec les patrons, les partenaires sociaux, d’autres institutions et d’autres niveaux de pouvoir. Je ne vais pas les haranguer sur la valeur ajoutée de la gauche. Mais cela ne veut pas dire que je renonce à mon engagement politique.

  • Franchement, en un an seulement, qu’allez-vous pouvoir faire?

Le temps est compté. C’est pour cela que je souhaite hiérarchiser les priorités et faire en sorte que l’évolution démographique soit prise en compte dans l’ensemble de ses besoins: mobilité, équipements publics, logement, etc. Il va aussi falloir préparer l’arrivée de nos nouvelles compétences: allocations familiales, emploi, santé. Il faut qu’on soit prêt. Nous devrons aussi réfléchir aux orientations qu’on donnera à nos politiques, notamment en matière fiscale puisque la responsabilisation financière va s’en retrouver augmentée et à Bruxelles on est singulièrement plus sensible à l’évolution de nos recettes. Cela implique de redéfinir le rapport communes-région.

Il ne faut pas plus de pression fiscale, il faut un équilibre qui garantisse une fiscalité juste, redistributive et solidaire. Ma vision de la Région de demain, c’est un lien avec les communes qui soit plus adulte. Il faut se rendre compte que l’un ne gagnera pas l’un contre l’autre.

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