"S'il y avait eu un débat au Parlement, vous imaginez bien comment cela aurait tourné!"

Charles Michel revenait ce vendredi, en Commission des Relations extérieures, sur la procédure de désignation de Didier Reynders comme commissaire européen. Faute de pouvoir encore changer la donne, plusieurs voix se sont élevées pour changer rapidement le procédé.
  • Que retenir du débat?

    La commission des Relations extérieures s'est penchée ce vendredi matin sur la procédure de désignation du MR Didier Reynders en tant que commissaire européen. Au final, les compétences du libéral ont peu été remises en cause. Que retenir des échanges? Deux points:

    → De nombreux députés ont pointé le flou autour des "contacts informels" évoqués par le Premier ministre Charles Michel pour prendre sa décision.

    → Plusieurs membres de la commission, et en particulier le CD&V Servais Verherstraeten, ont plaidé pour qu'un système clair soit implémenté à l'avenir, afin qu'un prochain gouvernement en affaires courantes ne soit encore confronté à ce genre de situation, demandant une réponse rapide et dont l'enjeu est important.

  • Barbara Pas (Vlaams Belang) explique que son parti va lancer une procédure devant le Conseil d'Etat pour éviter "de telles choses" à l'avenir.

  • Et maintenant...

    "Il est urgent d'avoir un gouvernement", conclut le Premier ministre.

    "J'espère qu'il sera possible de prendre ses responsabilités et apporter une réponse démocratiques aux défis auxquels nous sommes confrontés."

    ©Photo News


  • "La Belgique aurait pu être responsable d'une crise européenne"

    Après la prise de parole des différents partis, Charles Michel répond aux différentes interventions.

    Il se justifie sur le fait que la Belgique n'a qu'envoyé qu'un seul nom à Ursula von der Leyen, et pas celui d'une femme. "Seuls deux pays ont envoyé deux noms et à la fin il n'en restait plus qu'un."

    Il explique avoir pris la décision "conscient des limites des affaires courantes et après avoir pris des contacts informels". "S'il y avait eu un débat ici, on sait comment il aurait tourné et il aurait été impossible d'honorer cette date du 26 août. J'ai eu un contact avec des responsables de partis démocratiques portant sur cette situation exceptionnelle - les affaires courantes - et l'urgence de la date."

    La question du genre est essentielle pour lui, dit-il. Il rappelle avoir soutenu la nomination d'Ursula von der Leyen, celle de Christine Lagarde et le fait que la Commission soit paritaire. Il rappelle aussi que le gouvernement n'a pas procédé à une nomination mais à une proposition, rappelant que Didier Reynders va être soumis à des auditions - "pas des promenades de santé" - avant un vote. Il glisse que sans la proposition d'un nom, la Belgique aurait pu susciter une crise, empêchant la composition de la Commission. 

  • "Vous avez-court-circuité le parlement!"

    François De Smet, pour DéFI, ne remet pas non plus en cause les compétences de Didier Reynders mais la procédure, signalant que son parti n'a pas été contacté lors des contacts informels de Charles Michel. 

    "Difficile d'invoquer l'urgence quand on a soi-même participé à cette urgence!"

    On aurait pu, selon lui, organiser un débat au parlement, proposer un candidat de la société civile. "Vous avez-court-circuité le Parlement!"

    Il explique qu'il est essentiel que ce genre de situation ne se présente plus. Il veut clarifier le concept d'affaires courantes et urgentes. 

    Difficile d'invoquer l'urgence quand on a soi-même participé à cette urgence!
    François De Smet
    DéFi

  • "Le Premier ministre n'avait pas d'alternative"

    Georges Dallemagne, pour le cdH, regrette que certains partis insinuent qu'il ne fallait pas répondre dans les temps à l'invitation d'Ursula von der Leyen. Quid d'un plan B? "Il ne fallait pas ajouter du désordre au désordre." Il rappelle que ce n'était pas au parlement mais bien à l'exécutif de désigner un candidat. "Le Premier ministre n'avait pas d'alternative."

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    Il admet que personne ne conteste les compétences de Didier Reynders, "même si j'aurais désigné un autre candidat".

    "J'espère bien qu'il y aura un débat sur la politique à mener, les propos d'Ursula von der Leyen sont plutôt positifs..."

    Georges Dallemagne interpelle Charles Michel: "Je m'inquiète de la capacité que nous avons à nous-mêmes faire face aux enjeux auxquels nous sommes confrontés." Il rappelle la crise politique et demande jusqu'à quand Didier Reynders va exercer sa fonction de ministre au fédéral, notamment. Il s'interroge aussi sur le budget...

  • Quelle fiscalité?

    Du côté du sp.a, Yasmine Kherbache regrette qu'aucune femme n'ait été proposée comme candidate et s'inquiète de ce que va défendre Didier Reynders.

    Monsieur Reynders va-t-il lutter pour une fiscalité plus équitable ou va-t-il freiner cette politique? Nous craignons que ce ne soit la deuxième option.
    Yasmine Kherbache (sp.a)

    Elle regrette le "fossé" entre la politique du gouvernement et celle prônée par Ursula von der Leyen, notamment sur les objectifs climatiques et la création d'une Europe plus sociale. 

  • "Je suis sûre qu'il va défendre le droit des femmes"

    L'Open Vld Goedele Liekens explique pourquoi son parti soutient la candidature de Didier Reynders et demande qu'on se mobilise plutôt sur la formation d'un gouvernement fédéral pour rétablir la confiance des citoyens dans la politique. 

    "C'est un job qui requiert des compétences avec des exigences strictes, et Didier Reynders rassemble ces compétences, ces capacités. Il a le bon profil, c'est pourquoi mon groupe soutient la proposition. Qu'aurait-on pu faire? N'envoyer personne, comme Madame Pas le suggère? Un intérimaire n'était pas non plus une bonne option."

    "Il faut se concentrer sur son profil, il a de l'expérience en diplomatie. Il croît en une Europe forte, le respect des droits humains. Je suis sûre qu'il va défendre le droit des femmes."

  • Qui sont ces "contacts informels?"

    Didier Reynders ne fera pas autre chose que ce qu'il a fait depuis vingt ans: une politique libérale en faveur des multinationales et des riches.
    Nabil Boukiki

    Nabil Boukiki s'exprime au nom des travaillistes: "Je rappelle que Didier Reynders a été mêlé à plusieurs affaires, des affaires de conflit d'intérêts. On envoie un commissaire européen qui s'est démené pour aller contre les règles de la Commission européenne."

    "Y a-t-il quelqu'un qui pense que Reynders va mener un atome de politique de gauche à la Commission? Il ne fera pas autre chose que ce qu'il a fait depuis vingt ans: une politique libérale en faveur des multinationales et des riches. Une politique d'austérité, et les Belges ont voté contre le 26 mai!"

    Il demande à Charles Michel s'il a rencontré des représentants de partis de l'opposition avant de trancher en faveur de Didier Reynders.

  • "Rien de nouveau sous le soleil"

    Servais Verherstraeten (CD&V): "Les gens s'inquiètent de la composition de cette Commission et de ce qu'elle fera. Et les employeurs aussi."

    "Rien de nouveau sous le soleil. Depuis juillet 2012 nous avons décidé que nous organisions les élections européennes concomitamment aux fédérales. Nous le savions depuis sept ans, deux ans avant la précédente désignation d'un commissaire. Nous aurions pu mettre en place une procédure, nous ne l'avons pas fait."

    Je crains que souvent nous ne soyons encore confrontés à un gouvernement démissionnaire qui devra faire une désignation.
    Servais Verherstraeten (CD&V)

    Il rappelle qu'un gouvernement démissionnaire est limité, mais pas pour régler les affaires urgentes, "comme celle-ci."

    Pied de nez à la N-VA et ses critiques: "La majorité aurait pu prendre des initiatives dès la prestation de serment, ce qui n'a pas été fait...." "C'est aussi la responsabilité de tous les partis flamands", admet-il.

    Il demande que soit mise au point une procédure à l'avenir.

  • Michel De Maegd (MR) rappelle, lui, quelques règles européennes justifiant la désignation de Didier Reynders.

    Monsieur le Premier ministre, vous avez respecté les us et coutumes existantes.
    Michel De Maegd
    MR

  • Que veut la Belgique pour l'Europe?

    Georges Gilkinet, pour les Verts, regrette aussi le manque de débat. "Il était politiquement nécessaire d'associer le parlement à votre choix. Désigner telle personnalité aura un impact sur la politique qui sera menée. Je voudrais revenir sur les compétences. Et il y a aussi la priorité de la Belgique pour l'Europe... On a demandé un débat in tempore non suspecto."

    "Que veut la Belgique pour l'Europe de demain?" demande Georges Gilkinet. "Il ne faut pas s'étonner du rejet par le citoyen de l'Union européenne alors qu'elle a un rôle majeur, mais qu'elle est en crise."

    Les débats que réclament les verts:

    • L'énergie et le climat: comment sortir du nucléaire, respecter les objectifs de la COP21
    • Comment va-t-on gérer la question migratoire?
    • Quid des règles budgétaires de l'UE?
    • Va-t-on prendre des mesures environnementales fortes? L'Europe va-t-elle être le moteur d'un stop au plastique non réutilisable?
    • Comment mettre fin au dumping fiscal? Va-t-on mettre en oeuvre un plan coordonné contre la fraude fiscale?

    "Ce sont autant de thèmes dont nous aurions aimé débattre."

  • La représentante de la N-VA, Anneleen Van Bossuyt explique aussi que ce ne sont pas les compétences de Didier Reynders qui heurtent son parti, mais le procédé exempt de débat.

    "Il y avait suffisamment de temps pour consulter le parlement! Vous vous êtes attribué ce dossier! C'est une occasion manquée pour que cette désignation soit aussi légitime que possible."

    "Ce gouvernement en affaires courantes s'expatrie vers l'Europe!"

  • "Essayons de repositiver cette désignation avec un débat"

    Hugues Bayet (PS) succède à la parlementaire du Vlaams Belang. Il explique qu'il ne remet pas en cause les compétences de Didier Reynders, mais regrette qu'aucun débat de fond sur l'Europe n'ait été organisé.

    "Que va faire Didier Reynders pour mettre en place un véritable pilier social, relancer l'économie, lutter contre le réchauffement climatique, protéger nos emplois...?"

    "Il faut arrêter de fonctionner comme une boîte noire!", s'exclame le député socialiste.

    Essayons de repositiver cette désignation en ayant un débat sur les véritables motivations de la Belgique pour ce projet européen.
    Hugues Bayet (PS)

  • "Du self service à la rue de la Loi"

    Barbara Pas (Vlaams Belang) est la première à prendre la parole après l'exposé de Charles Michel. Elle lance au Premier ministre qu'une invitation (d'Ursula von der Leyen, NDLR) n'est pas une obligation et regrette qu'aucun débat n'ait été organisé autour de la nomination de Didier Reynders. "Mais c'est trop tard...", regrette-t-elle. "Vous avez trouvé un poste pour votre camarade. C'est inadmissible pour les citoyens flamands qui demandent un changement. C'est du self service à la rue de la Loi." 

  • Charles Michel expose le procédé de la désignation de Didier Reynders

    Quels sont les éléments qui ont amené le gouvernement à proposer Reynders? Charles Michel expose son point de vue de la situation et rappelle le déroulement des faits.

    ©Photo News

    "Le 19 juillet j'ai reçu un courrier d'Ursula von der Leyen priant la Belgique de présenter un commissaire. La Belgique dispose d'un siège au sein de la Commission. Selon le planning, l'installation de la Commission est prévue au 1er novembre 2019. Les Etats membres ont environ trois mois pour présenter leur candidat. 24 Etats membres ont déjà proposé le leur. Conformément à la pratique depuis les trente dernières années, il revient au gouvernement fédéral de désigner la candidature, même en période d'affaires courantes, comme il y a cinq ans. Etant donné la situation de la politique, j'ai entrepris de démarrer des contacts informels après des responsables des partis. Suite à ces contacts informels, j'ai proposé au conseil des ministres d'habiliter le Premier ministre de présenter la candidature de Didier Reynders. J'estime qu'il présente les compétences pour cette fonction."

    Charles Michel rappelle que la Commission assume ses responsabilités en pleine indépendance. "La décision a été prise en regard de a circulaire relative aux affaires courantes, de même que nous avons pris en considération les jurisprudences du conseil d'Etat." 

    Le Commissaire européen ne porte a plus la voix de la Belgique ou d'un parti mais des Européens.
    Charles Michel

  • "Vous proposez de déshabiller le Parlement européen!" (Georges Dallemagne)

    Raoul Hedebouw, porte-parole du PTB, prend immédiatement la parole pour demander soumettre au vote une motion sur la nomination de Didier Reynders. "Je vous dis tout de suite que je voterai non", ironise-t-il.

    Georges Dallemagne (cdH) lui répond que la démocratie européenne prévoit que c'est le parlement européen qui désigne le commissaire et non le parlement belge. "Vous proposez de déshabiller le Parlement européen!"

  • Ce vendredi, de 10h à 12h, Charles Michel revient sur la procédure de désignation de  Didier Reynders comme commissaire européen. Il est interrogé en commission des Relations extérieures, qui est présidée par la CD&V Els Van Hoof.

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