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Sans surprise, Paul Magnette ne gâte pas la N-VA

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Le volet migration des notes de travail de l’informateur royal est susceptible à lui seul de faire fuir Bart De Wever. La gauche et le centre peuvent a priori y trouver leur compte.

Quand les fuites se multiplient dans la presse, ce n’est jamais bon signe lorsqu’il s’agit de former un gouvernement. L’histoire récente du pays l’a démontré à de multiples reprises. Reste que les grandes lignes retenues au début de sa mission par Paul Magnette, informateur royal, sont désormais sur la place publique. Tentons d’en extraire quelques éléments d’analyse. Tout en gardant à l’esprit que ces éléments n’ont rien de définitif et sont toujours susceptibles d’être modifiés, voire de disparaître alors que d’autres idées peuvent encore surgir des discussions qui, pour rappel, sont toujours en cours et associent pas moins de dix partis. À ce stade, il n’y a que l’extrême droite et l’extrême gauche qui sont hors jeu. Ceci posé, allons-y.

"Les fuites dans la presse ne sont pas de nature à nourrir la confiance entre les interlocuteurs."

Premier enseignement, la N-VA ne semble pas gâtée. C’est un euphémisme. À lire les éléments couchés sur papier à partir du 13 novembre, on se demanderait presque pourquoi elle reste à la table de l’informateur. Le volet migration du préprogramme Magnette semble à lui seul en mesure de faire fuir les nationalistes à grandes enjambées. L’inflexion générale de la note est tempérée par la révision du regroupement familial chère à ceux qui veulent limiter l’accès au territoire.

Les autres volets de la note Magnette comportent par ailleurs de nombreuses dépenses publiques. Dans le domaine social notamment, où le PS a imprimé sa marque, comme il fallait s’y attendre. Pension minimum à 1.500 euros net, revalorisation des allocations sociales et réduction de la carrière complète sont au menu. Sans oublier un refinancement substantiel de la justice et des investissements à gogo. Le tout sans encore que soit abordé le volet budgétaire de l’exercice, ce qui ne manquera pas de venir.

Depuis le 26 mai, le PS ne fait pas mystère de ses intentions: gouverner sans la N-VA.

On peut encore citer la légalisation du cannabis et la création d’une circonscription électorale unique pour confirmer une impression générale: ces premiers éléments ne sont pas pour plaire aux nationalistes. À dessein? On peut aisément l’imaginer alors que, depuis le 26 mai, le PS ne fait pas mystère de ses intentions: gouverner sans la N-VA. Autre signal, devant la presse lundi, Paul Magnette a évacué le confédéralisme, que seul soutient le parti de Bart De Wever.

Des signaux donc qui interviennent alors que la pression se fait grandissante à l’intérieur de l’Open Vld et du CD&V quant à la question de savoir s’il est opportun pour eux d’abandonner leur premier choix: gouverner avec la N-VA. On l’a vu en ce début de semaine, les passes d’armes entre libéraux flamands et N-VA se sont faites violentes sur cet enjeu.

Satisfaire l’Open Vld

Pour le reste, on trouve un peu de tout dans ces notes. Le maintien du plan national pour les investissements stratégiques est de nature à satisfaire les libéraux, comme les exonérations de cotisations sociales pour les trois premiers emplois dans les PME ou le maintien de la pension à 67 ans. Le maintien de la sortie du nucléaire en 2025, les investissements dans le rail et la mobilité douce et les efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre sont teintés de vert.

La possibilité de toucher des allocations de chômage après démission, une mesure défendue par Maxime Prévot, devrait plaire au cdH.

La possibilité de toucher des allocations de chômage après démission, une mesure défendue par Maxime Prévot, devrait plaire au cdH. L’idée d’évaluer les structures de l’État est par ailleurs défendue régulièrement par DéFI. Reste donc à contenter l’aile plus droitière d’un éventuel arc-en-ciel. "À ce stade, on se demande comment l’Open Vld peut s’y retrouver", dit un observateur. Mardi, la chaîne LN24 évoquait le lobby insistant du patronat pour imposer la limitation dans le temps des allocations de chômage, ce qui est imbuvable pour le PS. Le volet budgétaire et fiscal de la mission de Paul Magnette pourra par ailleurs apporter des éléments nouveaux. Il s’agira sans doute d’offrir quelques trophées à l’Open Vld.

Reste l’enjeu du climat général des discussions. "Ces fuites dans la presse ne vont certainement pas améliorer la confiance entre les intervenants", souligne un proche des discussions. La réforme du Sénat est sortie il y a quelques jours dans Het Laatste Nieuws et De Morgen. Ce mardi, le projet Magnette pour les voitures-salaires était dévoilé par L’Echo et De Tijd tandis que De Morgen déflorait la note Migration de l’informateur.

Avant que La Libre, puis L’Echo et De Tijd, ne fassent l’inventaire des principales mesures des six premières notes de travail de l’information royale. Mauvais signe ou ballons d’essai pour faire sortir les partis de leur zone de confort et préparer une discussion sur la coalition qui sortira de la phase Magnette? Mystère. Le bourgmestre de Charleroi est toujours à la tâche. Il devrait naviguer jusqu’au 9 décembre au moins et connaître encore quelques tempêtes.

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