Sécurité aérienne: la Belgique, pays le plus risqué d'Europe

Le ministre Gilkinet dit hériter d'une situation grave. ©BELGA

L'Agence de l'Union européenne pour la sécurité aérienne menace de ne plus reconnaître nos licences de pilotage. Le ministre Gilkinet annonce un plan d'actions.

Le gouvernement fédéral doit d'urgence trouver une solution structurelle pour améliorer les services de la Direction générale du transport aérien, la DGTA, en matière d'octroi et de surveillance des licences de pilotage. Ce n'est pas un organisme belge de contrôle qui le dit, mais l'EASA, l'Agence de l'Union européenne pour la sécurité aérienne, qui voit dans les défaillances de cette direction du Service public fédéral de la Mobilité ni plus ni moins qu'une menace grave pour la sécurité aérienne continentale. À la fin du mois de mars de cette année, l'AESA mettait la Belgique en demeure de régler le problème sous peine de ne plus reconnaître les licences de pilotage émises en Belgique. Le contenu du courrier signé de son directeur exécutif et dont L'Echo a pu prendre connaissance, est presque effrayant.

"Cette situation semble amener les pilotes à se diriger de plus en plus vers d'autres pays pour l'octroi d'une licence de meilleure qualité."
L'Agence de l'Union européenne pour la sécurité aérienne

Suite à une inspection de la direction "Licences" de la DGTA, l'agence européenne constate en effet que "ces services ne sont pas actuellement en mesure de réaliser leurs missions essentielles telles que la surveillance des écoles de pilotage, des instructeurs, voire dans les fonctions de surveillance des licences de pilote." "Cette situation est malheureusement connue depuis 2016 et semble amener les pilotes à se diriger de plus en plus vers d'autres pays pour l'octroi d'une licence de meilleure qualité", ajoute-t-elle. Et d'enfoncer le clou:

"Cette situation particulière place la Belgique en tête des pays européens considérés comme risqués du point de vue de la sécurité aérienne. Ce n'est pas une situation acceptable, et, compte tenu de l'incapacité de la Belgique à résoudre ces problèmes depuis maintenant 3 ans, l'Agence envisage la possibilité d'entamer la procédure de renonciation de la reconnaissance de la licence et certificats émis en Belgique. Il va de soi qu'une telle action aurait un impact considérable pour les compagnies aériennes belges, mais aussi pour la réputation du pays."

"Après réception des conclusions de l’audit de l’EASA en mars dernier, j’ai immédiatement pris les mesures urgentes qui s’imposaient."
Georges Gilkinet
Ministre de la Mobilité

La menace est claire et visiblement prise très au sérieux par le ministre de la Mobilité, Georges Gilkinet (Ecolo). "Les constats de l’EASA sont très graves, mais malheureusement pas neufs, réagit-il. Et j’hérite ici d’une situation du passé, critique pour la sécurité aérienne, que j’avais pointée dès mon entrée en fonction dans le cadre de ma note de politique générale. Après réception des conclusions de l’audit de l’EASA en mars dernier, j’ai immédiatement pris les mesures urgentes qui s’imposaient en activant, par exemple, une Cellule de crise ad hoc au sein du SPF Mobilité. J’ai également préparé un plan d’actions qui est actuellement en discussion au sein du gouvernement."

Manque de personnel

La réponse sera immanquablement budgétaire puisque c'est un déficit en personnel qui est largement responsable de l'incurie de ce service de la DGTA. Des problèmes y sont apparus dès 2011 en raison d'une réforme "inachevée", apprend L'Echo. À partir de 2016, les audits confirmant les dysfonctionnements se succèdent - il y en aura quatre entre février 2016 et mars 2019 - sans réaction suffisante du gouvernement et de son ministre de la Mobilité de l'époque, François Bellot (MR), qui avait hérité du département suite à la démission de Jacqueline Galant (MR) en avril 2016. En octobre 2019, l'EASA mentionnait pour la première fois l'éventualité du retrait de la reconnaissance des licences belges au niveau européen. C'était un an avant la formation du gouvernement De Croo.

"Quand je suis arrivé, la DGTA était une administration complètement carbonisée, se défend François Bellot. Elle était passée de 180 à 130 équivalents temps-plein en deux ans et n'avait plus de directeur général". L'ex-ministre rappelle avoir mobilisé une partie des crédits alloués dans la foulée des attentats de Bruxelles pour recruter une trentaine de personnes dans le domaine de la sécurité aérienne. "Des procédures qui ont pris énormément de temps", regrette-t-il.

Aujourd'hui, Georges Gilkinet souhaite une réorganisation complète de la DGTA pour "répondre efficacement aux enjeux de sécurité aérienne, d’évolution économique du secteur et de limitation des nuisances pour les riverains".

Le résumé

  • La direction "Licences" de la DGTA souffre de problèmes d'organisation et de personnel depuis des années.
  • L'Agence de l'Union européenne pour la sécurité aérienne estime que la situation est telle que la qualité des licences belges n'est plus à la hauteur.
  • Elle menace de ne plus les reconnaître si rien ne change rapidement.
  • Le ministre de la Mobilité élabore un plan d'actions qui doit bientôt être soumis au gouvernement.

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