Sophie Wilmès auditionnée: "La solidarité européenne s'est éteinte pendant un moment"

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L'ex-Première ministre est auditionnée ce vendredi matin par la commission spéciale Covid de la Chambre.

Après le défilé des experts, c'est au tour des responsables politiques d'être auditionnés par la commission spéciale Covid. Ce vendredi, c'est à Sophie Wilmès (MR), Première ministre en affaires courantes au moment du déclenchement de la pandémie et visage de la lutte anti-Covid jusqu'à la fin du mois de septembre dernier, de passer sur le gril. Initialement prévue en présentiel, l'audition a finalement été lancée via Zoom à partir de 9 h. Elle sera suivie par celle de Philippe Goffin (MR), ex-ministre des Affaires étrangères et de la Défense.

Pas question pour les députés de ménager l'actuelle vice-Première et ministre des Affaires étrangères. Le feu des questions se concentrera sur deux moments-clés: le début de la crise et le dernier Conseil national de sécurité qu'elle a présidé et qui a précédé de quelques jours la confirmation de la deuxième vague d'octobre-novembre.

Pour ce qui est des débuts de la crise, au PS (alors dans l'opposition, aujourd'hui dans la majorité) et au PTB (opposition) par exemple, on pointe l'absence de réactualisation du plan pandémie, la multiplication des instances d'avis et le manque d'huile dans les rouages entre les différents niveaux de pouvoir. "La désignation de Pedro Facon était la bonne idée qu'il aurait fallu avoir dès le départ", relève Patrick Prévot, député PS. Sofie Merckx, pour le PTB, parle de "chaos institutionnel". Au PS, on pointe aussi "la minimisation de la gravité de la situation" au début de l'an dernier. Les socialistes entendent faire la lumière "sur les actes posés et le moment où ils ont été posés".

"On devra comprendre pourquoi on n'avait pas déjà tiré une série de conclusions intermédiaires pour gérer cette deuxième vague, voire pour l'éviter."
Patrick Prévot
Député PS

Sur la période pré-deuxième vague, le PS promet de se montrer plus critique compte tenu des connaissances acquises durant les premiers mois de la crise. "On devra comprendre pourquoi on n'avait pas déjà tiré une série de conclusions intermédiaires pour gérer cette vague, voire pour l'éviter", dit Patrick Prévot. "Avec les assouplissements au mois de septembre, on a donné un mauvais signal", ajoute Sofie Merckx.

Cacophonie

La députée pétébiste interrogera également Sophie Wilmès en tant qu'ex-ministre du Budget du gouvernement Michel. "Quel regard porte-t-elle aujourd’hui sur les 900 millions d’économies dans les soins de santé, demandera-t-elle. Il y a une autre question épineuse: la destruction des stocks de masques. Il y avait une note datant de 2018 prévoyant 100 millions pour renouveler les stocks de matériel médical. Est-ce que Maggie De Block (alors ministre de la Santé, NDLR) a fait cette demande à la ministre du Budget?"

"On n'a pas été les meilleurs pour gérer cette crise, estime Patrick Prévot, qui rappelle "la cacophonie avec les codes couleurs, l'épisode du testing... très, très mauvais avec le manque de réactifs et d’écouvillons". "Ce qui nous intéresse, c’est de pouvoir formuler des recommandations pour que plus jamais on ne reproduise ces erreurs", conclut-il.

"Personne ne pouvait prédire l'ampleur inédite et brutale des évènements"

Ce vendredi, l'ancienne Première ministre Sophie Wilmès s'est d'emblée attachée à rappeler le contexte dans lequel la crise est survenue. "Personne ne pouvait à ma connaissance prédire (...) l'ampleur inédite et brutale des évènements qui ont suivi. Personne ne pouvait à ma connaissance prédire non plus que nous connaîtrions si mal le virus qui frapperait et surtout les réponses sanitaires et d'ordre public efficaces pour le combattre. Personne ne pouvait non plus prédire que le virus se véhiculerait par le biais de personnes ne présentant absolument aucun symptôme.

"Les chiffres renseignés par la Chine étaient plutôt rassurants, mais ont progressivement été contredits par les informations italiennes", a-t-elle poursuivi. "Le 3 mars, les informations données en Commission Santé par les experts sur base des données chinoises sont rassurantes (...) Pourtant, 6 jours après le premier décès belge, la Belgique devra entreprendre le confinement général de sa population (...) "Il faut donc tenter de porter un regard juste, objectif et critique de l'analyse ; c'est-à-dire prendre en considération pour chaque période dont on parle, à la fois la connaissance scientifique disponible à ce moment-là, l'état général de compréhension et d'adhésion de l'opinion publique, l'influence des discours dominants, la comparaison avec la situation en-dehors de nos frontières mais aussi les divers moyens matériels et humains alors à la disposition des scientifiques, des institutions et des autorités".

"La solidarité européenne s'est éteinte pendant un moment" et a posé d'énormes problèmes en matière d'approvisionnement de matériel, a ajouté Sophie Wilmès. "La vérité est que la Belgique est redevenue pendant quelques semaines un acteur isolé, au marché limité, dans une concurrence internationale totalement dérégulée (...) Nous devons absolument tout faire pour que cela ne se reproduise plus et qu'aucun Etat membre ne puisse être livré à lui-même au cœur d'une crise."

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