chronique

Sophie Wilmès, la fin de l'état de grâce

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Encensée au début de la crise, la Première ministre est davantage critiquée désormais, surtout en Flandre.

C’était le 12 mars dernier. Sophie Wilmès annonce la fermeture des écoles. Et, jetant un œil à sa gauche vers le ministre-président flamand Jan Jambon qu’on sait réticent sur cette mesure, elle ajoute, d’un ton ferme: "ça se passera comme ça." Les Belges découvrent une Première ministre.

Discrète ministre du Budget, Sophie Wilmès est arrivée au "16, rue de la Loi" par un concours de circonstances, profitant du départ de Charles Michel vers le Conseil européen et du contexte d’affaires courantes. Les premiers mois sont timides. Mais la crise du coronavirus la révèle. Non seulement elle est intronisée comme une "vraie" Première ministre, de plein exercice, obtenant la confiance d’une large majorité à la Chambre. La fin (temporaire) de la crise politique soulage. Mais en plus, elle assure et rassure.

La première femme à ce poste fait preuve de leadership, à un moment où le pays a clairement besoin de quelqu’un pour prendre les choses en mains, mais elle apparaît plus rassembleuse, moins clivante que ne peut l’être un Charles Michel, moins guerrière qu’un Emmanuel Macron. Elle trouve le bon ton: ferme, solennel, posé, responsable mais aussi empathique et pragmatique. Elle est autoritaire sans faire preuve d’autoritarisme. Sa popularité fait des étincelles. Certains médias l’encensent. Une "héroïne", a-t-on même lu. Même la presse flamande, traditionnellement beaucoup plus mordante à l’égard des politiques francophones, l’adoube.

Son gouvernement n’a qu’un mandat de trois mois renouvelable une seule fois. Les interrogations sur l’avenir vont donc monter à l’approche de l’échéance.

Aujourd’hui, près d’un mois plus tard, l’état de grâce semble terminé. Sophie Wilmès doit composer, d’abord, avec le péché originel d’un gouvernement qui n’est pas légitime aux yeux d’une large part de l’opinion publique flamande. "Welkom in de corona-dictatuur" tweetait, dès le 17 mars, Theo Francken (N-VA). Ensuite, la gestion de la crise est passée par là. Elle a produit son lot d’errements (et donc de mécontents): les commandes ratées pour les masques, par exemple, ont entamé la crédibilité de son gouvernement. Côté francophone, c’est plutôt Maggie De Block qui a été dans le collimateur. En Flandre, Sophie Wilmès a davantage été épinglée. On lui reproche d’être un peu trop discrète, de ne pas assumer une communication de crise en se réfugiant derrière les "experts". Cette semaine, la situation catastrophique dans les maisons de repos, puis la cacophonie autour des visites autorisées dans ces établissements ainsi que l’absence de perspectives claires en matière de déconfinement ont grignoté encore un peu le crédit de l’exécutif, et donc de sa cheffe.

Rien de dramatique à ce stade pour Sophie Wilmès: c’est la logique même du pouvoir. Côté francophone, la Rhodienne d’adoption jouit d’une assise solide, son message passe toujours bien. En Flandre, par contre, c’est plus délicat.

Elle va aussi, à mesure que le temps passe, être confrontée à la réalité politique toujours problématique de ce pays. Son gouvernement n’a qu’un mandat de trois mois renouvelable une seule fois. Les interrogations sur l’avenir vont donc monter à l’approche de l’échéance. C’est remarquable: Sophie Wilmès a elle-même plaidé cette semaine pour un gouvernement fédéral disposant d’une majorité en son sein. Car les divergences entre les dix partis qui le soutiennent – dont sept depuis l’extérieur – vont devenir plus criantes à mesure que les débats vont se déplacer du sanitaire vers le socio-économique. Enfin, en Flandre, certains n’ont pas ravalé leurs ambitions de la déloger du "16, rue de La Loi" et l’attendent au tournant…

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