analyse

Sous pression socialiste, Koen Geens jette l'éponge

L'homme fort du CD&V a remis sa démission vendredi après une mission royale qui n'aura duré que deux semaines. Coincé entre un Paul Magnette rejetant toute négociation supplémentaire avec la N-VA et un CD&V qui ne lâche pas les nationalistes, Koen Geens ne pouvait plus continuer. Retour à la case Palais.

Dix-huit heures 49 vendredi. Le communiqué de presse du Palais royal tombe dans les rédactions. Exit Koen Geens qui a demandé à être déchargé de sa mission. Démission acceptée. "Le Roi entamera lundi des consultations", ajoute le service presse du Roi Philippe. L’homme fort du CD&V avait été désigné – sans titre – le 31 janvier dernier à la suite de l'échec des informateurs Bouchez/Coens.

Sa feuille de route: "prendre les initiatives nécessaires permettant la mise en place d’un gouvernement de plein exercice". Lors d’une déclaration à la presse vendredi soir, Koen Geens a précisé qu’il devait rendre son rapport au Roi lundi, comme prévu initialement, sur base d’une note de travail alimentée par les dernières perspectives budgétaires en date.

Geens cible le PS

"Il faut pouvoir avouer un échec. Cela me désole de ne pas avoir pu consulter tous les partis. Mais je trouvais que continuer dans cette voie n'était plus utile après les déclarations de ces derniers jours."
Koen Geens
Missionnaire royal

Mais "un parti s’est montré particulièrement non favorable à une alliance avec un autre parti", commentait-il visant évidemment le Parti socialiste dont le président Paul Magnette avait, quelques heures auparavant, affirmé sa volonté de ne pas poursuivre les discussions en cours avec la N-VA. "Je croyais bénéficier de la confiance des deux plus grands partis pour former une alliance avec l’axe MR/CD&V", a précisé Koen Geens. Le vice-Premier ministre a conclu que les déclarations du jour avaient étouffé la confiance nécessaire pour continuer.

Ce nouveau coup de théâtre est donc la conséquence directe des déclarations de Paul Magnette tenues quelques heures plus tôt et des réactions à ces déclarations. Pour la énième fois, le président du PS fermait en effet la porte à toute collaboration avec la N-VA. "Nous en sommes à une cinquantaine de réunions, dont 25 directement avec Bart De Wever et moi, qui durent parfois 3 ou 4 heures, parfois plus longtemps... A titre personnel, négocier avec des nationalistes avec lesquels nous n'avons rien à voir, cela devient un vrai supplice", disait Paul Magnette dans divers médias. "J'en ai assez de cette situation", assénait-il.

"Avec 19 sièges, le PS n'est pas indispensable."
Paul Magnette
Président du PS

"Cela fait huit mois, je ne compte même plus les milliers d'heures de réunions, les journées, les soirées, les nuits, les week-ends, sans que cela avance. Simplement parce que certains veulent seulement tester une alliance avec le PS et la N-VA. Combien de fois devrai-je encore dire que le PS n'a aucune envie de gérer avec eux?". Le patron du PS souhaite que d'autres coalitions soient testées. "Avec 19 sièges, le PS n'est pas indispensable", lançait-il.  Le Carolo évoque l’éventualité d'élections anticipées, précisant que son parti était loin d'en avoir peur.

Le CD&V ne bouge pas

La sortie a été rapidement interprétée comme une façon de mettre une pression maximale sur le CD&V ainsi que sur l'Open Vld afin qu'ils se soumettent à l'idée d'une coalition associant les familles libérale, socialiste, écologiste et le CD&V. C'est-à-dire sans la N-VA. Un tel revirement pour un parti flamand ne peut visiblement pas être obtenu par un parti francophone. Même si le CD&V et l'Open Vld peuvent craindre l'issue d'élections anticipées.

Le CD&V, via le ministre Pieter De Crem, a répété son credo: pas de majorité possible sans la N-VA.

Les déclarations fortes du PS furent largement critiquées notamment pas le MR et le cdH. Bart De Wever, président de la N-VA, fustigeait sans surprise le "diktat" du PS quant à la formation du prochain gouvernement. Le CD&V, via le ministre Pieter De Crem, répétait quant à lui son credo: pas de majorité possible sans la N-VA.

Dans de telles conditions, il était difficile de demander à Koen Geens de tester lui-même une majorité refusée par son propre parti. Bref, les négociateurs se heurtent pour la ixième fois au même mur et retournent à la case départ.

Une mission budgétaire?

Quid de la suite? C'est la question à cent euros. Le Palais royal annonce de nouvelles consultations à partir de lundi. Plusieurs scénarios sont possibles. La N-VA peut toujours être lancée dans l'arène. Bart De Wever n'a pas encore hérité de mission royale et se dit disponible depuis des mois. On se rappelle que le palais avait lancé sans succès un duo de préformateurs, Rudy Demotte (PS) et Geert Bourgeois (N-VA), pour une éphémère mission avant de nommer Paul Magnette informateur.

"Restons sereins; il reste plusieurs possibilités de coalition non encore sérieusement explorées."
François De Smet
Président de DéFi

On rappelle aussi que des majorités sans le PS sont arithmétiquement possibles mais très difficiles à mettre en oeuvre (lire ci dessous). En coulisse, on évoquait dès vendredi l'idée de confier à Sophie Wilmès (MR), une mission spéciale. La Première ministre pourrait piloter l'élaboration d'un budget restreint chargé de limiter le déficit qu'on annonce abyssal en 2020. 

"Restons sereins; il reste plusieurs possibilités de coalition non encore sérieusement explorées." réagissait François De Smet, président de DéFi dans la soirée de vendredi. 

Pas sûr que le Roi partage cet optimisme. C'est lui qui a la main alors que ces échecs successifs minent chaque fois davantage les relations entre les différents partis politiques susceptibles de monter au pouvoir. Et rapprochent le pays d'élections anticipées.  

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