Steven Vanackere à la conquête de la Route de la Soie

Steven Vanackere et le Prince Philippe à leur arrivée sur le sol kazakh.

Membre inévitable de la mission princière au Kazakhstan, le Ministre des Affaires étrangères, Steven Vanackere, compte bien déployer la "créativité de nos entreprises" dans un pays encore très protectionniste. Interview.

3 questions à Steven Vanackere

Ministre des Affaires étrangères

En quoi cette mission au Kazakhstan est-elle importante ?

Beaucoup de gens sous-estiment la dimension et le poids économique de ce pays. L’opinion publique l’oublie presque, à côté de la grande Russie et la grande Chine. Mais il fait cinq fois la France. Avec une richesse invraisemblable au niveau des matières premières et une ambition économique très déterminée. En six ans, il a sextuplé son PNB par habitant. Le Président vient de m’expliquer que lorsqu’il est entré en fonction, le revenu par habitant était de 400 dollars, alors qu’aujourd’hui il est vingt fois ce montant, soit 8.000 dollars par habitant ! C’est un pays aussi important pour l’Union européenne, qui fait plus de commerce avec le Kazakhstan que la Russie et la Chine réunies. L’Europe représente 40% de ses importations. Malheureusement, la Belgique occupe une toute petite place, contrairement aux Français, aux italiens et aux hollandais qui nous sont arrivés avant nous. Par ailleurs, ils viennent de lancer un programme industriel avec d’importants investissements qui montre qu’ils nous ressemblent en trois points : la diversification, l’envie d’ouvrir leur marché - la Belgique est le pays le plus ouvert du monde-, et la volonté de développer les PME, ce qui est justement le propre de notre économie. Toutes ces raisons m’encouragent à nous lancer dans ce marché. Nous pouvons leur apporter beaucoup. Et pas seulement dans le domaine de l’énergie. Nous sommes porteurs dans d’autres secteurs : l’économie verte, la santé, avec nos pharmas, le dragage... La logistique et les transports, car c’est un pays vaste dans lequel il existe d’énormes chantiers. Et, avec la Présidence de l’Union européenne, ils trouvent notre pays intéressant car ils cherchent à moderniser leur partenariat avec l’Europe. Nous leur avons dit aujourd’hui que nous ne sommes pas contre. Mais nous leur avons demandé de continuer à ouvrir leur marché. J’ai d’ailleurs été assez critique avec leur loi protectionniste qui impose une joint venture 50-50 avec tout investisseur étranger voulant s’installer.

Quelle est la plus-value d’une telle délégation ?

Je vous répondrai d’abord en technocrate que c’est difficile à évaluer. J’aimerais d’ailleurs qu’on l’évalue plus objectivement. Les entreprises sèment aujourd’hui et récolteront dans un an ou deux. Or, il n’existe pas de système qui puisse faire l’inventaire des avantages d’une telle mission princière. Ceci dit, et là ce n’est plus le technocrate qui parle, j’ai la conviction que cela change fondamentalement les relations entre deux pays. Dans un pays plus autoritaire que d’autres, si on donne une bonne impression sur le leadership, ça ouvre des portes. Pour des routes, des réseaux ferroviaires, la construction d’un port… nous sommes plus forts en arrivant à un niveau étatique, avec, par exemple, un instrument comme le Ducroire.

Le fait que le gouvernement en affaires courantes et la Belgique en crise ne vous retire-t-il pas un peu de crédibilité ?

Je vous garanti que nous ne parlons pas de ça. Cela m’arrive très peu, d’ailleurs, que l’on me pose des questions sur les affaires institutionnelles de mon pays. Que ce soit lors de ce type de mission ou à Bruxelles dans l’exercice de la Présidence tournante de l’Union européenne, ce qui intéresse nos interlocuteurs, c’est le résultat. Ici, c’est la créativité de nos entreprises, à Bruxelles c’est la capacité de forger des compromis et de diriger des réunions. Et c’est pour cela que nous sommes félicités ou critiqués.

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