chronique

Sur la vie dure de la Vivaldi

Journaliste

Les oppositions gauche-droite se multiplient tandis que les libéraux s'agacent mutuellement.

Ils ont parfois la vie dure, les partis flamands de la coalition Vivaldi. On ne peut pas dire que leurs partenaires francophones leur facilitent la tâche. Bien sûr, ce n'est pas la seule explication de leur stagnation dans les sondages: Open Vld, CD&V et Vooruit oscillent toujours entre 10 et 12% d'intentions de vote. Mais ils payent en partie l'évaporation d'une sorte de courtoisie fédérale qui n'est pas sans importance dans un pays divisé comme le nôtre: prendre garde à ce que les affaires d'une communauté ne mettent pas les coalisés de l'autre communauté linguistique en difficulté. Les anciens s'en rappellent, c'était une préoccupation forte chez Elio Di Rupo lorsqu'il logeait au 16 rue de la Loi. Forcément marqué par la crise communautaire qui avait précédé, l'homme fort du PS y avait grand intérêt: ne pas fragiliser des alliés qui lui seraient utiles, voire indispensables au contournement de la N-VA à l'élection suivante. La suédoise avait pulvérisé ces espoirs malgré la bonne tenue de la coalition sortante dans les urnes.

C'est le parti frère de l'Open Vld qui semble causer le plus de tracas au Premier ministre Alexander De Croo.

Cette époque paraît bien lointaine. Aujourd'hui, le PS est talonné par le PTB et le Vlaams Belang fait la course en tête au nord du pays. Et le gouvernement fédéral compte sept partis. Ce contexte explique la fureur de l'Open Vld lorsque le président du MR, Georges-Louis Bouchez, a fait un problème politique de la nomination par Ecolo de Ihsane Haouach comme commissaire de gouvernement à l'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes. Les libéraux flamands n'avaient aucun intérêt à ce qu'une polémique sur le voile se développe au Fédéral et l'ont fait savoir.

Ce n'est pas un des moindres paradoxes de cette coalition Vivaldi, c'est le parti frère de l'Open Vld qui semble causer le plus de tracas au Premier ministre Alexander De Croo. Depuis le début de l'aventure, le jeu de particip-opposition du MR indispose au 16 rue de la Loi. Pour l'heure, le Premier a plutôt la paix, ce n'est qu'à la faveur d'un ceinturon de luxe arboré sur les réseaux sociaux que le président du MR s'est fait remarquer cette semaine. En plus, même Écolo a compris qu'il était dans l'intérêt supérieur du gouvernement de ne point faire vivre cette question du voile. Ainsi, les verts empêchent-ils toute sortie médiatique de Ihsane Haouach. La nouvelle commissaire trépigne pourtant à l'idée de s'expliquer.

La politique sans combat serait sans saveur, mais attention au chavirement.

Mais il n'y a pas que le MR pour chatouiller la Vivaldi. Prenez ce "no pasaràn" tweeté par le vice-Premier Ecolo Georges Gilkinet pour renvoyer à ses études le secrétaire d'État CD&V à la Migration Sammy Mahdi. Celui-ci avait eu le malheur de déposer un projet de visites domiciliaires pour s'attaquer au problème des sans-papiers refusant de quitter le territoire. Galvaudée, cette référence à la lutte anti-fasciste espagnole des années 30 n'a pas fait broncher outre mesure le CD&V. Mais pour la délicatesse, on repassera.

Il faudra sans doute également repasser pour éviter que la migration, autre thème a priori favorable à l'opposition flamande massivement incarnée par la N-VA et le Vlaams Belang, ne prenne de l'ampleur. Vendredi, c'est le PS qui se positionnait à nouveau en opposition à Sammy Mahdi. Pendant que ce dernier refuse de négocier avec les dizaines de sans-papiers en grève de la faim de la VUB et de l'église du Béguinage, voici Paul Magnette réclamant d'urgence la tenue d'une conférence interministérielle sur le sujet. Le président du PS en profite pour mettre la pression sur le secrétaire d'État. La politique sans combat serait sans saveur, mais attention au chavirement.

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