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Sur les traces de Borgen, le couple royal a mené une visite d'État au Danemark

©BELGA

Cinquième visite d’État pour le roi Philippe, qui a emmené, pendant deux jours, une délégation de près de 120 personnes au Danemark. Prochaine destination? L’Inde.

Embarqué. Dans les pas du couple royal, pour une visite d’État de deux jours, à Copenhague, au Danemark. Au pas de charge, entre deux portes et quatre séminaires, suivez le guide, embarquement immédiat, accrochez vos ceintures.

Mardi matin, 6h00, aéroport de Melsbroek. Le soleil n’est pas encore levé lorsque les premiers membres de la délégation qui accompagne le Roi arrivent. 120 personnes au total, dont les cinq ministres-présidents, une bonne trentaine de CEO, la plupart des recteurs des universités et les journalistes chargés par leur rédaction de couvrir la visite. À la cafétéria de l’aéroport, Jean-Claude Fontinoy, venu avec sa casquette de président de la Société belge d’investissement international (SBI), profite du calme matinal pour faire connaissance avec Bernard Gilliot, le nouveau président de la Fédération des entreprises de Belgique, nouveau venu parmi les habitués et autres routards de ce genre de mission.

Sur le tarmac, une heure plus tard, la fanfare militaire se met en ordre de marche tandis que la délégation est invitée à monter à bord du Belgian Air Force, l’A321 de l’armée. C’est le moment de dénombrer les absents: Didier Reynders, ministre des Affaires étrangères, victime d’un décollement de la rétine, a dû annuler à la dernière minute. Paul Magnette, le ministre-président wallon, retenu par le dossier Caterpillar, rejoindra la délégation plus tard. Frans Van Daele, le chef de cabinet du Roi, à quelques mois de la pension, n’est pas du voyage non plus. Pol De Witte, le secrétaire général du roi Philippe, fera le job. Pieter De Crem, qui, à son insu, avait animé la dernière visite d’État au Japon, est bel et bien là. Il se chargera de la couverture politique du Roi. Christine Defraigne, la présidente du Sénat, habituellement présente au pied de l’avion pour saluer le couple royal, s’est excusée auprès des Affaires étrangères. Tout comme le Premier ministre et le président de la Chambre. Départ sur la pointe des pieds donc, mais en fanfare!

Pieter-le-Danois

Il était prévu que deux F-16 de l’armée danoise viennent "cueillir" Belgian Air Force dans l’espace aérien danois, mais une météo capricieuse décidera du contraire. Qu’à cela ne tienne, sur le tarmac danois, le protocole a mis les petits plats dans les grands. Un faste et des traditions qui n’ont pas laissé le Roi insensible.

À peine arrivée à l’hôtel, une partie de la délégation a été invitée au premier business lunch, organisé par Belfius. A cette occasion, Marc Raisière, CEO de Belfius, a présenté le premier orateur: le ministre De Crem. Flatté (et amusé) d’avoir été élevé au rang de ministre, le secrétaire d’État en charge du Commerce extérieur a profité du micro qui lui était tendu pour faire une petite démonstration de sa maîtrise du danois. Ancien membre de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), dont le siège est à Copenhague, il a eu l’occasion d’apprendre les rudiments de la langue.

Pour le Roi et la Reine, cette première journée fut essentiellement faite de rencontres politiques de premier ordre. Avec le Premier ministre Lokke Rasmussen d’abord, puis avec Pia Kjaersgaard, la présidente du parlement danois. Pour entrer au Palais de Christiansborg (dit "Borgen", le château), la délégation des journalistes a dû montrer patte blanche. Les caméras et les sacs ont été reniflés par des chiens censés détecter les traces d’explosif et tout le monde a fait l’objet d’une fouille au corps. Les attentats de février 2015 à Copenhague ont laissé des traces.

Sécurité maximale donc et protocole compliqué – pour ne pas dire tendu – à l’égard des journalistes. Les journalistes souhaitant suivre le couple royal avaient dû choisir à l’avance les événements qu’ils voulaient couvrir, sachant qu’il n’était pas possible de passer d’un endroit à l’autre. Impossible dans ces conditions de suivre la totalité de la délégation. Sauf à ruser façon compromis à la belge. À l’instigation des Affaires étrangères, un système de troc de badges a été mis en place sur le groupe Whatsapp des journalistes. Dans ces conditions, chacun a pu faire ce qu’il souhaitait.

Deuxième journée plutôt axée business pour le roi Philippe, tandis que la reine se consacrait à un volet plus social en matinée. Un coup de pouce du Palais royal a permis à votre serviteur d’être "embarqué" dans la délégation officielle et ainsi éviter la rigueur danoise. Compromis à la belge, toujours. Lors du banquet d’Etat offert par la reine Margrethe, la présence de Birgitte Hjort Sorensen, vue dans la série "Borgen", n’a échappé à personne. Et certainement pas au photographe qui a saisi le cliché ci-contre qui, lors du dernier verre au bar de l’hôtel, a fait les gorges chaudes de la délégation.

C’est au matin de ce deuxième jour, devant un parterre de 200 hommes (et quelques femmes) d’affaires réunis au siège de Dansk Industri, la confédération de l’industrie danoise, que le Roi a prononcé un discours axé sur le développement de la technologie. "À travers les évolutions technologiques, l’être humain doit rester la préoccupation centrale", a dit le roi Philippe, insistant sur l’importance pour les gouvernements et les entreprises de "bien identifier toutes les opportunités de la technologie et continuer sans cesse à innover en profondeur, sous peine de se faire irrémédiablement dépasser".

Capitale verte

En début d’après-midi, le Roi s’est rendu au siège de Banedanemark, le gestionnaire du réseau ferroviaire danois, pour assister à une démonstration du contrôle de circulation des trains rendu possible par le système ERTMS, une application développée par Alstom à Charleroi. Six discours plus tard, Paul Magnette a bouclé la boucle, rappelant l’importance du projet, laissant ensuite le Roi prendre place dans un simulateur de train. Sept contrats ou accords de partenariat ont été signés au cours de cette visite d’État marquée essentiellement par des accents verts, Copenhague visant le statut de première capitale à zéro émission de CO2 d’ici 2025, un statut qui devrait s’étendre à tout le pays d’ici à 2050.

En fin d’après-midi, toute la délégation s’est retrouvée à l’institut danois du film pour un traditionnel moment "Belgium taste", un événement mettant à l’honneur différents produits typiquement belges. Ce deuxième jour fut aussi le moment d’une rencontre informelle entre la presse et le couple royal, l’occasion de dresser un premier bilan. Le Roi, qui a fait ses armes à la tête de missions princières, en est à sa cinquième visite en tant que souverain (après la Chine, la Pologne, le Japon et les Pays-Bas). La prochaine visite se déroulera en Inde dans le courant du mois de novembre. Il y aura de nouvelles têtes lors de ce prochain voyage. Le chef de cabinet Frans Van Daele aura pris sa retraite et il sera remplacé par Vincent Houssiau, l’actuel chef de cabinet du ministre de la Justice, Koen Geens. Pierre-Emmanuel De Bauw, l’actuel directeur de la communication du Palais, aura pris ses nouvelles fonctions d’ambassadeur à Dublin. Il sera remplacé à son poste par Patrick Renault, actuel ambassadeur de Belgique en Argentine.

En fin d’après-midi, le Roi a profité d’une courte pause dans son programme pour faire un jogging avec le prince héritier Frederik (et 4 gardes du corps), de quoi reprendre son souffle en vue de la prochaine visite d’État, sans doute. Décollage en douceur le jeudi matin dans la brume danoise pour tout le monde sauf… un photographe de la délégation, victime d’une panne d’oreiller doublée d’un malentendu avec le taximan qui a tenté la course contre la montre pour arriver au départ de l’avion. La morale de l’histoire? Rien ne sert de courir, il faut partir à point. À méditer.

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