analyse

Tension ravivée entre PS et MR

©BELGA

Même s’ils ont convolé dans un mariage de raison en Wallonie et en Fédération Wallonie-Bruxelles, les deux partis ne se ménagent pas à l’échelon fédéral. Les critiques par média interposé se multiplient depuis lundi.

Dans le contexte actuel, la séquence a son importance. Lundi matin, le président du MR et ex-Premier ministre, Charles Michel s’en est pris aux deux plus grands partis du pays qu’il tient pour responsables du blocage des discussions en vue de former un gouvernement fédéral. Le PS en a particulièrement pris pour son grade, étant accusé de "nonchalance coupable", de "lâcheté",....

Assez logiquement, la réaction ne s’est pas fait attendre. Le nouveau président du PS, Paul Magnette, n’a pas manqué de riposter. "Il y a 5 ans, pour pouvoir gouverner avec la N-VA, Charles Michel a lui choisi de renier ses engagements", a-t-il dit sur le plateau de la RTBF, faisant référence notamment au saut d’index et à la hausse de la TVA sur l’électricité. "Sans compter qu’il s’en va aujourd’hui pour occuper des fonctions européennes. Il quitte son rôle de Premier ministre en plein dans la tempête, avant la fin de son mandat. Je crois qu'il est assez mal placé pour donner des leçons de responsabilité", a ajouté le nouvel homme fort des socialistes. Avant d’être soutenu par Jean-Claude Marcourt, qualifiant de "scandaleux", les propos de Charles Michel. Pour lui, "le MR doit faire son examen de conscience et venir avec des propositions concrètes".

"Charles Michel peut défendre un bilan. Et dire qu’au moins, avec lui, il y avait un gouvernement."

Par la voix de son chef de groupe à la Chambre, Benoît Piedboeuf, le MR a dénoncé les "attaques personnelles" à l’endroit de Charles Michel. "Paul Magnette joue la politique de la terre brûlée. Alors que le Roi consulte, ce n’est pas le moment de jeter de l’huile sur le feu", a-t-il souligné. 

Michel vs Magnette

Que faut-il en penser? Interrogé, le politologue Vincent Laborderie (UCLouvain) explique que "de manière générale, la relation entre Charles Michel et le PS est compliquée depuis quelques années maintenant. Et plus encore entre lui et Paul Magnette".

En cause? Le choix des socialistes de mettre sur pieds, en 2014, des exécutifs excluant les libéraux, d’après le spécialiste. "À cela s’ajoute la prise de bec entre les deux hommes en comité de concertation". On est alors en 2015. Entités fédérées et Fédéral se rencontrent. Les premières viennent de découvrir que la nouvelle loi de financement imaginée par le second leur fera perdre quelque 750 millions d’euros – ce qui n’aboutira finalement pas. Paul Magnette craque et tacle: "ça va, Charles, tu peux nous effacer ton sourire narquois!". "Paul, ressaisis-toi", lui rétorque le visé. Un épisode qui a marqué les esprits.

Et se rappellerait aux souvenirs de chacun aujourd’hui. Après tout, Paul Magnette vient de fraîchement prendre la présidence du PS. "Il a donc une volonté de s’affirmer médiatiquement dès le début", analyse Vincent Laborderie.

Mais vouloir n’est pas pouvoir. Car "Charles Michel est paradoxalement dans une position assez confortable. Lui peut défendre un bilan. Et dire qu’au moins, avec lui, il y avait un gouvernement. Même si c’était avec la N-VA", souligne le politologue. "Ce qui est beaucoup plus compliqué pour le PS". Et pour cause, une alliance avec les nationalistes, si elle avait déjà de quoi transformer le MR en punching-ball pour l’opposition francophone, serait particulièrement dommageable pour un PS sorti affaibli le 26 mai.

D’autant que, et ça ne simplifie rien, "le parti socialiste est prisonnier de sa propre communication des cinq dernières années". Avec des formules comme "jamais avec la N-VA", la "coalition kamikaze",... Et un Paul Magnette qui n’entend vraisemblablement pas placer le PS plus au centre.

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