epinglé

Theo Francken a encore frappé...

©BELGA

Theo Francken lance un avertissement sur Twitter aux recteurs d'université. Ceux-ci ont appelé le gouvernement fédéral à régulariser les parents de la petite Mawda. Charles Michel défend la liberté d'expression à la Chambre, mais ne recadre pas.

Theo Francken a encore frappé. Et il l’a fait via son média favori, Twitter. "Si les recteurs veulent jouer à un petit jeu politique sur les dossiers de migration, ils seront confrontés à un retour de boomerang. Tant sur le fond que publiquement", a tweeté jeudi matin le secrétaire d'Etat à l'Asile et à la Migration.

Pour la version originale, c'est ici: 

Une fois de plus, l'une des figures N-VA du gouvernement fédéral a joué la provocation, flirtant cette fois avec les limites de la démocratie. Car dans son tweet, tous les observateurs ont vu une menace à peine voilée contre les recteurs, et les institutions qu'ils représentent. 

Une menace? Pas du tout, vous m'avez mal compris, a précisé le secrétaire d'Etat un peu plus tard, toujours sur Twitter, en répondant aux indignations qui ont pullulé sur la toile.

Il a reprécisé d'emblée ses propos, évoquant le danger de prendre position dans le débat migratoire , et surtout dans un dossier individuel "sur lequel il y a tant d'incertitudes", écrit-il sur Twitter.

Un geste qui évitera peut-être au Premier ministre Charles Michel un nouveau, un énième recadrage... En fin d'après midi, à la tribune de la Chambre, Charles Michel a d'ailleurs soigneusement rappelé cette courbe rentrante de Theo Francken, donnant parallèlement raison aux recteurs qui se sont exprimés: "ils ont le droit d'avoir leur avis, c'est évident, et la liberté d'expression doit être respectée, a déclaré Charles Michel en réponse aux députés qui l'interpellaient sur les tweets de Francken. 

"Ils ont le droit d'avoir leur avis, c'est évident, et la liberté d'expression doit être respectée"
Charles Michel
Premier ministre


Plus tôt encore jeudi matin, Théo Francken s'était dit "triste" de constater qu'en signant une lettre portant sur un dossier "qu'ils ne connaissent pas", et pour lequel une enquête est en cours, les recteurs posaient un geste "contraire l'esprit académique lui-même".

Mais pourquoi cette nouvelle polémique?

Mardi, les 11 recteurs des institutions universitaires francophones et néerlandophones de Belgique avaient adressé une lettre au Premier ministre Charles Michel dans laquelle ils disaient appuyer la demande de régularisation définitive de la famille de Mawda. Cette régularisation permettrait à la famille de la fillette, tuée par une balle de la police, "de suivre la procédure judiciaire et de se recueillir sur sa tombe", écrivaient-ils notamment en exprimant par ailleurs leur préoccupation "devant le climat actuel à l'égard des migrants qui conduit à une dégradation progressive du respect dû aux personnes et de la protection des plus vulnérables dans nos sociétés". 

Le politologue flamand de la KUL, Dave Sinardet, n'a pas très bien pris la critique émise par Theo Francken, y voyant lui aussi une atteinte à la liberté d'expression. Une atteinte qu'il juge "dérangeante". Le politologue a invoqué la nécessaire diversité du débat, et le droit qu'ont les recteurs d'y participer. 

Ce qu'il n'a pas manqué de faire savoir sur Twitter:

D'autres politiques ont immédiatement réagi à la réponse donnée par Theo Francken aux recteurs. Comme le vice-président d'Ecolo, Patrick Dupriez, pour qui "ce gouvernement aura profondément repoussé les limites de la décence et de la responsabilité politique. Et c'est terriblement inquiétant pour notre démocratie". 

Sa collègue Zakia Khattabi, elle pointe le discours fascisant de Francken, face auquel Charles Michel se tait. "C'est à lui que je m'adresse, au premier ministre, il se tait dans toutes les langues. J'ai plus de respect pour lui et sa fonction qu'il n'en a lui-même, déclare la vice-présidente d'Ecolo. Qui se demande au passage qui Francken essayera de museler, après l'opposition et les universités. Les médias? "Ou va-t-on, dit-elle, n'hésitant pas à faire le parallèle avec la Turquie de Recept  Erdogan. "La dérive qu'il y a derrière, c'est cela, Erdogan aussi s'en est pris aux universitaires, et ils se sont retrouvés en prison!". 

"Un nouveau cap est franchi dans la #brutalité et la #terreur! @FranckenTheo menace les #universités d'un "retour de #boomerang". Si les #recteurs ne peuvent plus s'exprimer aujourd'hui qui le pourra encore demain??? ", a de son côté réagi André Flahaut (PS).

Le ministre de l'enseignement supérieur, Jean-Claude Marcourt, est lui aussi rentré dans le débat, volant au secours des recteurs et de  leur devoir de moralité: "ils sont pleinement dans leur rôle et leur mission de conscience morale et intellectuelle", a déclaré Marcourt. 

Même la FGTB, depuis le Congrès statutaire qu'elle tient ce jeudi au Heysel, s'est fendue d'une réaction, pointant "un gouvernement qui aura décidément fait tomber toutes les barrières de la décence et fait voler en éclats les valeurs démocratiques".

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content