Thierry Bodson (FGTB): "En fixant une norme salariale, on menacera la paix sociale"

©BELGA

La FGTB s'oppose à la fixation d'une marge maximale d'augmentation des coûts salariaux pour les deux années à venir. D'après le syndicat, imposer un tel carcan provoquera des tensions dans certains secteurs.

Les négociations en vue de conclure un accord interprofessionnel (AIP 2021-2022) entreront la semaine prochaine dans le vif du sujet. A la FGTB, où les instances étaient réunies jeudi matin, on a visiblement peu apprécié certaines déclarations récentes émanant du banc patronal. Le syndicat socialiste le martèle: tous les secteurs n'ont pas souffert de la crise de la même façon et certains ont la capacité d' accorder des augmentations salariales. L'Echo fait le point avec le président de la FGTB, Thierry Bodson.

La FEB appelle tous les partenaires sociaux à se montrer responsables lors des négociations de l'AIP afin de ne pas menacer la compétitivité belge. Qu'en pensez-vous?

L'écart salarial entre la Belgique et les pays voisins est aujourd'hui complètement résorbé. En termes de compétitivité, je pense dès lors qu'on ne peut absolument pas dire que répondre à nos demandes serait une folie. Nous savons par ailleurs que les revendications que porteront les organisations syndicales aux Pays-Bas et en Allemagne seront fortes. Dans l'influent secteur métallurgique allemand, le syndicat IG Metall entend orienter les discussions vers un objectif d'amélioration salariale de 4%, tandis qu'en Hollande, la barre globale est fixée à 5%. Cela nous fait dire que nous ne sommes pas complètement insensés.

En Belgique, le Conseil central de l'économie (CCE) remettra la semaine prochaine son rapport technique sur la marge salariale disponible. Vu le contexte, qu'en attendez-vous?

En 2020, la Belgique et la France ont massivement recouru au chômage temporaire, tandis que les Pays-Bas ont fonctionné principalement avec des subsides salariaux. Dans ces conditions, réaliser des comparaisons de salaires entre Etats, comme le prévoit la loi de 1996, est extrêmement complexe. Nous vérifierons évidemment ce qu'on nous présentera, mais il est tout à fait possible que le CCE ne dispose pas d'une base de données suffisante pour mettre en avant un chiffre sérieux et fiable.

Ce que nous constatons actuellement en Belgique, c'est surtout que la différence entre les secteurs est exacerbée avec la crise. Nous en avons certains qui vont vraiment mal, d'autres qui vont bien et même certains qui vont mieux.

"Avec la crise, certains secteurs vont vraiment mal, d'autres vont bien et il y en a même qui vont mieux."

Quels secteurs se portent bien?

Tous ceux qui tournent autour des soins, dont l'industrie pharmaceutique, ne vont pas si mal. Dans le secteur de la chimie, la situation n'est pas mauvaise non plus, tout comme dans la distribution alimentaire par exemple.

Le problème est donc le suivant: si on fixe une norme, on se retrouvera avec un chiffre qui ne conviendra pas pour tous. Imaginons une marge maximale d'augmentation des coûts salariaux de 1 ou 2%, elle serait inatteignable pour les secteurs qui vont mal, tandis qu'elle constituerait un plafond dénué de sens pour ceux qui sont en bonne santé.

"Si on fixe une norme salariale, on se retrouvera avec un chiffre qui ne conviendra pas pour tous les secteurs."

Vous voulez donc qu'on se détache de la norme pour permettre des négociations salariales libres?

Oui. Pour les deux années à venir, nous pensons effectivement qu'il n'y a pas de raisons de se baser sur une norme vu les différences entre secteurs, mais aussi les réserves que j'ai exprimées quant aux données que le CCE pourra nous fournir.

Si on s'acharne malgré tout à en fixer une, on provoquera des tensions immenses qui menaceront la garantie d'un minimum de paix sociale. Avec un tel carcan, on risque d'avoir de l'agitation dans de très nombreux secteurs.

Au-delà de cette question de norme, on constate aujourd'hui que beaucoup des secteurs qui souffrent sont ceux qui sont touchés par un manque de consommation. Le coronavirus a conduit à une crise de la demande. Dès lors, se retrouver avec un raisonnement de blocage du niveau des revenus pendant deux ans risque d'avoir un effet négatif sur la relance.

Dans le cadre de l'AIP, la FGTB revendique aussi une "forte augmentation" du salaire minimum. Atteindre 14 euros brut de l'heure, cela vous paraît réaliste à quelle échéance?

Nous sommes bien conscients qu'on ne passera pas de 10 à 14 euros de l'heure en un ou deux ans. Par contre, on demande qu'il y ait vraiment un agenda pour les cinq années à venir afin d'atteindre cet objectif. Attention, on parle bien d'un salaire minimum de 14 euros de l'heure avec l'indexation. Autrement dit, si on ne l'atteint que dans cinq ans, on sera plutôt à 15 euros.

"Nous sommes bien conscients qu'on ne passera pas de 10 à 14 euros de l'heure en un ou deux ans."

Notre revendication me paraît plus que légitime car quand on compare la Belgique aux autres pays de l'OCDE, on voit que nous sommes le pays où le salaire minimum décroche le plus par rapport au salaire médian.

Un échec lors des négociations sur l'AIP viderait-il la concertation interprofessionnelle de sa substance?

Non. Au-delà de la question de la norme salariale, il y a plein d'autres dossiers qui doivent faire l'objet de discussions à ce niveau. Je pense aux aspects de mobilité, de fin de carrière ou encore au télétravail.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés