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interview

Thierry Bodson (FGTB): "La Vivaldi ne défend pas suffisamment le monde du travail"

Thierry Bodson, le président de la FGTB, appelle à revoir notre modèle d'organisation du travail. ©Tim Dirven

Le gouvernement fédéral, esclave de son accord de coalition, ne défend pas assez les travailleurs, d'après le président de la FGTB, Thierry Bodson.

C'est au siège de la FGTB, rue Haute, que nous rencontrons Thierry Bodson. Depuis notre dernière entrevue, le leader syndical a changé de bureau sans toutefois emporter son affiche proclamant que "Le capitalisme nuit gravement à la santé". N'allez pas croire, pour autant, qu'il n'adhère plus à cette idée...

Après quasi un an à la présidence fédérale du syndicat, le Liégeois nous semble en tout cas impatient de retrouver l'arène de la concertation sociale. Premier grand rendez-vous: la Conférence sur l'emploi les 7 et 8 septembre. Organisée sous la houlette du ministre Pierre-Yves Dermagne (PS), celle-ci se penchera sur la thématique des "fins de carrière".

Mais au fond, est-ce autre chose qu'un gadget institutionnel cette conférence? "C'est bien de ne pas parler de tout lors d'un tel événement. Si on n'avait pas circonscrit son périmètre, on aurait débordé sur les matières régionales et ce n'aurait été qu'une grand-messe. Ce n'est pas le cas et c'est positif. Cette fois, on a bien compris qu'une des idées du gouvernement était de voir comment améliorer le taux d'emploi dans la tranche 55-64 ans", explique-t-il.

80% de taux d'emploi, "une chimère"

Relever le taux d'emploi des seniors, c'est en effet l'une des conditions indispensables pour atteindre l'objectif de 80% de taux d'emploi global à l'horizon 2030, fixé par la Vivaldi.

Lorsqu'on demande à notre interlocuteur si ce chiffre, régulièrement brandi, n'est pas une chimère, il ne peut cacher ses doutes: "Selon moi, quand bien même vous remettriez tous les chômeurs de Belgique au travail, vous n'atteindriez pas ces 80%. Dans nos économies, on aura toujours un taux de chômage frictionnel, aux alentours des 5%, donc j'avoue ne pas comprendre pourquoi on avance de tels objectifs."

80%
Taux d'emploi
La Vivaldi table sur un taux d'emploi de 80% à l'horizon 2030.

Malgré cette (importante) réserve, le boss de la FGTB ne manque pas d'idées pour favoriser le maintien au travail, dans de bonnes conditions, des travailleurs plus âgés. Rendre les emplois de fin de carrière, à 4/5e ou mi-temps, plus accessibles ou encore permettre le passage d'un emploi plus lourd à un emploi plus léger figurent parmi ses propositions. Mais, insiste-t-il, mettre l'accent sur la fin de carrière implique aussi de porter une attention à l'ensemble de la carrière.

La semaine de 4 jours, encore et toujours

Et dans cette optique, le syndicat remet en lumière l'une de ses marottes: la réduction collective du temps de travail (RCTT). Est-ce bien raisonnable alors que le patronat s'y oppose systématiquement? Bodson se dit plus convaincu que jamais: "Avec la crise sanitaire, mais aussi toutes les informations qui sortent sur le climat, on se rend bien compte que le modèle dans lequel nous évoluons n'est plus tenable. Il faut changer d'organisation du travail et ne pas toujours chercher la compétitivité. Surtout, il faut qu'on arrête de réfléchir en silo, mais plutôt qu'on aborde les choses de manière globale." D'accord, mais en quoi la semaine de quatre jours le permettrait-il? "Elle obligerait dans les faits à avoir une meilleure répartition des richesses, mais conduirait aussi à des changements d'attitude de consommation", assène-t-il.

"Le modèle dans lequel nous évoluons n'est plus tenable."
Thierry Bodson
Président de la FGTB

Autre axe à privilégier selon lui: la formation des travailleurs. Pour autant, il ne suffit pas de légiférer et d'accroître le nombre de jours consacrés à de nouveaux apprentissages. "Sur le terrain, on constate que le fait de pouvoir faire valoir son droit à la formation est très variable d'une entreprise à l'autre. On a besoin d'une étude sérieuse sur la question. Donc légiférer c'est bien, mais insuffisant si on n'a pas évalué clairement les sources de problèmes potentiels."

La Vivaldi, esclave de son accord de coalition

Enfin, et même si les pensions ne constituent pas le thème de la conférence, la FGTB veut rouvrir le débat sur les métiers pénibles. L'échec des discussions sous la législature précédente n'a visiblement pas échaudé Bodson qui rêve de les relancer, que ce soit à la conférence ou lors des discussions prévues sur la réforme des retraites.

"Le problème de la Vivaldi est que c'est un patchwork. Elle est basée sur un accord duquel elle ne s'écarte jamais de crainte de dérailler."
Thierry Bodson
Président de la FGTB

Et ne lui dites surtout pas que ce point ne figure pas dans l'accord de gouvernement, c'est un argument qu'il ne peut plus entendre. "Le problème de cet exécutif est que c'est un patchwork. Il est basé sur un accord duquel il ne s'écarte jamais de crainte de dérailler. En fait, ce gouvernement ne défend pas suffisamment le monde du travail. Pour pouvoir le faire, il faut un rapport de force et être capable de dire que certaines choses doivent être entreprises, même si elles ne figurent pas dans la déclaration gouvernementale", s'agace-t-il.

Parmi ses griefs à l'encontre de la Vivaldi, on retrouve notamment le blocage sur la révision de la mesure "zéro coti". Bien que les partenaires sociaux se soient accordés pour limiter dans le temps l'exonération des cotisations patronales pour le premier engagement, le gouvernement rechigne en effet à la mettre en œuvre. "Je pense qu'il n'est jamais arrivé qu'un exécutif fédéral ne suive pas une décision qui fait l'objet d'un consensus des partenaires sociaux. C'est juste inadmissible."

Tout aussi inadmissible, à ses yeux: la loi de 1996 sur la marge salariale. La FGTB rappellera d'ailleurs son opposition à ce texte lors d'une manifestation le 24 septembre. Pas de doute, la rentrée sociale sera dense...

Le résumé

  • La FGTB se prépare pour la rentrée sociale.
  • Son président Thierry Bodson croit en l'intérêt de la Conférence sur l'emploi, mais doute de la possibilité d'atteindre un taux d'emploi de 80% en 2030.
  • Il estime par ailleurs que la Vivaldi ne défend pas suffisamment les travailleurs.
  • Le 24 septembre, la FGTB manifestera pour rappeler son opposition à la loi de 1996.

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