interview

Thomas Dermine et Vincent Van Peteghem: "Un fonds de relance massif et sans précédent"

Thomas Dermine (assis) et Vincent Van Peteghem veulent associer investisseurs institutionnels et petits épargnants au fonds de transformation public qui va être mis sur pied. ©Wouter Van Vooren

Ce fonds de transformation était annoncé depuis des mois. Ses objectifs et sa structure viennent d’être adoptés par le gouvernement. Thomas Dermine et Vincent Van Peteghem, les deux maîtres d’œuvre de ce dispositif inédit, espèrent lever plus de 2 milliards d’euros.

Le gouvernement fédéral a approuvé ce vendredi la mise sur pied d’un fonds de transformation de 750 millions d’euros via la SFPI, Société fédérale de participations et d’investissement. Une somme que la Vivaldi espère multiplier par trois en attirant des investisseurs institutionnels, mais aussi des petits épargnants. L’objectif ? "Soutenir les entreprises essentielles, renforcer leur solvabilité et les aider à se réorienter face aux défis de long terme auxquels le pays est confronté", exposent les deux ministres en charges, le secrétaire d’État à la Relance Thomas Dermine (PS) et le ministre des Finances  Vincent Van Peteghem (CD&V).

Quelle est la vocation de ce nouvel outil de relance ?

Vincent Van Peteghem: Nous sommes dans une phase de la crise où trois types de soutiens seront nécessaires. D’abord, prolonger des mesures de soutien en vigueur actuellement, comme le droit passerelle ou le chômage temporaire. Ensuite, aider au réveil, avec des mesures dirigées vers des secteurs comme l’horeca ou l’événementiel. Puis dans une troisième phase, le plan relance et ce fonds de transformation dans lequel nous injectons 750 millions. L’objectif est de renforcer la solvabilité des entreprises, mais aussi de donner un stimulant supplémentaire pour qu’elles réalisent les transformations nécessaires à l’avenir de ce pays. Les axes sont les mêmes que ceux du plan de relance: be mobile, be digital, be inclusive, be productive et be green. La conjugaison des deux outils va créer une vraie dynamique.

Thomas Dermine: Le premier objectif de ce fonds, c’est d’aider à renforcer la solvabilité des entreprises belges qui, structurellement, sont en bonne position, mais ont fortement souffert de la crise. Puis, graduellement, nous allons soutenir des entreprises qui font face à des défis de transformation en matière environnementale ou numérique, notamment celles qui ont remis d’excellents projets dans le cadre du plan de relance, mais que nous n’avons pas pu retenir, vu les règles sur la concurrence et les aides d’État. Nous allons pouvoir intervenir via des prises de participation.

"Nous allons donner aux petits épargnants l'occasion d'investir dans des entreprises belges qui vont participer à la transformation du pays."
Vincent Van Peteghem
Ministre des Finances (CD&V)

Quel type d’entreprises visez-vous ?

V. V. P.: Nous sommes ouverts. L’objectif est, à côté des fonds publics, de mobiliser aussi des investisseurs institutionnels comme des assureurs ou des fonds de pension, pour avoir un effet multiplicateur. Et dans une phase ultérieure, nous associerons les petits épargnants à ce fonds. Beaucoup d’entre eux se demandent quoi faire de leur argent. Nous allons leur donner l’occasion d’investir dans des entreprises belges qui vont participer à la transformation du pays.

T. D.: Si on peut offrir des projets qui offrent une certaine rentabilité, et qui en plus ont du sens parce qu’ils contribuent à répondre aux défis structurels de la société, cela devrait susciter l’intérêt.

Ces projets ne pourraient-ils pas se financer uniquement avec de l’argent privé ?

V. V. P.: Ces transformations impliquent un certain risque, pour lequel il n’est pas si facile de trouver des financements sur le marché. C’est pourquoi nous voulons soutenir les entreprises qui veulent être plus durables, plus digitales, qui écriront, demain, l’histoire de la Belgique, en y associant les petits épargnants.

Concrètement, y aura-t-il un fonds, ou plusieurs ?

V. V. P.: Techniquement, il y aura deux volets : une filiale de la SFPI, qui recevra 500 millions d’euros et se focalisera en 2021 sur la solvabilité des entreprises, puis, à mesure qu’elle récupère ces moyens, sur la relance; et d’autre part, un fonds de transition, qui sera doté de 250 millions et sera plus facile à ouvrir à des investisseurs extérieurs, créé par la SFPI.

La Flandre a aussi son Welvaartsfonds… Allez-vous vous répartir les rôles ?

V. V. P.: Le but n’est pas de concurrencer les initiatives régionales, mais d’être complémentaires. Dans certains dossiers, il sera sans doute utile que le fédéral et les Régions prennent chacun une part du risque. Dans d’autres, si la Flandre ou la Wallonie n’ont pas besoin du fédéral, tant mieux : nous investirons ailleurs.

"Si nous pouvons multiplier les 750 millions par trois, nous serons à plus de 2 milliards. C'est massif et sans précédent."
Vincent Van Peteghem et Thomas Dermine

750 millions, est-ce suffisant pour produire un impact significatif sur l’économie ?

V. V. P.: Si nous pouvons multiplier cette somme par trois, nous serons à 2,250 milliards.

T. D.: Un fonds de plus de 2 milliards, c’est massif et sans précédent.

La crise aussi est massive et sans précédent : Graydon estime que 84.000 entreprises ont besoin de renforcer leurs fonds propres de 68 milliards…

T. D.: Oui, mais toutes ces entreprises n’ont pas nécessairement besoin d’un investissement via le fonds de transformation, et ne seront pas nécessairement prêtes à ouvrir leur capital.

V. V. P. Et nous n’allons pas financer toutes les entreprises qui ont des besoins de solvabilité, mais seulement celles qui peuvent participer à la transformation de notre pays.

Quand ces fonds seront-ils opérationnels ?

V. V. P. Le plus tôt possible. L’argent est là, il a été inscrit au budget de 2021 et 2022. Il faut organiser la structure, mais la SFPI peut déjà commencer à travailler sur la solvabilité.

"Nous savons que la question Ethias va se poser. J'ai donc fait mon travail, pour préparer la discussion au sein du gouvernement fédéral."
Vincent Van Peteghem

Autre sujet: avez-vous, oui ou non, discuté en gouvernement de la vente des parts de l’État dans Ethias?

V. V. P.: Nous savons que la question va se poser. J’ai donc fait mon travail, et demandé à la SFPI de voir s’il y avait un intérêt du marché, ce qu’impliquerait un stand alone, pour disposer de tous les chiffres nécessaires et alimenter la discussion. Mais il n’y a pas encore eu de débat à ce sujet au sein du gouvernement fédéral.

C’est le gouvernement flamand qui est vendeur?

V. V. P: Je ne vais pas décider à la place du gouvernement flamand mais aujourd’hui, Ethias, c’est trois blocs: wallon, flamand et fédéral. Nous devons décider ce que nous en faisons. Je suis simplement en train de préparer le travail.

Belfius et Ageas seraient acheteurs, vous le confirmez ?

V. V. P.: Je ne vais pas répondre à cette question, mais Ethias est aujourd’hui un acteur fort, il est donc logique qu’il suscite de l’intérêt, et que nous préparions une éventuelle discussion.

Vos deux partis ont semble-t-il des positions divergentes sur la taxe comptes-titres. Si la Cour constitutionnelle annule le projet actuel, quel est le plan B?

V. V. P.: Je ne vais pas m’interroger sur un plan B alors que je suis convaincu de la stabilité juridique du projet en cours. Mais s’il y a un problème, nous chercherons une autre solution.

Le PS est très offensif sur la loi de 1996. Y a-t-il une ouverture au gouvernement sur ce sujet?

T.D.: Le débat est organisé autour de la concertation sociale et doit le rester le plus possible. Il ne remontera au niveau du gouvernement que s’il doit remonter, ce qui n’est pas encore certain.

V. P. P.: La loi prévoit une trajectoire, il ne faut pas changer les règles du jeu. Je suis persuadé que les partenaires sociaux se remettront à table et qu’un accord pourra émerger. Il y a des solutions créatives.

"La compétitivité d'un pays, ce n'est pas que la norme salariale, c'est aussi la qualité de son enseignement, de son infrastructure, de sa mobilité."
Thomas Dermine

Pierre-Yves Dermagne ou Ahmed Laaouej se sont clairement exprimés pour réformer cette loi, ce n’est pas rien…

T. D.:  Pour toute une série de politiciens de notre génération, la compétitivité est un sujet essentiel pour créer de la valeur dans ce pays. Le débat porte toujours sur la norme salariale, mais la question est plus large. La compétitivité d’un pays, c’est aussi la qualité de son enseignement, de son infrastructure, de sa mobilité. On doit élargir le débat. Notre plan de relance s’intègre parfaitement dans cette dynamique.

La réforme fiscale attendue va-t-elle s’imbriquer dans cette dynamique?

V. V. P.: La réforme fiscale est une mesure essentielle pour la relance. Nous devons veiller à ce que la fiscalité sur le travail diminue, à renforcer la fiscalité verte sur base du principe pollueur-payeur et à élargir l’assiette fiscale, avec un taux d’imposition plus bas. Tout cela doit stimuler le taux d’emploi, la lutte contre le dérèglement climatique et l’entreprenariat.

T. D.: Toutes les politiques de relance efficaces, depuis le New Deal de Roosevelt jusqu’à la politique de relance des États-Unis après la crise de 2008, contiennent trois dimensions essentielles : l’investissement, avec un part significative d’investissement public ; la fiscalité, qui oriente les investissements vers les objectifs fondamentaux; et la stimulation de la demande intérieure. Et là, les mesures prises sur les basses pensions et les basses allocations jouent un rôle.

Que pensez-vous du bouclier fiscal à 33% du MR ?

T. D.: Un principe auquel on doit rester attaché, c’est celui de la progressivité de l’impôt.

V. V. P.: Nous en tiendrons compte dans la discussion (rires). En tout cas la majorité est d’accord sur l’idée qu’il faut remettre la fiscalité sur la table et la rendre plus simple. Le pays en a besoin.

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