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interview

La Belgique demande de la souplesse à l'Europe pour son plan de relance

Le secrétaire d'État aux Investissements stratégiques veut s'assurer que des investissements publics essentiels ne seront pas sacrifiés sur l'autel du risque budgétaire. ©BELGA

Le secrétaire d’État demande à l'Europe le droit d'aménager le plan de relance belge suite aux inondations. Et plaide pour investir davantage contre le changement climatique.

Les inondations des 14 et 15 juillet vont nécessiter à court terme un ajustement des projets du plan de relance européen en Belgique, et elles soulignent la nécessité d’un changement d’approche sur la dépense publique, estime le secrétaire d’État fédéral aux Investissements stratégiques Thomas Dermine.

"Il faut éviter que la Région wallonne soit pénalisée parce qu’elle donne la priorité à des projets de reconstruction par rapport aux projets du plan de relance européen."
Thomas Dermine
Secrétaire d'État aux Investissements stratégiques (PS)

Le gouvernement wallon a annoncé cette semaine qu’il réorientera 800 millions d’euros de son plan de relance vers la reconstruction. Le plan belge de relance et résilience – financé par l’Union européenne – devrait lui aussi être adapté : "On va plaider auprès de la Commission a minima pour une flexibilité dans les échéances de réalisation de projets", indique Thomas Dermine dans une visio-interview.

Un secteur sous pression

En principe, les 5,9 milliards d’euros de subsides belges du plan Next Generation EU doivent être dépensés pour la fin 2026, et les tranches de financement seront payées en fonction de la réalisation d’objectifs jalonnés. Mais les inondations risquent de rendre ce calendrier impossible à tenir. "Il faut éviter que la Région wallonne soit pénalisée parce qu’elle donne la priorité à des projets de reconstruction par rapport aux projets du plan de relance européen", souligne le socialiste, selon qui les premiers retours de la Commission européenne à cet égard sont compréhensifs.

"Il n’est pas impossible qu’on doive revoir certains échéanciers au niveau des projets", indique-t-il, tout en précisant que le décalage sera envisagé au cas par cas - il cite l’exemple du tram de Liège - et non pour l’ensemble du plan de relance.

"Il faut qu’on arrête de se demander comment est-ce qu’on va payer ces investissements, mais plutôt comment on peut se permettre de ne pas investir massivement."
Thomas Dermine

Le risque de voir des projets de relance faire concurrence à ceux de la reconstruction après les inondations est patent, alors que le secteur de la construction souffre à la fois de pénuries de matériaux et d’un manque de main d’œuvre. Le plan de relance européen pourrait à cet égard avoir un effet pervers en Belgique: la construction absorbe les pics de demande en recourant à des travailleurs détachés venus principalement d’Europe de l’Est, or le travail détaché sera moins disponible en raison des plans de relance dans ces pays d’origine, souligne Dermine. "Il faut donc donner une priorité absolue aux projets de reconstruction urgents."

Sanctuariser l'investissement

Pour le secrétaire d'État, les inondations soulignent la nécessité de changer d’approche face à la dépense publique, dans un monde où il faut investir à la fois pour limiter les émissions de gaz à effet de serre et pour s’adapter aux effets du réchauffement. "Les inondations et leurs conséquences économiques montrent clairement qu’il faut qu’on arrête de se demander comment est-ce qu’on va payer ces investissements, mais plutôt comment on peut se permettre de ne pas investir massivement", abonde-t-il.

Et d’illustrer son propos par le cas de Han-sur-Lesse : "Ils ont fait des efforts d’investissements pour canaliser leur rivière, ils ont remonté les berges, etc. Oui, ça a coûté. Mais aujourd’hui, ils sont beaucoup moins touchés que d’autres communes qui ne l’ont pas fait." Le volet belge du plan de relance européen prévoit d’ailleurs 19 millions d'euros pour faire serpenter des cours d'eau (reméandration) et créer des zones inondables temporaires.

"Il ne faudrait pas revenir à l'obsession du risque budgétaire, de surchauffe, d’inflation."
Thomas Dermine

"Il faut donc arrêter de voir l’investissement public comme un impact budgétaire sur le temps t: il faut le voir comme une réduction de dépenses dans un temps t+1 ou t+2, comme on le fait dans les entreprises", poursuit Dermine. Les règles budgétaires européennes ne distinguent pas les dépenses publiques d’investissement de celles de fonctionnement. Elles sont en suspens depuis le début de la crise pandémique et la Commission souhaite les mettre à jour avant leur réactivation.

"La question fondamentale à se poser, c’est comment éviter, dans la révision du pacte de stabilité, de reproduire des règles qui ont des effets pervers sur l’investissement. On a une règle d’or sur les déficits, 3%. Est-ce qu’on ne pourrait pas avoir une règle d’or sur le montant d’investissement qui protège les investissements publics?" Dans la mesure où il est plus facile pour les pouvoirs publics de couper dans les investissements que dans leurs dépenses courantes, il faut en tout cas trouver des mécanismes pour protéger les investissements, plaide-t-il.

Sanctuariser l'investissement public est-il compatible avec le maintien des finances sous contrôle? "Il ne faudrait pas revenir à l'obsession du risque budgétaire, de surchauffe, d’inflation: l’enjeu n’est pas là. L’enjeu, c’est comment éviter que nos enfants doivent vivre dans des craintes permanentes de sécheresses et de crues", conclut le secrétaire d'État.

Les phrases clés

  • "Il faut éviter que la Région wallonne soit pénalisée parce qu’elle donne la priorité à des projets de reconstruction par rapport aux projets du plan de relance européen."
  • "Il ne faudrait pas revenir à l'obsession du risque budgétaire, de surchauffe, d’inflation: l’enjeu n’est pas là. L’enjeu, c’est comment éviter que nos enfants doivent vivre dans des craintes permanentes de sécheresses et de crues."

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