analyse

Un arc-en-ciel signerait-il le retour de l'union CD&V/N-VA?

Yves Leterme et Bart De Wever en 2007, à l'époque du cartel CD&V/N-VA. ©Photo News

Le destin des deux formations fut lié dans un cartel de 2004 à 2008. Cette alliance permit à Yves Leterme de s'imposer en Flandre, mais aussi à la N-VA de se construire, pour atteindre le rang de première formation du pays.

"BHV". On est au début des années 2000. Ces trois lettres sont devenues un symbole, bien au-delà de l’arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde qu’elles recouvrent. Elles agitent le landerneau politique, exacerbant les crispations entre francophones et néerlandophones. Ce qui durera pendant près de 15 ans, on le sait aujourd’hui.

À l’époque, Yves Leterme, alors président du CD&V à la suite de l’actuel président du conseil d’administration de Proximus Stefaan De Clerck, accède finalement à la demande de la jeune N-VA, fondée en 2001, de faire front commun. On est en 2004. Le pari est gagnant. Fort d’un score de 26% enregistré par le binôme aux élections de la même année, le démocrate-chrétien devient ministre-président flamand.

Mais la décision lui coûtera cher, car le petit parti, présidé par le stratège Bart De Wever, gagne en popularité. Et devient vite grand. Hors du giron de son grand frère même, puisqu’en 2008, le "cartel flamand", tel qu’il est qualifié, prend fin aux niveaux fédéral et régional suite à des dissensions relatives aux discussions sur la sixième réforme de l’État.

Cet épisode ouvrira la porte de la conquête pour les nationalistes flamands qui, en 2010, transforment l’essai, avec un succès électoral inédit. Bart De Wever enregistre alors le meilleur résultat de la classe politique de sa chère Région, et la N-VA prend la place de premier parti du pays.

15 ans après, dans le même bateau

Aujourd’hui, alors que les nationalistes dominent toujours le paysage électoral flamand (malgré un recul le 26 mai), le CD&V est en position de faiblesse, que ce soit au niveau régional ou fédéral – avec une possibilité de se voir exclu de la gestion de l’État en cas d’avènement d’une coalition arc-en-ciel, emmenant libéraux, socialistes et écologistes. Une coalition éventuellement complétée par DéFI (2 députés) ou le cdH (5), afin de lui donner une assise plus stable que sa majorité d’un seul siège au Parlement.

On a effectivement l’impression que les deux partis sont très proches pour l’instant.
Carl Devos
Politologue (Ugent)

Ce risque de se voir exclu sera l'un des grands challenges que devra embrasser le nouveau président du CD&V, dont le nom est attendu ce vendredi.  Cette situation menace d’ailleurs tout autant les nationalistes flamands, qui sont là dans le même navire. Ni l’une ni l’autre formation n’a reçu la nouvelle note de l’informateur royal Paul Magnette, que nous publiions mardi, ni même été invitée à la réunion secrète entre socialistes, écologistes et libéraux, qui s’est tenue samedi, suscitant la colère de Bart De Wever. "Je me sens dupé. La confiance est rompue".

Bis repetita?

Cela pourrait-il donner naissance à une nouvelle union, même tacite, entre les deux partis? Après tout, ils se sont récemment rejoints à la Chambre sur un débat éthique qu’est la dépénalisation de l’avortement, en ne votant pas la révision de la loi, portée par… le PS, le sp.a, l’Open Vld, le MR, Ecolo, Groen, le PTB et DéFI (un signe?) – une ligne sous-tendant aussi la note du président du PS ayant fuité, qui entend par-là attirer les libéraux flamands.

Si le CD&V décidait, pour renforcer la représentativité flamande au Fédéral, de monter dans un gouvernement – alors qu’il gouverne avec la N-VA en Flandre –, le semblant de début de renouement serait à jeter aux oubliettes.

Et puis, il s’agirait de faire face ensemble. Pour ne pas connaître un sort à la cdH, dans le cas des démocrates-chrétiens. Ce qui les a d’ailleurs conduits à embarquer dans le train en Flandre, malgré les conséquences négatives pour leur image, ayant souffert de l’exercice du pouvoir aux côtés des nationalistes au sein du gouvernement Bourgeois. La décision est stratégique aussi, se dit-il, car porteuse de l’espoir que cette union renouvelée soit calquée au Fédéral.

Le ministre de la Justice Koen Geens n’hésite d’ailleurs pas à rappeler l’importance de faire rentrer la N-VA dans la danse – un appel aussi lié à la nécessité d’apaiser l’aile droite du CD&V, de même que d’éviter le retour de bâton en cas de cure d’opposition de la N-VA.

Interrogé, Carl Devos, politologue à l’Université de Gand abonde: "On a effectivement l’impression que les deux partis sont très proches pour l’instant". Pour autant, un bis repetita des rapports qui ont pu être ceux connus par le passé semble vraiment "incertain" à ce stade. Non seulement parce que le gouvernement Michel est passé par là, émaillé par les tensions entre Kris Peeters et la N-VA, mais aussi et surtout parce que tout va dépendre des avancées de l’informateur. Si le CD&V décidait, pour renforcer la représentativité flamande au Fédéral, de monter dans un gouvernement – alors qu’il gouverne avec la N-VA en Flandre –, le semblant de début de renouement serait à jeter aux oubliettes.


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