analyse

Un budget de crise? Oui mais...

Sophie Wilmès, Première ministre.

Au sein du gouvernement, surtout chez les libéraux, l'idée de prendre des mesures budgétaires avec le soutien des partis de l'opposition n'enthousiasme pas outre mesure.

L'idée revient à intervalles réguliers depuis quelques semaines: confier au gouvernement en affaires courantes une mission budgétaire afin d'endiguer le creusement du déficit. Le quotidien De Tijd évoquait jeudi une demande en ce sens à la Première ministre MR Sophie Wilmès. "Si le gouvernement Wilmès veut faire un peu mieux, il doit trouver 2 milliards d'euros. Il n'y a encore rien de concret sur la table, mais Sophie Wilmès y travaille à la demande du chargé de mission royal Koen Geens", y lisait-on. 

Cette idée pourrait installer une nouvelle majorité de fait autour d'un projet politique resserré. De quoi jeter les bases d'un gouvernement et faire office de rempart à un retour aux urnes. On parle d'un "reboot" du gouvernement actuel.

"Pour élaborer un budget, il faut une majorité au Parlement, ce dont on ne dispose pas. Le MR se montre constructif mais ne peut agir seul."
David Clarinval
Vice-Premier ministre MR en charge du Budget

L'information est confirmée à bonnes sources mais ne plaît pas à tout le monde dans les rangs gouvernementaux. "Il est normal que la Première ministre ait des contacts discrets pour avancer sur le budget et examiner ce qu’il est possible de faire ou pas. Mais je rappelle que pour élaborer un budget, il faut une majorité au Parlement, ce dont on ne dispose pas. Le MR se montre constructif mais ne peut agir seul…", réagissait David Clarinval, vice-Premier ministre MR et ministre du Budget. On rappelle, le gouvernement Wilmès n'est soutenu que par 38 députés sur 150.

Le risque fiscal

Trouver entre 1,5 et 2 milliards, voilà quelque chose qui est loin d'être aisé, surtout avec le concours du Parlement.  Couper davantage dans le frais de fonctionnement de l'Etat semble illusoire, puisque celui-ci fonctionne déjà en douzièmes provisoires. Tailler dans la Sécu? Voilà une option qui n'est pas de nature à dégager des majorités alternatives à la Chambre alors que tous les partis ont de possibles élections anticipées à l'esprit. 

Un budget "c'est une négociation politique qui va se heurter au même mur que les missions royales."

Reste le fiscal. Une perspective qui a de quoi faire fuir les libéraux pour les mêmes raisons. Bref, on n'est pas sorti de l'auberge. En off, on le dit, un budget "c'est une négociation politique qui va se heurter au même mur que les missions royales". On ajoute que les partis de l'opposition ne manqueront pas de conditionner leur soutien à d'autres mesures qui risquent de gonfler la facture. On a vu le PS plaider avec la FGTB pour une baisse de la TVA sur l'électricité par exemple. Au gouvernement, on imagine déjà le PTB surenchérir entraînant le PS dans un course à l'échalotte.

Le MR n'est évidemment pas chaud pour envoyer deux de ses chefs de file au front, Sophie Wilmès et David Clarinval, annoncer des mauvaises nouvelles. Pour autant, ne rien faire est-il une option pour le gouvernement en affaires courantes? L'attentisme l'expose également aux critiques. 

Pas à n'importe quelles conditions 

Dernier écueil à ce projet budgétaire: le timing. Celui de la négociation puis de la mise en oeuvre. Pareil budget ne pourrait passer au vote avant la fin du printemps, estiment certaines sources gouvernementales.

"Le Parlement est évidemment prêt à travailler", confie Ahmed Laaouej, chef de groupe PS. "Un budget resserré pourquoi pas mais cela dépend évidemment de ce qu'il y a dedans", poursuit-il. Le PS est ouvert à la discussion pour peu qu'il ne s'agisse pas de faire souffrir les travailleurs et les allocataires sociaux, dit-il encore. "Nous restons constructifs donc ouverts, mais pas à n'importe quelles conditions", indique Georges Gilkinet, son homologue Ecolo. Aucun des deux partis d'opposition n'a été consulté à ce stade. 

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