Un conflit Nord-Sud, mais aussi gauche-droite

Les antagonismes des derniers jours entre Caroline Gennez (sp.a) et Bart De Wever (N-VA) illustrent que les négociations gouvernementales ont aussi buté sur le clivage socio-économique.

La préformation d’Elio Di Rupo a aussi buté sur le clivage gauche/droite: entre Nord et Sud, les choix économiques et sociaux sont de plus en plus différents, rendant une gestion fédérale très délicate.

Le contentieux entre Flamands et Francophones n’est pas que communautaire. Il recèle plusieurs facettes. Linguistique, bien sûr: ce conflit est particulièrement vivace dans la périphérie bruxelloise. Politico-institutionnel: par exemple, la scission de l’arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde, stricto sensu, a des conséquences électorales. Identitaire: la place de Bruxelles, notamment, est en question. Mais, dans le conflit Nord-Sud, il y a surtout un clivage socio-économique. Pour faire court, gauche contre droite. Il est souvent relégué au second plan dans l’analyse. Or, il est central.

Ainsi, si la Flandre réclame davantage de régionalisations, il faut y voir deux raisons. D’une part, elle veut avoir tous les leviers pour mener à bien ses politiques. D’où la revendication de "paquets homogènes" de compétences. Dans certains cas, l’efficacité est en effet entravée par le découpage institutionnel. D’autre part, elle entend effectuer ses propres choix alors qu’au gouvernement fédéral, les décisions sont beaucoup plus laborieuses. Ce n’est pas un mystère: la Flandre penche à droite: les partis de gauche (sp.a et Groen) y sont marginalisés. En Wallonie et à Bruxelles, la gauche est prédominante. Le triomphe électoral du PS le 13 juin dernier en atteste. Cette différence se traduit par des prises de position antagonistes entre Nord et Sud sur de nombreux enjeux économiques ou sociaux, par exemple sur le contrôle des chômeurs ou l’impôt des sociétés. Voilà aussi pourquoi les syndicats - y compris leurs ailes flamandes - sont réticents aux régionalisations poussées.

"Le Voka est mon patron"

La (pré) formation menée par Elio Di Rupo n’échappe pas à ce clivage. On parle beaucoup du visage nationaliste et séparatiste de la N-VA. Mais le parti de Bart De Wever est aussi clairement ancré à droite de l’échiquier politique. Il puise son vivier électoral dans les classes moyennes flamandes. "Le Voka (patronat flamand) est mon patron", a même lâché De Wever à la table des négociations. Faut-il le dire: le PS est aux antipodes.

Le débat sur la loi de financement et la responsabilisation des Régions doit aussi être apprécié à cette aune. Le Nord veut limiter les transferts financiers vers le Sud et mieux les contrôler pour avoir davantage de liberté afin de soutenir son propre développement économique. Les francophones craignent une concurrence fiscale accrue qui, in fine, appauvrirait leurs Régions.

Enfin, ce n’est pas un hasard si le sp.a et Groen ont accepté, le week-end dernier, le compromis d’Elio Di Rupo alors que CD & V et N-VA calaient. L’opposition n’était plus Nord/Sud mais bien droite/gauche. Ce n’est pas un hasard non plus si la N-VA a tenté de ramener les libéraux à la table des négociations cette semaine pour évincer écologistes, sp.a et cdH. Et si Bart De Wever n’a jamais voulu donner son feu vert au compromis du préformateur, c’est aussi parce que se dessinait la perspective, pour lui, de devoir lâcher du lest dans les tractations budgétaires après avoir obtenu gain de cause sur la réforme de l’État.

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