Un discours royal proche des citoyens, mais exempt d'un thème essentiel

Dans son discours, le Roi a accordé une place importante à la pandémie, à ses conséquences et au rôle des soignants. ©Photo News

Le discours du roi Philippe revient surtout sur la catastrophe des intempéries et sur la crise sanitaire. Mais il n'aborde pas le problème des sans-papiers.

Lors de son traditionnel discours à la nation pour le 21 juillet, diffusé comme d'habitude la veille à 13h, le Roi est directement revenu sur l’actualité de cette semaine: "Une catastrophe naturelle sans précédent a frappé une grande partie de notre pays."

Mais après quelques phrases sur la désolation et la solidarité, le souverain s'est détaché de cet événement pour le mettre en perspective avec ce qui a marqué l’année. "Cette tragédie s’ajoute à la longue période de pandémie. Ces derniers dix-huit mois, notre pays a traversé une rude épreuve."

Le discours royal de ce 20 juillet 2021.

Les valeurs humaines plutôt que le débat climatique

"Le Roi lie bien les deux événements", relève Jean Faniel, directeur général du Crisp (Centre de recherche et d'information sociopolitiques). "Il se base sur des thèmes qui lui sont récurrents, et qui sont classiques dans les discours royaux: les valeurs humaines. Il existait pourtant une autre façon de faire le lien entre ces deux sujets: le climat, la réflexion sur l’écologie, les rapports entre l’homme et la nature, etc."

"Si nous avons pu tenir tout au long des difficultés, c’est grâce à un sursaut d’humanité."
Le roi Philippe

Le discours du roi Philippe n’est pas totalement exempt de cette perspective puisqu’il termine en précisant: "Si nous avons pu tenir tout au long des difficultés, c’est grâce à un sursaut d’humanité. C’est là un acquis précieux, à préserver. Il nous permettra d’affronter les défis. Pour notre société. Pour notre planète."

"Mais ça reste du discours royal", glisse Jean Faniel. "Ce n’est pas un plaidoyer pour une lutte contre le changement climatique."

Un accent politique

Le directeur général du Crisp souligne que le discours contient quand même une partie plus politique qui reflète l’air du temps. Il s’arrête sur ce passage: "Nous avons aussi redécouvert le rôle indispensable de l’État et de la fonction publique."

"Notre modèle de société, construit sur le socle de la démocratie, s’est révélé être solide et fertile en projets créatifs."
Le Roi Philippe

"En effet, beaucoup considéraient l’État réduit à la portion congrue", pointe Jean Faniel. "Mais le Roi tient à relever le changement, sans se lancer, bien sûr, dans un pamphlet autour du néolibéralisme."

Le Roi fait aussi une allusion au fédéralisme: "Notre modèle de société, construit sur le socle de la démocratie, s’est révélé être solide et fertile en projets créatifs." Il s’agit là d’une "phrase étonnante", selon le directeur général du Crisp. "Elle semble fort isolée dans ce discours. Elle paraît aussi très optimiste vu que la démocratie a été assez malmenée avec Trump ou Bolsonaro. Et en Belgique, on a gouverné pendant plus d’un an avec des arrêtés ministériels, la loi 'pandémie' est seulement en train de réellement voir le jour. Notre démocratie est fort remise en cause par des citoyens qui soulignent qu’il y a trop de décisions pas assez 'démocratiques' ou qui estiment que le système ne fonctionne pas bien et devrait être remplacé par un régime plus dur. Cette allusion du Roi me semble donc fort optimiste, quoique logique de la part du garant de notre démocratie."

Le vaccin, sans braquer

Le texte du Roi accorde une place importante à la pandémie, à ses conséquences et au rôle des soignants. "Le Roi dit clairement aux soignants qu’il ne fait pas partie de ceux qui, après les avoir applaudis au printemps 2020, les critiquent aujourd’hui", remarque Jean Faniel, qui relève encore que le Roi parle du vaccin de façon positive, mais en restant implicite, sans appeler à la vaccination.

"Ce silence sur ce sujet est quand même étonnant, alors que le gouvernement pourrait tomber incessamment, pour la deuxième fois de suite, sur la question migratoire."
Jean Faniel
Directeur général du Crisp

"Il ne prend pas le risque de braquer la population, comme Emmanuel Macron l’a fait en France avec son discours et ses mesures. Évidemment, le roi Philippe n’a pas le pouvoir de sortir le bâton, mais il reste néanmoins dans un registre fin, pas frontal."

Ce qui frappe le directeur du Crisp, c’est l’absence d’allusion à l’autre actualité, la situation des sans-papiers. "Il parle bien d’un sursaut d’humanité qui permettra de rebondir, mais il n’est pas certain qu’il fasse référence à cela. Ce silence sur ce sujet est quand même étonnant, alors que le gouvernement pourrait tomber incessamment, pour la deuxième fois de suite, sur la question migratoire. Or, ce discours est peut-être prononcé le jour ou la veille d’un drame…"

Le discours royal

Discours de Sa Majesté le Roi à l’occasion de la Fête Nationale

Mesdames et messieurs,

Une catastrophe naturelle sans précédent a frappé une grande partie de notre pays. Nos pensées sont auprès des familles et des proches des victimes et de tous ceux qui sont dans la détresse. Le bilan humain est très douloureux.

Les inondations ont provoqué d’énormes dégâts dans nos villes et nos villages. Beaucoup ont tout perdu. Souvent le travail de toute une vie, balayé en quelques heures. La Reine et moi n’oublierons jamais nos échanges avec les habitants de Pepinster, de Chaudfontaine, de Rochefort et d’autres communes lourdement touchées.

Mais dans l’adversité, notre population fait preuve d’une immense solidarité. De tout le pays abonde une aide spontanée aux sinistrés, et d’innombrables volontaires se dévouent sans compter. Je veux leur dire notre gratitude, tout comme à nos partenaires européens venus en soutien.

Je remercie également toutes les autorités sur le terrain ainsi que les services de secours, les pompiers et l’armée qui ont œuvré sans relâche. Je sais que tous les moyens seront mis en œuvre pour la reconstruction.

Mesdames et messieurs,

Cette tragédie s’ajoute à la longue période de pandémie.

Ces derniers dix-huit mois, notre pays a traversé une rude épreuve. Nous avons payé un lourd tribut. Nombre d’entre nous ont vécu un drame familial ou professionnel. Nos conditions de vie bouleversées ont eu des conséquences sur la santé mentale de la population, surtout des jeunes. Beaucoup ont souffert de solitude et d’isolement.

Nous avons dû abandonner nos certitudes, et nous avons dû parfois nous satisfaire de solutions imparfaites. Mais nous avons montré que nous disposons d’une capacité d’adaptation insoupçonnée.  

La Reine et moi avons été témoins de magnifiques exemples de résilience. Ils méritent toute notre reconnaissance.

Je salue ici spécialement le personnel soignant qui s’est surpassé durant trois vagues successives de la pandémie – et qui retrouve maintenant toutes les charges accumulées reportées dans l’urgence.

Mesdames et messieurs,

Notre modèle de société, construit sur le socle de la démocratie, s’est révélé être solide et fertile en projets créatifs.

Nous avons pris conscience de la nécessité de collaborer davantage à tous les niveaux. Car seul, aucun individu, aucun niveau de pouvoir, aucune institution ne peut faire face et s’adapter aux grands changements qui nous attendent.

Nous avons aussi redécouvert le rôle indispensable de l’Etat et de la fonction publique. Leur étroite collaboration avec les entreprises et la société civile est une des clés du succès de la gestion de la crise sanitaire actuelle.

Je pense ici plus particulièrement à la production et à la distribution des vaccins.

Et, grâce aux efforts coordonnés avec tous ces remarquables bénévoles, notre programme de vaccination est une vraie réussite.

Mesdames et messieurs,

Pour construire notre avenir, nous avons nos savoir-faire et notre créativité. Nous avons aussi des valeurs humaines faites de solidarité, de générosité, d’empathie et de courage, toutes ces si belles qualités que nous avons montrées ces derniers mois, ces derniers jours, ces dernières heures.

J’ai confiance en cette capacité que nous avons de rebondir. Si nous avons pu tenir tout au long des difficultés, c’est grâce à un sursaut d’humanité. C’est là un acquis précieux, à préserver. Il nous permettra d’affronter les défis. Pour notre société. Pour notre planète. C’est cette conviction que je vous partage à l’occasion de la fête nationale.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés