analyse

Un effort budgétaire similaire dans les trois Régions pour aider les entreprises

C'est dans l'horeca que le gouffre qui sépare la Flandre de Bruxelles en matière d'aides est le plus frappant. ©Photo News

Les aides octroyées aux secteurs les plus touchés par la crise sont moins importantes en Wallonie et à Bruxelles qu'en Flandre. Mais la part du budget consacrée aux entreprises est similaire dans les trois Régions.

La Flandre serait-elle plus généreuse envers ses entreprises que la Wallonie ou Bruxelles? L’Écho a tenté de comprendre ce qu’il en était vraiment en posant le problème sous deux angles: peut-on affirmer qu’un restaurateur wallon ou bruxellois est défavorisé par rapport à son collègue flamand? Et peut-on prétendre que la Flandre a globalement dépensé une part plus importante de son budget que les autres entités du pays afin de venir en aide à son tissu économique?

Ces deux questions posées, reprenons le problème depuis le début en passant en revue différents cas pratiques en Flandre, en Wallonie et à Bruxelles.

1 - Horeca

Monsieur ou Madame X est propriétaire d’un restaurant et emploie deux salariés (ETP). Avant le confinement, les affaires allaient plutôt bien. Son établissement enregistrait un chiffre d’affaires de 40.000 euros par mois, soit 480.000 euros par an. Aujourd’hui, notre restaurateur subit la fermeture de son établissement. Il s’est bien lancé dans une activité de take-away, mais cela ne suffit pas. Le chiffre d’affaires de son établissement a chuté de 75% par rapport à la situation d’avant crise.

À combien a-t-il droit? En Wallonie, ce restaurateur aurait bénéficié de quatre primes wallonnes pour un total de 23.000 euros. Son voisin flamand qui a exactement le même profil semble un peu mieux loti. Il a touché 35.240 euros.

Direction la capitale où ce même restaurateur n’aurait reçu que 7.000 euros d'indemnité en 2020. Avec la nouvelle prime variable Tetra, il pourra compter sur une aide supplémentaire de 10.500 euros. Soit un total de 17.500 euros qui ne permet pas de combler le retard pris sur la Wallonie et la Flandre.

2 -Événementiel

Mettons de côté notre restaurateur et tournons-nous vers l’événementiel en pointant le cas d’un entrepreneur actif dans l’organisation de salons et de congrès, sans employé salarié. Avant la crise, il enregistrait un chiffre d’affaires de 5.000 euros par mois, soit 15.000 par trimestre. Aujourd’hui, ce chiffre d’affaires a chuté de 85%.

Basé en Wallonie, il a pu bénéficier de 24.125 euros d’aides. À l’inverse du secteur horeca, la Région wallonne a modifié la méthodologie pour le secteur de l’évènementiel en faisant varier le montant des aides en fonction du nombre d’ETP, mais aussi de la perte du chiffre d’affaires.

Côté flamand, l’entrepreneur a bénéficié d’une aide globale de 9.700 euros.

La méthode utilisée par le gouvernement flamand est fort similaire à celle mise en place pour calculer les aides pour l’horeca, à savoir des primes et des indemnités qui correspondent à 10% du chiffre d’affaires. Il faut cependant souligner que  le système a fixé une porte d’entrée à une perte de 60% du chiffre d’affaires.

À Bruxelles, un tel indépendant a pu toucher en tout début de crise la prime compensatoire de 2.000 euros pour les petites entreprises qui n’ont pas été obligées de fermer, mais qui sont fortement impactées par la crise. Il a ensuite eu droit à une prime majorée déterminée par la perte de chiffre d’affaires pour un montant de 9.000 euros. Soit 11.000 euros auxquels s’ajouteront 8.750 euros avec la prime Tetra disponible à partir de la mi-avril. Total : 19.8750 euros.

3 - Métier de contact

Le troisième cas passé sous la loupe concerne un coiffeur qui a deux employés. La société réalise un chiffre d’affaires de 20.000 euros par mois. Depuis la crise, les recettes ont diminué de 60%.

En Wallonie, il a bénéficié jusqu’ici d’une aide de 19.750 euros. Son collège flamand a lui reçu un total de 25.130 euros. Et à Bruxelles? On dénombre deux primes jusqu'à présent pour un montant total de 9.000 euros. Mais si ce coiffeur possède deux salons, il touchera cette somme deux fois. Car contrairement à la Wallonie, Bruxelles a délivré les primes par unité d’établissement et non par entreprise.

Choix budgétaires

L’illustration est évidemment sommaire. Passer en revue l’ensemble des situations serait impossible. Ces trois "cas" ont cependant le mérite de montrer les disparités entre les Régions et permettent de comprendre pourquoi certains acteurs montent au créneau en dénonçant ces écarts!

Faut-il pour autant conclure que les Régions où les primes sont les moins intéressantes ont limité leurs dépenses pour venir en aide à leurs entreprises?

Partons du cas de la Flandre. En 2020, le nord du pays a dépensé près de 1,9 milliard pour les primes de compensation et le mécanisme de protection flamand. Si l'on tient compte de la période allant de mars 2020 à mars 2021, le montant dépensé par la Flandre atteint même 2,1 milliards d'euros. Le gouvernement flamand consacre encore au moins 1 milliard d'euros aux participations en capital et prêts subordonnés et 1,5 milliard d'euros de capacité de garantie. Le tout représente environ 10% de son budget annuel, à savoir 45,7 milliards d'euros en 2020.

Au niveau wallon, son gouvernement PS-MR-Ecolo a dépensé 1,058 milliard l’année dernière. Outre le paiement des primes à ses entreprises, la somme a servi à financer des mesures d’accompagnement et d'aides octroyées par les fonds publics wallons comme la SRIW, la Sogepa ou la Sowalfin. Quant à 2021, le gouvernement d’Elio Di Rupo a déjà mobilisé une enveloppe de 359 millions pour les entreprises toujours impactées par les mesures de confinement. Au final, au regard de sa capacité budgétaire de 15,6 milliards en 2020, on peut conclure que la Wallonie a mobilisé jusqu'ici l'équivalent de 9% de son budget annuel afin de soutenir ses entreprises. Cette somme importante ne tient évidemment pas compte des aides indirectes données aux entreprises via les administrations comme le Forem, à travers les communes qui ont annulé certaines taxes, ou même en accélérant certains chantiers publics.

À Bruxelles, l’exécutif rappelle régulièrement que ce sont pas moins de 700 millions d’euros d’aides économiques qui ont été distribuées depuis un an. Sur un budget annuel avoisinant les 5,3 milliards, c’est énorme. Mais on retrouve dans cette enveloppe des montants d'aides à l'embauche ou de soutien aux administrations de première ligne. Si l’on compte uniquement les primes versées aux entreprises ou prêtées via Finance.Brussels, ce budget retombe à un peu moins de 600 millions d’euros. Ce qui veut tout de même dire que la Région bruxelloise a injecté environ l'équivalent de 11% de son budget annuel pour aider les entrepreneurs.

Soyons très prudents avant de tirer des conclusions. Parce que la nature des aides diffère fortement d'une région à l'autre, parce qu'on parle de montants engagés dans certains cas, déjà liquidés dans d'autres. Parce qu'on peut comparer l'exercice budgétaire ou l'année écoulée depuis le premier lockdown. Et puis la crise n'est malheureusement pas finie et les entités fédérées devront encore rouvrir les vannes. Mais il ressort toutefois de ce comparatif un premier constat: la Flandre qui jouit d'une assise budgétaire plus importante a pu mieux subvenir aux besoins de ses entreprises tandis que la Wallonie et surtout Bruxelles ont fourni un effort budgétaire similaire sans pour autant parvenir à satisfaire les bénéficiaires.

Le résumé

  • La Flandre serait-elle plus généreuse envers ses entreprises que la Wallonie ou Bruxelles dans l'octroi des aides destinées à compenser les pertes liées au confinement?
  • Dans 3 situations types (horeca, événementiel et métier de contact), c'est effectivement le cas, et de loin, en valeur absolue.
  • En revanche, en termes relatifs, si on examine la part du budget régional consacré aux aides aux entreprises et entrepreneurs, un rééquilibrage s'opère.

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