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Un effort budgétaire supplémentaire? "Cynique", selon Thomas Dermine (PS)

©BELGA

Le secrétaire d'Etat pour la Relance s'oppose à un retour à une certaine forme d'austérité, défendu par les libéraux flamands, et estime que c'est le bon moment pour accélérer les investissements.

Rififi au sein de la Vivaldi: suite, et pas fin. Alors que les sujets de friction s'accumulent au sein de la coalition fédérale (réforme des pensions, sortie du nucléaire, politique migratoire, etc.), une nouvelle polémique a éclaté ce jeudi matin à la suite de la publication d'une interview de la secrétaire d'Etat au Budget Eva De Bleeker (Open Vld) dans les colonnes de nos confrères du Soir.

3
milliards d'euros
La secrétaire d'Etat au Budget Eva De Bleeker propose de réaliser un effort budgétaire supplémentaire de trois milliards d'euros.

Se référant à l'accord de gouvernement, la libérale y déclare que le niveau fédéral devrait réaliser un effort budgétaire de trois milliards d'euros supplémentaires afin de ne pas creuser plus encore la dette publique, maintenant que la reprise économique se précise. "Je sais que certains disent que l’on peut emprunter encore et encore, sans problème, vu que les taux d’intérêt sont bas. Mais cet argent, il faudra le rembourser un jour. Et les taux d’intérêt ne resteront pas indéfiniment au plancher. Ce sont les générations futures qui devront rembourser", explique Eva De Bleeker.

Alors que Georges-Louis Bouchez, le président du MR, soutenait sa consœur libérale, le vice-Premier ministre Georges Gilkinet (Ecolo) a opposé une fin de non-recevoir à cette proposition. "Nous avons besoin de politiques nouvelles et d'investissement, au-delà des mesures d'économie structurelle déjà décidées et appliquées en 2021", a-t-il réagi.

Les propos de Mme De Bleker ont également fait bondir Thomas Dermine (PS). "Je suis d'abord surpris par la forme, alors que le conclave budgétaire s'apprête à commencer. Son rôle est d'orchestrer les débats, pas forcément de donner son avis", souligne le secrétaire d'Etat pour la Relance et les Investissements stratégiques, qui réagit au nom des socialistes francophones.

En tant que responsable de la relance et des investissements au sein de l'exécutif, comment réagissez-vous aux propos de votre collègue libérale?

J'y vois du cynisme à trois niveaux. D'abord, par rapport au rôle de l'État. Les dernières crises ont montré les limites du désengagement de la sphère publique. C'est l'État qui a pris le pas au cours des chocs systémiques comme la crise financière ou la pandémie. Recommencer en se demandant: "on va définancer quoi?" me semble un mauvais calcul.

"Davantage que de ne pas léguer une dette aux futures générations, le principal est de leur laisser une planète vivable!"

Ensuite, le retour de la croissance est un fait, mais il a surtout profité à ceux qui tirent leurs revenus du capital, que je ne blâme pas, avec des rendements boursiers de 20 à 25%. Les publics plus précarisés, comme les jeunes par exemple, sont sortis plus fragilisés de la pandémie, et il est encore trop tôt pour un resserrement budgétaire.

Enfin, et c'est sans doute le plus important, c'est assez cynique de justifier cela par rapport aux futures générations. Davantage que de ne pas leur léguer une dette, le principal est de leur laisser une planète vivable! Il nous faut une politique d'investissement ambitieuse pour le futur.

Vous remettez en question l'effort de 0,2% inscrit dans l'accord de gouvernement?

Non, je veux qu'on n'aille pas au-delà de celui-ci! La clause dérogatoire par rapport au Pacte de stabilité est toujours en vigueur pour le budget 2022. Je plaide donc pour qu'on n'oublie pas les catégories de la population qui sortent d'une période difficile et qu'on ne laisse personne sur le côté.

Serait-ce une faute de ne pas s'endetter maintenant?

Il faut une réflexion à ce sujet. Nous empruntons aujourd'hui à taux négatif. La charge de la dette a diminué de deux milliards d'euros par an. Les taux bas ne dureront pas éternellement? C'est exact, mais l'Agence de la Dette a rééchelonné la dette publique, dont l'échéance moyenne se situe désormais entre dix et douze ans. Nous sommes donc protégés à court-terme.

N'est-ce pas une nouvelle partie du jeu politique entre la gauche et la droite qui va encore une fois aboutir à un compromis centriste?

"Il ne faut pas croire que le budget n'a aucune importance pour les socialistes."

Je ne le pense pas. Il ne faut pas croire que le budget n'a aucune importance pour les socialistes. Nous avons des idées sur comment atteindre l'équilibre. Nous sommes d'ailleurs d'accord avec certaines propositions de Mme De Bleeker. La taxe sur l'e-commerce est une bonne idée, qui a du sens d'un point de vue environnemental et par rapport au commerce local.

On peut mieux faire sur les dépenses fiscales également. L'OCDE s'est prononcée en faveur d'une taxation minimum des multinationales. La Belgique a les moyens d'aller plus loin dès maintenant. Je le répète, la crise a été injuste en rendant les personnes fragiles encore plus fragiles. On ne va quand même pas faire souffrir plus encore les travailleurs modestes avec une nouvelle pression budgétaire.

Les phrases clés

  • "Les dernières crises ont montré les limites du désengagement de la sphère publique."
  • "Nous avons des idées sur comment atteindre l'équilibre. Nous sommes d'ailleurs d'accord avec certaines propositions de Mme De Bleeker."
  • A moyen et long terme, ce sont les investissements dans les économies d'énergie qui offrent les meilleures perspectives.

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