Un immeuble de 10.000 m2 loué pour 40 fonctionnaires (et un concierge)

©Kristof Vadino

Les Finances ont progressivement abandonné un immeuble qu’ils occupaient à Schaerbeek. Mais la Régie loue ce bâtiment 2 millions d’euros par an jusqu’en 2026…

On vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Refrain. Souvenez-vous, c’était la glorieuse époque du gouvernement Verhofstadt, au début des années 2000, et cette sacrée coalition arc-en-ciel avait imaginé et mis en œuvre un mécanisme des plus ingénieux – démoli par l’opposition démocrate-chrétienne de l’époque –, les fameux "sales and leaseback". Pour les novices, il s’agissait de vendre des bâtiments publics au privé pour ensuite les réoccuper en les louant.

Sur l’étagère des "sales and leaseback", ce bâtiment-là occupe une place de choix. Jugez-donc: un immeuble de 10.000 m2 planté au 48 rue des Palais sur la commune bruxelloise de Schaerbeek. Historiquement, ce sont une partie des équipes des contributions directes qui sont installées dans ce vaste immeuble dessiné en 1951 pour l’Etat belge par l’architecte Polak. Bref, une opération de "sale and leaseback" est pilotée en 2001 par la Régie des bâtiments pour le compte du département des Finances, et en 2002 l’immeuble atterrit dans l’escarcelle d’un fonds allemand (Deka Immobilien). Un contrat de location est alors signé pour une durée de location fixe de 25 ans entre la Régie et le nouveau propriétaire – soit jusqu’en 2026. A l’époque, le prix initial du mètre carré est de 105 euros mais, après travaux et indexation, il tourne aujourd’hui à 216 euros/m2. C’est costaud au vu de la surface: chaque année, l’Etat s’acquitte donc, bon an mal an, de 2,16 millions d’euros auprès du proprio allemand.

L’histoire aurait pu en rester là. Sauf qu’elle ne serait pas très cocasse (le mot est faible). Pressés de réorganiser leurs services, modernisation oblige, les Finances ont progressivement réduit leur présence dans ce bâtiment, a-t-on constaté à Schaerbeek. Ce qu’on confirme au département des Finances: "Les réorganisations successives ont fait en sorte que notre personnel a progressivement migré vers d’autres implantations des Finances", explique la porte-parole Florence Angelici. "Aujourd’hui, il ne reste que 40 fonctionnaires sur place et en décembre prochain, ils seront tous définitivement partis."

Voilà: vous avez bien lu. 10.000 m2 pour 40 fonctionnaires (et un concierge), cela se passe à Bruxelles.

Juillet 2016

Oui, mais depuis quand cette sous-occupation de ce grand immeuble schaerbeekois dure-t-elle, demanderez-vous? Depuis la mi-juillet 2016, en fait. C’est à cette date-là que les Finances ont évacué la plupart de leur personnel sur place. Depuis un an et demi, donc, ne reste que les 40 fonctionnaires en charge des archives. Pour rappel, la facture de location est de 2,1 millions d’euros par an.

Au Finances, on explique que la politique immobilière de l’Etat est du ressort de la Régie des bâtiments. Direction la Régie, donc.

Laurent Vrijdaghs en est le grand patron. Que dit-il? "La manière dont nous avons appris que les Finances vidaient les lieux, en 2016, a été un peu abrupte", explique Laurent Vrijdaghs. "Aujourd’hui, nous allons nous retrouver avec ce vaste ensemble immobilier vide. Alors, nous disposons de trois options afin que celui-ci demeure vide le moins de temps possible. Soit nous trouvons un département fédéral qui souhaite occuper les lieux à la place des Finances, soit nous trouvons un locataire privé qui occupe les lieux et reprend le loyer à son compte." Ces deux options apparaissent tout de même compliquées: on ne va pas relouer aussi facilement cet immeuble.

Enfin, troisième voie, "on négocie avec le propriétaire une rupture du contrat locatif. C’est jouable", confirme Laurent Vrijdaghs. Jouable, mais cher, étant donné les pénalités dont l’Etat (la Régie) devrait s’acquitter pour rupture anticipée du contrat.

Sans-abri

Dans l’intervalle, suggère le patron de la Régie des bâtiments, et en attendant de trouver repreneur ou de rompre le contrat de location avec le propriétaire allemand, l’immeuble pourrait être mis à disposition pour accueillir des sans-abri dans le cadre du plan hiver.

Un moindre mal.

©Kristof Vadino

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content