Un nouvel émissaire royal pour relancer la machine?

Le roi Philippe achève ses consultations ce mercredi. Le moment d'envoyer un nouvel émissaire dans l'arène?

Le processus de formation d'un exécutif fédéral est dans l'impasse. Le Roi pourrait désigner ce mercredi un nouveau chargé de mission pour tenter de le relancer. Quelles sont les personnalités qui pourraient endosser cette tâche? Quelles pistes restent à explorer?

Le Roi achève ce jour son tour de consultation des dix présidents de parti impliqués dans les discussions en vue de former un gouvernement fédéral. Dès 9h00, il a entamé ses entretiens avec Paul Magnette (PS), avant de recevoir François De Smet (DéFi), Joachim Coens (CD&V) et Gwendolyn Rutten (Open Vld). Une fois ce tour d'horizon des forces politiques achevé, le souverain pourrait décider d'envoyer une nouvelle personnalité dans l'arène.

Qui pour succéder à Koen Geens?

  • Bart De Wever
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Huit mois après les élections, le président de la N-VA ne s'est toujours pas vu confier de mission royale. Si certains estiment qu'il doit mettre les mains dans le cambouis, son appel à la formation d'un "front flamand" grève probablement ses chances d'être désigné. Beaucoup d'observateurs doutent en effet que le bourgmestre d'Anvers, jamais avare de petites phrases assassines, puisse réunir un consensus du côté francophone. Vu les désaccords profonds entre les nationalistes flamands et les socialistes francophones, l'exploration d'une piste les associant (coalitions "Diables rouges" ou "Bourguignonne" par exemple) semble vaine pour l'instant.

  • Alexander De Croo

Vice-premier ministre Open Vld et négociateur pour son parti, De Croo s'est montré très discret ces dernières semaines. Au nord du pays, la presse a évoqué la possibilité d'un tandem qui l'associerait au jeune président du sp.a Conner Rousseau. Les deux hommes ne sont pas encore montés au front et leurs deux partis sont pivots dans plusieurs majorités en dépit de leur faiblesse (à peine 21 sièges ensemble).

  • Patrick Dewael

Autre libéral flamand, le président de la Chambre est un homme d'expérience respecté au-delà des clivages politiques. Sa désignation, seul ou éventuellement en duo avec un francophone, constitue une option. 

Un nouveau chargé de mission, pour quoi faire? 

Des pistes de coalition n'ont pas encore été examinées... Plusieurs présidents de parti l'ont en tout cas martelé ces derniers jours devant les grilles du Palais Royal.

La coalition Vivaldi apparaît toujours comme une solution praticable. Excluant la N-VA, un tel attelage rassemblerait les socialistes, les libéraux, les écologistes et le CD&V, éventuellement avec le cdH. Les relations entre les chrétiens-démocrates flamands et les socialistes francophones sont toutefois à couteaux tirés depuis la fin précipitée de la mission de Koen Geens vendredi dernier. Le vice-premier ministre CD&V avait jeté l'éponge, déplorant un "coup de sabot" donné par le président socialiste Paul Magnette. 

Vivaldi, késako?

Y a-t-il de la musique dans une coalition Vivaldi? Le nom est devenu un euphémisme à la rue de la Loi pour une coalition anti N-VA, tout comme une coalition "suédoise" est un gouvernement contre les socialistes francophones.

Avec une bonne volonté, «Vivaldi» fait référence aux quatre saisons, avec le rouge pour l'été, le bleu pour l'hiver, le vert pour le printemps et l'orange pour l'automne.

La coalition Vivaldi devrait devenir la suite de l'arc-en-ciel, ce que le président du PS Magnette, en tant qu'informateur, avait presque réalisé à la fin de l'année dernière.

Si l'Open Vld n'exclut pas une coalition sans majorité dans le groupe linguistique flamand, le CD&V répète à l'envi que la Vivaldi n'est pas une possibilité. Plus la crise se prolonge, plus les lignes sont toutefois susceptibles de bouger. La coalition 77, qui associerait les socialistes, les libéraux, les écologistes et DéFI, est une autre option qui permettrait d'atteindre une majorité sans la N-VA. 

Outre ces formules, des gouvernements sans le PS sont aussi arithmétiquement possibles, bien qu'ils semblent exclus dans la pratique. Encore une fois, la persistance du blocage pourrait faire évoluer les positions des uns et des autres.

Face à l'impossibilité de trouver la bonne coalition, une autre solution consisterait en une forme de gouvernement d'urgence, au programme resserré, voire limité dans le temps ou une forme de gouvernement fonctionnant selon des majorités de circonstance.

Nouvelles élections

La piste d'un retour aux urnes devrait, quant à elle, gagner en crédibilité avec la prolongation du blocage. Même si personne, à l'exception du Vlaams Belang, ne réclame ouvertement des élections, cette perspective est loin d'être exclue. Le scrutin aurait alors un enjeu particulier: l'avenir du pays.

De plus en plus de leaders en conviennent, la Belgique fédérale ne fonctionne plus et, ces derniers jours, le thème communautaire et institutionnel a fait un brusque retour à l'avant-scène. Mis à part du côté de la N-VA, l'appétit pour un nouveau round communautaire dans l'immédiat semble limité. 

"Il ne faut pas une réforme de l'État bâclée comme la dernière que l'on a connue. Il faut se mettre d'accord sur des grands objectifs qui donnent sens à l'État belge", estimait encore mercredi matin l'ancien président de DéFI, Olivier Maingain, sur Bel RTL. La veille, le président du MR, Georges-Louis Bouchez s'est exprimé en faveur d'une réforme de l'État, mais seulement à long terme. Son homologue du sp.a, Conner Rousseau, a lui refusé de s'embarquer dans un "carrousel communautaire".

Ce ne sont pourtant pas les idées qui manquent...

Quelles sont les coalitions qui restent possibles ou ne serait-ce qu'envisageables à l'échelon fédéral? La réponse à cette question donne la teneur de la difficulté de la tâche des informateurs qui se sont succédé. On peut répondre qu'une foultitude de coalitions sont numériquement composables. Mais qu'aucune n'a assez d'avantages pour s'imposer facilement.

Voici les panachés les plus souvent cités pour un parlement qui compte 150 sièges (avec 89 parlementaires pour la Flandre et 61 pour le rôle francophone):

· la bourguignonne: PS - N-VA - MR - Open Vld; 78 sièges. Reste à trouver un terrain d'entente entre les socialistes francophones et les nationalistes flamands. Si ceci se décoinçait, tout ce décoincerait. 

· l'arc-en-ciel: PS - sp.a - MR - Open Vld - Ecolo - Groen; 75 sièges. Depuis l'exclusion d'Emir Kir du PS, ce modèle-ci a perdu sa majorité et aurait besoin d'un appui pour s'imposer.

· la Vivaldi: PS - sp.a - MR - Open Vld - Ecolo - Groen - CD&V; 88 sièges. Le souci? Le CD&V qui ne semble pas vouloir lâcher la N-VA.

· la coalition miroir: PS - N-VA - MR - Open Vld - Ecolo - CD&V; 95 sièges. Large majorité générale et majorité dans chaque camp linguistique. Mais il faut toujours forcer l'amour entre PS et N-VA et composer avec le fait que ni le CD&V ni le PS, ni Ecolo n'aura avec lui son copain de l'autre côté de la frontière. Quel genre de programme peut-on composer ainsi? Sans compter qu'Ecolo et Groen forment un seul groupe parlementaire à la Chambre.

· les Diables rouges: PS - s.pa - N-VA - MR - CD&V; 79 sièges. Toujours ce foutu mariage entre la N-VA et le PS. Et le MR devrait lâcher l'Open Vld.

· la coalition 77: PS - sp.a - MR - Open Vld - Ecolo - Groen - DéFI; 77 sièges. On entre ici dans le souci des partis flamands (30 sièges) qui ne seraient pas majoritaires dans leur groupe linguistique. 

· la coalition 80:  PS - sp.a - MR - Open Vld - Ecolo - Groen - cdH; 80 sièges. Les partis flamands seraient particulièrement déforcés dans un tel attelage: 30 membres contre 50 pour les francophones. Et minoritaires au sein de leur groupe linguistique. 

Il existe d'autres possibilités bien sûr, mais qui se heurtent à des problèmes semblant encore plus insurmontables que ceux-ci...

 

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