Un Premier Ministre francophone, 31 ans après?

Elio Di Rupo, Premier ministre? Possible...

Si les sondages se confirment, l’arithmétique électorale devrait a priori conduire un socialiste francophone au "16, rue de la Loi".

La probabilité d’un Premier ministre francophone, en l’occurrence socialiste, se fait de plus en plus pressante à mesure que l’on approche du 13 juin. Pour une raison strictement mathématique. Si l’on en croit les sondages, le PS devrait, en effet, être le parti le mieux représenté à la Chambre, avec de 23 à 25 députés. Il serait au coude à coude avec la N-VA mais celle-ci a anticipativement décliné le poste (un indépendantiste flamand à la tête du gouvernement belge, cela n’aurait effectivement pas de sens).

La désignation du Premier ministre ne repose sur aucun prescrit légal. Une coutume non écrite veut que le poste revienne au premier parti ou à la première famille politique du pays. Cette tradition a longtemps favorisé le CVP, qui dominait largement le paysage flamand.

L’émiettement politique en Flandre (6 partis représentés à la Chambre) modifie les données. D’ailleurs, en 2007 déjà, le poste aurait pu basculer du côté francophone: il n’eût, en effet, pas été inconvenant de confier le leadership à la famille libérale (1 siège de plus que les sociaux-chrétiens). Et comme le MR devançait le VLD de cinq sièges, le "16" pouvait légitimement échoir à Didier Reynders.

Prix à payer

Cette fois, la domination du PS et de la famille socialiste risque bien de couper court à toute tentative alternative. On retrouverait donc un Premier ministre francophone, 31 ans après le départ de Paul Vanden Boeynants (PSC) qui, d’octobre 78 à avril 79, avait dirigé une coalition avec les socialistes, le FDF et la Volksunie, l’ancêtre de la N-VA. Le dernier Premier socialiste (qui est aussi le dernier wallon), c’est Edmond Leburton. Il dirigea une tripartite classique en 73-74.

Que la perspective de l’intronisation d’un Premier ministre francophone soit un événement dans la politique belge démontre le caractère biaisé de notre fédéralisme: est-il à ce point inconcevable qu’une personne issue d’un groupe ne représentant "que" 40% de la population nationale occupe la plus haute fonction politique?

Pire: à entendre certains commentateurs du nord du pays, il y aurait "un prix à payer" pour que la logique arithmétique de la désignation du locataire du "16, rue de la Loi" puisse aussi récompenser un Francophone. Cette thèse, qui sous-entend d’importantes concessions institutionnelles, confond le prix et l’utilisation de la fonction. Si le gouvernement avance, le prestige du Premier ministre grandit. Il a donc un intérêt politique à forcer des accords, avec leur inévitable part de concessions. Yves Leterme n’a jamais vraiment intégré cet aspect des choses.

Demotte et Magnette

Admettons donc que la fonction revienne au PS. Que choisirait alors Elio Di Rupo? Il a certainement la stature, l’autorité naturelle et le sens du compromis politique, nécessaires à un Premier ministre. Mais, en dépit d’efforts répétés, sa maîtrise du néerlandais demeure sans doute trop lacunaire pour être le représentant de tous les Belges.

Accessoirement, son amour du pouvoir ne sera pas forcément mieux satisfait qu’avec la présidence du PS. Sans compter son attachement viscéral à Mons…

Di Rupo pourrait alors céder le poste au CD & V, en échange, par exemple, d’une mainmise socialiste sur les Finances. Une "Première ministre" peut susciter l’état de grâce, dont la coalition aura besoin. Cela implique cependant que Marianne Thyssen réalise un score personnel correct ce dimanche.

Di Rupo peut aussi confier le poste à l’un de ses camarades. Deux personnalités se dégagent: Rudy Demotte et Paul Magnette sont tous deux de bons bilingues, à la fois populaires en Wallonie et jouissant d’une bonne image en Flandre (ce qui n’est pas trop le cas du président du PS).

Demotte a pour lui l’expérience de gestion d’un exécutif mais, revers de la médaille, il ne serait pas forcément judicieux de changer le capitaine, au moment où le navire wallon semble enfin retrouver le cap du redressement.

Magnette n’a pas la même expérience. Mais, il n’est pas plus démuni sur ce plan que Thyssen, De Croo ou De Wever… Ce serait en tout cas un sacré changement de style. Les avis sont toutefois partagés, y compris au PS, quant aux qualités de négociateur que Magnette a montrées lors de la conclusion de l’accord avec GDF-Suez. Or, l’art de la négociation est crucial pour un Premier ministre. Et Di Rupo y excelle.

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