Une majorité alternative se dessine à la Chambre

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La N-VA cale sur le pacte migratoire? Qu’importe: MR, CD&V et Open Vld ont reçu l’appui du cdH, des écologistes et du sp.a pour expédier Charles Michel à Marrakech. Avec un mandat du Parlement, à défaut de celui de son gouvernement.

On avait laissé les parlementaires un peu en suspens, ce mardi à la Chambre. À la demande de Patrick Dewael, les membres de la commission Relations extérieures avaient accepté de reporter d’un jour leurs travaux, à savoir le débat et la mise au vote de deux propositions de résolution. Déposées toutes deux par l’opposition et demandant à la Belgique de soutenir ce fameux pacte de l’ONU en faveur d’une migration "sûre, ordonnée et régulière". Motif invoqué: laisser une chance à Charles Michel et ses vice-Premiers de sortir de l’ornière dans laquelle ils se sont précipités.

Sauf qu’en lançant sa campagne agressive et injurieuse, la N-VA a ouvert une séquence inédite. Finies, les négociations. Mardi soir, Charles Michel annonce qu’il compte se rendre à Marrakech et demande au Parlement de se prononcer sur ce pacte. Requête tout sauf innocente, le Premier sachant pertinemment bien que les députés seront une majorité à l’expédier à Marrakech les 10 et 11 décembre, afin que la Belgique affiche son soutien au texte de l’ONU.

Rendez-vous avait été fixé à 10 h, ce mercredi matin, à la Chambre. Où l’ambiance est particulière. Comment allait réagir la N-VA à ce contournement? Allait-elle flanquer le gouvernement Michel par terre? D’entrée de jeu, le président de la commission, le socialiste Dirk Van der Maelen, prévient: il a reçu un petit coup de fil des ténors de la majorité. Lui demandant de retarder un brin le début des hostilités, histoire que le trio MR, CD&V et Open Vld puisse accorder ses violons sur un amendement venant retoucher les textes de l’opposition. Demande acceptée: les travaux débuteront à 10 h 45.

Solution boiteuse

Raté. Puisqu’à l’heure dite, le chef de file du MR, David Clarinval, demande un rabiot. Le temps de s’accorder, de constater qu’il faut bien que se tienne, vers midi, la conférence des présidents – devant acter que le sujet du jour se trouverait bien au menu de la séance plénière du lendemain –, et le tout est reporté à 13 h 30. Mais là, prévient le président, "il ne sera plus question de petits jeux politiques".

Allez, cette fois, cela y est. Dans une salle pleine à craquer, la commission débute enfin réellement. Mission accomplie pour David Clarinval, Servais Verherstraeten, Patrick Dewael et leurs troupes respectives. MR, CD&V et Open Vld ont mitonné un amendement commun, destiné à modifier la proposition de résolution déposée par le cdH Georges Dallemagne. Qu’ajoutent les partis de la majorité? Une demande de concertation avec d’autres États européens en vue de produire une déclaration explicative commune, qui viendra argumenter et nuancer l’adhésion de ses auteurs lors du vote, aux Nations unies, de la résolution portant ce pacte.

Emballé, c’est pesé? Pas si vite! Parce que cela coince, du côté de la Constitution. L’opposition s’interroge: même si cette résolution amendée est votée par une majorité alternative, de quel mandat disposera Charles Michel pour se rendre à Marrakech? "C’est très simple, ramasse David Clarinval. Il ira y présenter la position du Parlement belge."

Pour le trio issu des rangs de la majorité, l’affaire est dans le sac. Sauf qu’elle est plus complexe que cela, et que la solution envisagée est boiteuse: il y a confusion des genres, et des pouvoirs. Le Premier peut certes représenter son gouvernement, l’exécutif, mais pas son Parlement, le législatif. "Il faudrait alors envoyer le président de la Chambre, Siegfried Bracke", estime Hendrik Vuye, député échappé des rangs de la N-VA et néanmoins professeur de droit. Inenvisageable, vous pensez bien.

Là, le président se met à s’impatienter. "Allons, discutons de cela demain en plénière", tente-t-il. Suivi par Georges Dallemagne, qui aimerait voir sa résolution étudiée, et "effectuer son travail de parlementaire". "Je ne suis pas membre du gouvernement, moi." Et c’est reparti pour un tour de débats enflammés, qui sont le quotidien de la Chambre, crise gouvernementale ou pas.

Vient alors le tour de Peter De Roover. Qui confirme ce que tout le monde pressentait: ce n’est pas ce mercredi que les lignes bougeront; la N-VA ne fléchira pas. Elle le dit avec une froide ironie. Ce pacte n’a plus rien de mondial, vu le nombre de pays ayant déserté. "Vous pouvez rayer le mot ‘mondial’. Il est trompeur et contraire à la loi de protection des consommateurs." Le chef de groupe nationaliste aura un petit mot "aimable" pour chacun. En ce compris le Vlaams Belang, avec qui la N-VA se retrouve à la pointe du combat contre ce texte qui met la Belgique politique sens dessus dessous. "Sur le sujet, vous vous êtes réveillés bien trop tard."

"La N-VA ne cède pas"

Non, les nationalistes ne soutiendront guère le pacte. Le tout sans s’avouer vaincus, puisqu’ils indiquent, logiquement, que ladite résolution n’engagera aucunement la Belgique et son gouvernement. Cela, seul le conseil des ministres peut le faire. Or le dossier y est resté calé. "Laissez-moi le répéter clairement, martèle Peter De Roover. Avec la N-VA au gouvernement, la Belgique ne soutiendra pas ce pacte. Ni à Marrakech, ni à New York. C’est une question de souveraineté. Nous traçons une ligne très claire: la N-VA ne cède pas."

Les débats reprennent de plus belle, jusqu’à ce qu’intervienne – enfin! – le vote. Ouvrant la voie à une majorité alternative, une première sous Michel. Le texte cdH amendé par les libéraux et les chrétiens démocrates flamands est soutenu, sans surprise, par le MR, le CD&V, l’Open Vld et le cdH. Qui sont rejoints par Ecolo-Groen et le sp.a. Le PS, qui aurait aimé un soutien sans le passage par une déclaration explicative, boude, et opte pour l’abstention. Tandis que la N-VA, elle l’avait annoncé, s’oppose. Score final: dix votes pour, quatre contre, et trois absentions. À noter que DéFI, Hendrik Vuye, PP, PTB et Vlaams Belang n’ont pas droit au chapitre en commission. Contrairement à la plénière de ce jour, qui s’annonce mouvementée. Soulignons encore la jolie performance des amendements portés par DéFI et le PS, qui auront eu le mérite de réconcilier et de liguer contre eux, le temps d’un petit vote, MR et N-VA.

ça y est; le rideau tombe sur cette commission. Avant de quitter la salle, Peter De Roover ressert son mantra: tout ceci n’implique en rien le gouvernement, dont la N-VA fait toujours partie. Quant à Kristof Calvo (Groen), il affiche un sourire en coin en franchissant la porte à tambour qui le propulse à l’air libre. "Si on avait su, il y a une dizaine de jours, en déposant nos propositions de résolution, que cela se terminerait de la sorte!"

Ainsi va la politique belge. Parfois chaotique et imprévisible.

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