Méthode, timing, partenaires: le programme de Magnette

Paul Magnette a fait le point sur la mission d'informateur que lui a confiée le Palais royal. Il compte "changer de méthode", rencontrer 10 partis pour dégager "4 ou 5 priorités pour l'avenir du pays".
  • Une méthode, un timing, dix partenaires

    Paul Magnette a expliqué qu'il comptait travailler différemment de ses prédécesseurs (les informateurs Didier Reynders et Johan Vande Lanotte d'abord, les préformateurs Geert Bourgeois et Rudy Demotte ensuite). Il a aussi donné son timing.

    • Sa méthode

    Plutôt que de directement tenter de trouver des points de convergence entre les partis, le président du PS va d'abord essayer de définir les défis auxquels la Belgique est confrontée. À partir des éléments qui font consensus, il va élargir le débat à l'ensemble des compétences. Ensuite, il va consulter divers experts pour confronter ses schémas à la réalité des chiffres.

    • Son timing

    Paul Magnette divisera son travail en trois phases. Il rédigera un premier rapport dimanche, qu'il présentera lundi. À partir de cette ébauche, il relancera ses discussions avec les responsables des 10 partis qu'il inclut dans sa méthode de travail. Il fera un rapport au Roi Philippe le 18 novembre.

     • Ses partenaires

    Paul Magnette englobe dans ses négociations 10 partis, dont le cdH qui, rappelons-le, avait dès le début signalé qu'il ne souhaitait pas monter dans un gouvernement fédéral. Mais ces derniers jours, le président Maxime Prévot avait fait montre d'un esprit de collaboration à l'égard du président du PS. Les dix partis consultés sont: la N-VA, le MR, l'Open Vld, le PS, le s.pa, Groen et Ecolo, le CD&V, le cdH et Défi. 

  • La Belgique présenterait le plus grand déficit budgétaire de la zone euro (Commission)

    Pendant que Paul Magnette tenait sa conférence de presse, la Commission européenne faisait le point sur les finances des États de la zone euro. Et le bilan dressé pour la Belgique par le commissaire aux Affaires économiques et financières Pierre Moscovici n'est pas brillant, loin de là. La situation budgétaire se détériore encore. Le déficit devrait atteindre 2,3% du PIB en 2020. Seule l'Italie fait aussi mal.

  • Quelles sont ses chances de réussite?

    Paul Magnette estime ses chances de réussite... "à 2 ou 3 sur 10":

    "Celui qui n'essaie pas ne se trompe qu'une fois" (Lao Tseu). Voici comment Magnette voit sa mission. Il se dit d'un naturel "optimiste" tout en sachant que son travail est difficile...

     

    ©BELGA

  • Trois phases de travail

    Paul Magnette va travailler en trois phases. Les voici:

    La première phase: elle sera faite de discussions bilatérales qui aboutiront à un rapport, dès dimanche prochain.

    La deuxième phase: Paul Magnette reprendra des discussions bilatérales, voire multilatérales. 

    La dernière phase: premier rapport au Roi.

  • "La méthode employée jusqu'ici ne fonctionne pas"

    Quelle méthode de travail Paul Magnette va-t-il adopter? Il va:

    • tenter de définir les points-clefs, les défis majeurs auxquels notre pays fait face;

    • tenter de voir comment, à partir de 4 ou 5 points centraux, partagés par tous, on peut élargir la discussion à l'ensemble des compétences fédérales. Pour cela, il veut "s'axer sur l'essentiel, faire un diagnostic de ce qui est nécessaire pour le pays et créer des points de convergence." En tenant à l'oeil la situation budgétaire difficile;

    Objectiver au maximum les choses, en recourant à la BNB, bureau du plan, etc. 

  • Qui va-t-il rencontrer?

    Il va rencontrer les informateurs précédents cet après-midi et aura des contacts d'ici samedi soir avec les représentants de 10 partis: la N-VA, le MR,  l'Open Vld, PS, s.pa, Groen et Ecolo, le CD&V, le cdH et Défi. 

  • Paul Magnette rappelle que les enjeux sont importants: "L'écart entre les partis politiques est profond. J'ai décidé de prendre mes responsabilités, j'attends que chacun en fasse de même."

  • Pourquoi une conférence de presse?

    "Il me semble utile d'expliquer la méthode que je vais suivre pendant ces quelques jours", explique Paul Magnette. Il constate que la discrétion observée précédemment par les informateurs/préformateurs "peut créer du 'trouble'."

  • La conférence de presse de Paul Magnette commence

  • Quand Paul Magnette parlait d'une "7e réforme de l'État, et une 8e, une 9e, une 10e, une 11e, une 12e"

    On le sait, le PS freine des quatre fers à l'idée d'une nouvelle réforme de l'État. Et Paul Magnette, président du PS, vient d'être chargé d'une mission d'informateur impliquant logiquement de discuter avec la N-VA qui est demandeuse de ce genre d'évolution pour notre paysage (con)fédéral.

    Le hasard d'une recherche dans notre base de données nous a renvoyé cet article qui, à la lumière de ce que nous venons de rappeler, prend un ton plutôt cocasse. En juillet 2015, Paul Magnette (alors ministre-président wallon) semblait se sentir vraiment très à l'aise avec l'idée de nouvelles réformes de l'État. Il disait ainsi: "Il y aura un jour une 7e réforme de l'État, et une 8e, une 9e, une 10e, une 11e, une 12e probablement."

    Précisons qu'il s'exprimait en commission du parlement wallon, en réponse à une question de Jean-Luc Crucke (MR), à propos du plaidoyer du constitutionnaliste Hugues Dumont (UCLouvain) préconisant une 7e réforme de l'État. La 6e réforme de l'État venait alors à peine d'être bouclée.

    Evidemment, le contexte est différent aujourd'hui. Les velléités de la N-VA portent notamment sur la Sécurité sociale. Et d'une scission de la Sécu, les socialistes francophones ne veulent pas en entendre parler.

  • La clef: un gouvernement avec le CD&V et l'Open Vld?

    Deux possibilités de gouvernement existent globalement: avec la N-VA ou sans la N-VA, et donc avec l'Open Vld et/ou le CD&V. La donne est compliquée pour ces deux partis flamands. Le CD&V a sans doute plus d'affinités avec un programme de gauche, mais l'Open Vld pourrait s'appuyer sur le MR. 

    Un gouvernement avec un seul de ces deux partis flamands serait très faible.
    Jean Faniel
    Directeur du Crisp

    Jean Faniel, le directeur du Crisp, nous a réexpliqué les enjeux"Le CD&V et l'Open Vld sont interchangeables puisqu'ils ont chacun douze sièges." "Ces deux partis gouvernent en Flandre aux côtés de la N-VA, ce n'est pas facile pour eux de se démarquer de leur allié, d'autant qu'on ne connaît rien de leurs négociations pour le niveau régional: y a-t-il un pacte entre les partis flamands ou sont-ils libres de s'engager au Fédéral?"

    L'ambiance au sein de ces partis n'est pas à négliger. Ainsi, le CD&V est en plein choix d'un nouveau président, qui succédera à Wouter Beke. L'Open Vld est en proie à des dissensions internes.

    Le fait de pouvoir embarquer dans un gouvernement soit l'Open VLD, soit le CD&V, soit les deux permet de mettre ces deux partis en concurrence. Comment peuvent-ils en tirer profit? "Ces deux-là sont-ils assez proches pour s'entendre sur une position - monter à deux au fédéral ou renoncer tous les deux, sachant qu'ils vont devoir se partager des postes de ministre s'ils y vont à deux?"

    Alors, Paul Magnette a-t-il une chance d'ébaucher un programme avec ces partis? "Ça vaut la peine de creuser cette formule, mais avec les veto et exclusives, ça diminue les chances de réussite. Le terrain est extrêmement miné pour Paul Magnette. Un gouvernement avec un seul de ces deux partis flamands serait très faible. Et bien sûr, la N-VA tirera dessus en rappelant qu'il n'est pas assez flamand; l'argument n'est guère recevable puisque les francophones ont été dans le cas, mais ça, ce sera vite oublié...", résume le responsable du Crisp.

  • L'Open Vld est divisé... Bourguignonne ou arc-en-ciel?

    Le bourgmestre de Gand Mathias De Clercq est le premier membre de l'Open Vld à plaider ouvertement pour une coalition "arc-en-ciel" au fédéral. "Se taire n'est plus une option", estime-t-il dans une carte blanche publiée dans De Standaard. "Au lieu de qualifier une coalition 'arc-en-ciel' d'impossible, de pas souhaitable ou de dernière option, les socialistes, les libéraux et les verts devraient saisir cette opportunité pour opérer un changement d'avis complet. Un arc-en-ciel: non pas par nécessité, mais par conviction", estime le bourgmestre gantois. 

    De Clercq, qui mène à Gand un collège formé de l'Open Vld, de Groen, du sp.a et du CD&V, ne favorise pas la piste bourguignonne (N-VA, PS, sp.a, Open Vld, MR), qu'il décrit comme une coalition de "l'impuissance, de la méfiance et des chamailleries"

    Aïe! Voilà qui va faire mal au parti libéral flamand, qu'on sait déjà pas mal divisé. Vincent Van Quickenborne veut un coup de barre à droite. Le vice-premier ministre Alexander De Croo et le chef de groupe à la Chambre Egbert Lachaert ont, eux, déjà exclu la possibilité d'une coalition "arc-en-ciel". Qu'en pense la présidente, Gwendolyn Rutten?

  • "Les convergences imaginées par les informateurs n'ont pas été confirmées par les partis" (Rudy Demotte)

    Rudy Demotte, président du parlement de la Fédération Wallonie Bruxelles, est revenu (sur Bel RTL) sur sa mission de préformateur, qu'il a exercée en tandem avec Geert Bourgeois pendant un peu moins d'un mois. Le socialiste francophone rejette la responsabilité de l'échec sur les nationalistes flamands, demandeurs de grandes réformes. "La situation est compliquée par la N-VA et nous fait glisser sur le terrain du délitement du pays", a-t-il accusé, pointant les intentions de la N-VA de scinder la Sécurité sociale.

    Selon lui, les convergences qui avaient été retenues par les informateurs Didier Reynders et Johan Vande Lanotte n'ont pu être validées lors des réunions bilatérales avec les différents responsables des partis impliqués dans le processus. 

    Charles Michel met de l'huile sur le feu.
    Rudy Demotte
    Ex-préformateur

    Rudy Demotte regrette que Charles Michel mette en doute la qualité du travail des deux préformateurs. Il accuse l'ex-Premier ministre de mettre de "l'huile sur le feu plutôt que de l'huile dans les rouages". "Moi, je veux que le pays se remette le plus vite possible sur les rails", précise-t-il, pointant le rôle à jouer par l'Open VLD et le CD&V qui "ont un choix à faire". "À eux de voir s'ils veulent maintenir ce pays en équilibre."

    Paul Magnette ne peut pas porter seul la croix!
    Rudy Demotte
    Ex-préformateur


    Concernant la mission de Paul Magnette, Rudy Demotte fait montre d'un certain espoir: "On ne peut pas aujourd'hui baisser les bras, personne ne peut dire que c'est impossible même si compliqué."

  • La conférence de presse en direct

    Bonjour à toutes et à tous!

    Paul Magnette, chargé mardi d'une mission d'informateur par le Palais, fera rapport au Roi le 18 novembre. Déjà. Le président du PS a moins de quinze jours pour discuter avec les différents partis qui peuvent être impliqués dans la formation d'un gouvernement.

    Comment va-t-il s'y prendre? Il donne une conférence de presse à la Chambre ce jeudi à 11h, et répondra ensuite aux questions des journalistes. Vous pourrez suivre cette séance en direct avec nous sur ce live.

Plus sur Les Marchés

Echo Connect