Une prime corona nimbée d'incertitudes

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Une prime corona, limitée à 500 euros net, pourra être accordée en complément de la marge salariale de 0,4% dans les entreprises qui ont connu de bons résultats durant la crise.

C’est avec un accord salarial sous le bras que le Premier ministre Alexander De Croo s’est présenté ce jeudi en plénière de la Chambre. Une petite semaine après avoir acté l’échec des négociations entre patrons et syndicats, la Vivaldi est parvenue à un compromis. Celui-ci comporte toutefois encore quelques zones d'ombre. On fait le point!

En préambule, le document approuvé par le kern confirme que la norme salariale sera bien fixée à 0,4% pour 2021 et 2022. Celle-ci s'appliquera en sus de l'indexation évaluée pour cette même période à 2,85%. Jusque-là, pas beaucoup de surprises, la Vivaldi ne fait qu'exécuter la loi de 1996.

500
Euros
La prime corona ne pourra pas dépasser 500 euros net par travailleur.

Là où elle s'en écarte quelque peu, c'est en offrant la possibilité aux entreprises qui "ont connu de bons résultats durant la crise" d’accorder une augmentation ponctuelle, au-delà des 0,4%, à leurs travailleurs d'ici la fin décembre. Cette prime "corona", qui prendra la forme d'un chèque consommation, ne pourra cependant pas dépasser 500 euros nets et sera soumise à une cotisation patronale réduite de 16,5%.

Périmètre d'application

Quant à savoir où ces primes pourront être octroyées, cela reste nébuleux. Dans l'accord conclu, l’exécutif n’a fixé aucun critère précis pour identifier les entreprises ayant "connu de bons résultats", au grand regret de la FEB. Sa crainte? Que des employeurs qui ont traversé une mauvaise année accordent quand même une prime sous la menace de grèves. "Cela entraînera des pertes d'emploi", prévient la fédération patronale.

"Nous sommes loin d'avoir une ouverture pour octroyer une prime par secteurs plutôt que par entreprises."
Thierry Bodson
Président de la FGTB

Côté syndical, on s'inquiète surtout de savoir à quel niveau les augmentations exceptionnelles pourront être négociées. "Sur la base du texte avancé, nous sommes loin d'avoir une ouverture pour octroyer une prime par secteur plutôt que par entreprise", déplore le président de la FGTB, Thierry Bodson. "Et si on n'adopte pas une approche sectorielle, tout le personnel de gardiennage, les femmes d'ouvrage... n'auront rien."

Nous avons tenté d'obtenir un peu plus de clarté auprès du gouvernement... sans grand succès. Ces primes seront négociées et accordées dans les entreprises, assurent les libéraux. Dans les entreprises ou les secteurs, rétorquent les socialistes. Bref, tout le monde n'est pas tout à fait sur la même longueur d'onde.

Salaire minimum et fins de carrière

Au-delà de la question salariale, l'accord bouclé comporte deux autres volets. Ceux-ci permettent au gouvernement de confirmer l'avis rendu par les partenaires sociaux sur l'affectation de l'enveloppe bien-être, mais aussi de répertorier une série de sujets dont il propose au Groupe des Dix (G10) de se saisir.

Le plus emblématique n'est autre que la revalorisation du salaire minimum. Notant que ce dernier n'a "pas suivi l'évolution des autres salaires", la Vivaldi invite patrons et syndicats à travailler sur "une trajectoire de convergence étalée sur plusieurs accords interprofessionnels et démarrant après la crise".

Des propos beaucoup trop vagues aux yeux des organisations syndicales. "Comment décidera-t-on quand la crise est terminée? Cela ne nous convient pas, nous attendions des balises claires de la part du gouvernement, notamment une perspective de revalorisation dès 2022", fulmine Thierry Bodson. Et qu'en est-il des autres points sur la table? Là non plus, le syndicat socialiste n'est pas satisfait. Sur les fins de carrière, "on n'est pas loin de la déclaration de guerre", lâche Bodson. À la CSC, on se montre plus sobre, mais on prévient: "Nous attendons des clarifications".

Vous l'aurez compris, tout le monde n'est pas sous le charme de l'accord. Alexander De Croo et le ministre du Travail, Pierre-Yves Dermagne (PS), auront probablement fort à faire pour convaincre le banc syndical de la pertinence de ce compromis.

Le résumé

  • Le gouvernement  s'est accordé sur le principe d'une prime "corona" qui pourra être versée en plus de la marge salariale de 0,4% dans les entreprises ayant "connu de bons résultats".
  • La prime, qui prendra la forme d'un chèque consommation, sera d'un maximum de 500 euros net.
  • La Vivaldi propose aussi aux partenaires sociaux d'aborder la revalorisation du salaire minimum.
  • La FGTB et la CSC ne semblent pas satisfaites du compromis en l'état.

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