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Une réforme de l'État? Ni un tabou ni une urgence

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Les projets institutionnels du duo Magnette / De Wever inquiètent les bleus, les verts et même les rouges (du syndicat).

Le temps est à l’orage pour le duo de préformateurs Paul Magnette et Bart De Wever. Ce jeudi, les écologistes et les libéraux ont, dans une démarche commune inédite, fait part de leurs préoccupations sur la mission. La manœuvre est tactique dans le grand stratego politique en cours: il s’agit de mettre la pression sur le PS et la N-VA, à quelques jours d’un nouveau rapport au Roi. Mais au-delà de cela, verts et bleus torpillent aussi les projets institutionnels au cœur du deal entre socialistes et nationalistes. Dans le même temps, la FGTB a fait part également de son inquiétude sur les velléités de régionalisation de l’emploi et des soins de santé.

Observons tout d’abord qu’on ne peut blâmer le PS et la N-VA de tenter un rapprochement. Pendant des mois de blocage, beaucoup ont suffisamment reproché aux deux partis, leaders dans leurs communautés linguistiques respectives, de ne pas le faire. Ensuite, on ne connaît que les contours de leurs arrangements, qui doivent encore être détaillés et négociés. Gardons-nous de toute conclusion hâtive.

Faut-il craindre une réforme de l’État? Absolument pas. Elle est même nécessaire.

Mais venons-en au fond. Faut-il craindre une réforme de l’État? Absolument pas. Elle est même nécessaire. Personne ne peut dire que notre modèle fédéral fonctionne bien. Mais il faut faire le travail dans l’ordre.

Le pays a besoin rapidement d’un gouvernement majoritaire pour gérer la pandémie qui, hélas, risque de nous accompagner encore pendant de nombreux mois. Ce gouvernement doit aussi s’emparer des conséquences sociales et économiques de la crise sanitaire: des dizaines de milliers de ménages et d’entreprises sont ou vont être en difficulté. Un plan de soutien et de relance est impératif. La priorité est là. L’urgence est là.

Parallèlement, il faut plancher sur des réformes institutionnelles. Celles-ci peuvent être d’ampleur. Pas de tabou. Posons même les questions qui fâchent: l’indépendance de la Flandre, la scission de la sécurité sociale ou de matières régaliennes comme la justice, les facilités linguistiques, la régionalisation de l’enseignement, la refédéralisation d’autres compétences et tant d’autres. Mais ces réformes doivent répondre à un objectif d’efficacité. Le but doit être de stabiliser durablement la Belgique et de permettre aux pouvoirs publics d’être plus performants, notamment par une simplification des structures, sans se traduire par un appauvrissement d’une partie de la population. C’est un enjeu majeur, quasi existentiel pour la Belgique. Il faut rénover la maison de fond en comble, et pas effectuer un énième bricolage. Cela mériterait une large concertation, y compris avec les citoyens, et un travail de fond au lieu de figurer dans un marchandage politique bouclé en cinquante jours, d’autant qu’aucun parti francophone ne s’est présenté devant les électeurs avec une réforme de l’État à son programme.

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