Une taxe corona pour payer la facture de la crise?

Marc Leemans, le président de la CSC, favorable à une taxe corona ©Photo News

Payer la facture de la crise via une taxe corona, la proposition revient souvent. Elle est cependant loin de faire l'unanimité.

Un impôt de crise, serait-ce la panacée pour renflouer les caisses de l'Etat? L'idée circule. Cette semaine, c'est dans la bouche du président de la CSC, Marc Leemans, qu'on la retrouve. Interrogé par le quotidien De Morgen, le leader syndical a suggéré de mettre en place un impôt "corona" ou "de crise". Sa proposition est assez simple: faire contribuer davantage ceux qui ont le plus de ressources.

Lever des impôts supplémentaires, le leader syndical n'est vraisemblablement pas le seul à y penser. Dans les longues discussions en vue de former un gouvernement fédéral, plusieurs propositions de nouvelles taxes (comptes-titres, impôt sur la fortune, ...) ont apparemment atteint la table des négociateurs.

Contreproductif

Ces approches ne trouveraient probablement pas grâce aux yeux des professeurs d'économie Gert Peersman, Freddy Heylen, Bart Cockx et Stijn Baert. Dans un article récent, ceux-ci affirment en effet qu'économiser ou lever de nouveaux impôts n'est "pas nécessaire" pour contrer le dérapage dû à la crise actuelle. Pire, ce serait "contreproductif". Avec le temps, la dette créée par les mesures corona devrait disparaître d'elle-même, insistent-ils.

Dans les circonstances actuelles, il est 'crucial d'entraver le moins possible la relance économique", assurent encore ces quatre professeurs gantois, avant d'ajouter que des dépenses publiques "temporaires et ciblées" peuvent être efficaces pour stimuler l'économie. Leur message est clair: ce n'est pas le moment d'épargner ou de créer de nouvelles taxes.

"Il est crucial d'entraver le moins possible la relance économique."
Gert Peersman, Freddy Heylen, Bart Cockx, Stijn Baert
Economistes à l'UGent

La voie fiscale pour combler le déficit dû à la crise, l'économiste Bruno Colmant n'y croit pas non plus. Récemment interrogé dans nos colonnes, il ne mâchait pas ses mots: "Dans une économie en détresse, il ne faut surtout pas faire peur aux gens avec je ne sais quelle taxe nouvelle ou augmentée."

Un débat vivant

Recalée l'option fiscale alors? Pas si vite. Même dans les rangs des économistes, elle compte des partisans. Pour Jean Hindriks, de l'Itinera Institute, par exemple, une contribution corona pourrait, à un moment donné, s'avérer nécessaire pour remonter la pente.

"Des gens sont touchés par la crise, d’autres pas. Il faudra une solidarité entre les deux par un mécanisme de redistribution. Il y a de grandes inégalités face à cette crise et il faudra en tenir compte dans l’effort de remboursement", expliquait-il en avril dernier.

Un impôt de crise, "exceptionnel et temporaire", c'est aussi une option qui a été défendue pas Éric Dor, de l'IESEG School of Management de Lille. En bref, ce débat, qui vit depuis quelques mois déjà, n'est pas près de s'arrêter.

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